DOCUMENTS et INFORMATIONS
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La télégraphie sans fil du Pacifique à l'Atlantique.
Le Pérou a décidé d'établir un service de télégraphie sans fil de Lima à Iquitos, sur l'Amazone. La télégraphie ordinaire n'était pas possible: il était à peu près impossible de franchir les forêts vierges et, d'autre part, les Indiens, ne comprenant rien aux fils et les soupçonnant d'être des agents malfaisants, détruisaient le réseau à peine établi. On a bien songé à poser des câbles dans les rivières, mais le courant est trop rapide: il faudrait sans cesse renouveler la ligne, par suite d'usure.
Une autre solution a été adoptée: le gouvernement péruvien a chargé un ingénieur de la Compagnie de Télégraphie sans fil de Berlin de partir pour l'intérieur, avec quarante ouvriers et de nombreux Indiens porteurs, et de rechercher l'emplacement de cinq stations radio-télégraphiques, pour mettre en communication les rives atlantique et pacifique du pays. L'expédition, rendue très difficile pourtant par la nécessité de traverser des régions inhabitées et même inexplorées jusqu'ici, a fort tien réussi.
La compagnie allemande a obtenu le monopole de l'exploitation et va procéder à l'installation des stations. Entre Puerto-Bermudez, où s'arrête la télégraphie ordinaire, et Iquitos, il y a 1.000 kilomètres: trois stations seront établies entre ces deux points; le service sera même prolongé d'Iquitos à Manaos et Para. De la sorte, la télégraphie sans fil reliera l'Atlantique et le Pacifique.
Les petits ateliers de famille.
En ces derniers temps, on se lamentait, à juste titre, sur la disparition rapide des ateliers de famille, qui sont si précieux pour la famille même de l'ouvrier, pour l'hygiène, et aussi pour certaines productions, qui réclament le travail individuel.
La force mécanique avait porté un coup sérieux à ces petits ateliers, dont elle avait amené l'absorption dans les grandes usines; mais les sociétés d'électricité sont venues leur assurer une vie nouvelle.
Dans un mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, M. G. Picot fait connaître qu'à Saint-Etienne plus de 10.000 métiers sont mus, chez l'ouvrier, à raison de 10 francs par mois pour chaque atelier individuel.
Le même mouvement se produit à Lyon, où plus de 700 métiers sont actionnés au domicile des canuts, à la Croix-Rousse.
A Paris même, le nombre des petits ateliers est considérable: dans un grand nombre de maisons des Xe et XIXe arrondissements, une machine à vapeur distribue la force à tous les étages. Les ouvriers occupent des pièces séparées; chaque petite salle est payée, avec la force motrice, 2 et 3 francs par jour.
La force électrique, plus souple, plus facile à conduire, est ainsi appelée à transformer les immeubles encombrés et malsains, et à assurer la durée des ateliers de famille, dont la prospérité est liée à la petite industrie parisienne.
Monument de Claude Tillier, par E. Boisseau.

Le monument de Claude Tillier.
M. Bienvenu-Martin va présider, le dimanche 17 septembre, l'inauguration du monument élevé, à Clamecy, à Claude Tillier, pamphlétaire et romancier, qui naquit dans cette ville en 1801, fut d'abord soldat, puis maître d'école, donna, à L'Indépendant de Clamecy, des articles très mordants, publia quelques opuscules de polémique, vifs de ton--pour l'époque--et d'un style élégant, conquit la notoriété avec un roman tout à fait joli, Mon oncle Benjamin, qui fut suivi de plusieurs autres fort intéressants aussi, puis mourut à Ne vers, en 1844, honoré de l'estime de plusieurs littérateurs et critiques alors en vogue.
Le monument de Claude Tillier a été conçu et exécuté par le sculpteur E. Boisseau. Il mesure 4 m. 50 de hauteur. Il se compose d'une stèle que couronne le buste de l'écrivain. Contre cette stèle, un petit Satyre, enguirlandé d'églantier, symbolise le talent libre du pamphlétaire; à ses pieds, une tête d'enfant, émergeant des roseaux, évoque le Beuvron, la petite rivière orléanaise sur les bords de laquelle Tillier aimait à aller chercher l'inspiration.
Pourquoi la natation convient aux obèses.
Un journal de médecine transatlantique assure que rien ne convient mieux, comme exercice, aux obèses, que la natation. Mais il faut la natation à l'eau de mer. Et il ne suffit pas de petits bains de cinq ou dix minutes: il les faut d'une heure ou deux par jour. Et dans de l'eau froide, pas tiède, par surcroît. Pourquoi? C'est que l'exercice accélère la combustion des réserves du corps et le froid favorise le rayonnement et, par suite, aussi, la combustion. Le sujet qui se démène dans l'eau froide se brûle trois ou quatre fois plus vite que l'oisif qui reste assis à l'ombre, à se rafraîchir avec un éventail. Si, avec cela, il réduit son alimentation, en ce qui concerne le sucre et les féculents, il peut être assuré de maigrir rapidement. On peut ajouter que, de façon générale, l'air de mer accélère les combustions: il y a donc plusieurs bonnes raisons pour que l'obèse qui se baigne longuement à la mer et nage beaucoup perde du poids et de la chair, ou plutôt de la graisse.
Un monument à Vauban.
La petite ville de Saint-Léger-Vauban, dans l'Yonne, pays natal du maréchal de Vauban, a inauguré, le dimanche 10 septembre, une statue élevée au grand ingénieur militaire. La cérémonie était présidée par M. Bienvenu-Martin, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.
Statue de Vauban, par Guillot.

La statue, oeuvre du statuaire Guillot, enfant de l'Yonne, lui aussi, se dresse sur un piédestal en granit du Morvan, figurant un pan de fortification, une contrescarpe inventée par Vauban. Le maréchal est représenté debout, dirigeant les opérations d'un siège, la main gauche posée sur une carte; de la droite, qui tient une canne, il indique les travaux à effectuer.
L'original de Shylock.
On ignore peut-être, même parmi les médecins, que le Shylock mis en scène par Shakespeare n'a point été une imagination du dramaturge. L'original de Shylock a existé; et c'était un médecin. C'était un juif portugais, du nom de Buy, ou Boderigo Lopez, qui, grâce à son habileté médicale et aussi à son esprit d'intrigue, avait gagné la confiance de la reine Elisabeth. Il se fixa à Londres en 1559 et fut plusieurs années le médecin principal de la reine, jusqu'au moment où il se laissa séduire par la politique. Il fut médecin de l'hôpital Saint-Bartholomew, où il était logé, étant peu payé sans doute, mais ayant su se faire attribuer plusieurs petits profits. Peu estimé de ses confrères qui l'accusaient d'indélicatesses diverses, il sut gagner l'amitié de quelques grands personnages, grâce à qui il obtint de la reine le privilège et le monopole de l'importation de l'anis et du sumac en Angleterre. Ce médecin était en même temps un brocanteur dans l'âme. Harvey a écrit de Lopez: «Ce n'est point un des plus savants, ou des plus experts des médecins de la cour; mais il fait un grand plat de lui-même et a su se faire passer pour le meilleur, et, grâce à des pratiques juives, il a su accumuler une grosse fortune et même se faire quelque réputation auprès de la reine même et de quelques-uns des grands seigneurs et des grandes dames.» Des conspirateurs ayant offert 50.000 couronnes à Lopez pour assassiner la reine et participer à un complot espagnol, la cupidité du médecin fut éveillée; il écouta et discuta la proposition et se compromit assez pour qu'on le mît en prison, le complot ayant été découvert.
Son procès fut instruit, et il fut condamné à mort et exécuté en 1594, à la vive satisfaction de beaucoup de ses contemporains. De leur avis, rien n'était trop odieux pour n'avoir pas été fait par Lopez. Il était capable de tout pour de l'argent: sa réputation, à cet égard, était faite. Aussi a-t-il figuré dans plus d'une pièce, après sa mort. Shakespeare s'en est emparé et en a fait Shylock; Marlowe l'a utilisé dans le Juif de Malte et Faust; Dekker et Middleton l'ont fait figurer dans deux autres pièces. Shakespeare arriva premier: le Marchand de Venise fut joué deux mois après l'exécution de Lopez, alors que l'histoire de celui-ci était encore le thème de toutes les conversations. Lopez était soupçonné d'empoisonnements et l'on savait sa passion pour l'argent.
Il avait, pour avancer ses affaires, feint d'embrasser le christianisme et ne manquait pas une occasion de proclamer la sincérité de sa croyance. C'est à quoi pensait Shakespeare, sans doute, quand Antonio compare Shylock à «une pomme de belle apparence, dont le coeur est pourri».
Un traitement très simple des verrues.
Un médecin anglais, M. J. Burdon Cooper, s'étant mis lui-même au régime de l'eau de chaux pendant une dizaine de jours pour cause de troubles digestifs, fut très agréablement surpris en constatant qu'en même temps que ses troubles digestifs, une verrue avait disparu, contre laquelle il avait, jusque-là, vainement employé les traitements les plus variés. Ce pouvait être une coïncidence, sans doute, mais peut-être aussi y avait-il eu une action du remède. Pour s'assurer de la chose, M. Burdon Cooper s'est mis à traiter à l'eau de chaux tous les sujets porteurs de verrues. Il leur en faisait prendre, chaque jour après déjeuner, un verre, avec un peu de lait. Dans tous les cas, il a obtenu la disparition de la verrue; l'action a pu être plus ou moins rapide, mais elle n'a jamais manqué. En un temps qui avarié de quatre jours à six semaines, la verrue a disparu. Il faut donc un peu de patience à qui entreprend ce traitement: il ne faut pas se décourager si le succès n'est pas immédiat. Avis aux porteurs de verrues.
La mortalité en France depuis vingt ans.
Il résulte d'un tableau dressé par le docteur Imbeaux, d'après les documents statistiques du ministère de l'Intérieur, que l'hygiène s'est grandement améliorée dans les 56 principales villes de France depuis vingt ans.
En 1886, pour l'ensemble de ces villes, la mortalité était de 26,4 décès pour 1.000 habitants. En 1903, elle était tombée à 20,14; et, dans ces chiffres, ceux dus à la fièvre typhoïde avaient diminué de moitié.
A Paris, en particulier, la mortalité a passé, dans ce laps de temps, de 24,5 pour 1.000 habitants à 17,24; et la fièvre typhoïde a diminué de plus d'un quart.
Toutefois, il est encore des villes où les progrès de l'hygiène ne se font pas sentir. En 1903, on a relevé une mortalité de 27,9 à Rouen; de 25,9 à Brest; de 25,3 à Avignon; de 25,1 à Cette; de 25 à Marseille, etc.
C'est Belfort qui détient le record de l'hygiène: la mortalité n'y a été, en 1903, que de 15,7 pour 1.000 habitants. Après Belfort, viennent Douai et Vincennes, avec le chiffre 16.
La bombe de Barcelone.
La bombe de Barcelone.--Le cortège funèbre des victimes passant sur la place de l'attentat, la Rambla.

Les attentats anarchistes n'ont jamais signifié grand'chose. Le plus récent de tous, qui vient de terrifier Barcelone, en est peut-être aussi le plus incohérent.
C'est le 3 septembre dernier, à 1 h. 30, sur la Rambla, la promenade des fleurs, située au bord de la mer, qu'éclata la bombe. Il passait, à ce moment, des gens inoffensifs, des ouvriers, des enfants, des femmes. La détonation fut si violente qu'elle retentit jusqu'aux extrémités les plus éloignées de la ville. Le déplacement de l'air jeta un cocher à bas de son siège. Et ce fut, naturellement, un sauve-qui-peut général, au milieu d'une panique indescriptible. Suivant les détails que les journaux ont publiés sur cet événement, le nombre des blessés--presque tous cruellement atteints--serait de soixante environ. Deux femmes seulement sont mortes sur le coup. D'après les indications de la police, l'engin, enfermé dans une enveloppe de plâtre, de forme cubique, avait été déposé au pied d'un arbre. On ne croit guère à un complot. L'attentat est plutôt l'oeuvre d'un isolé, ayant agi d'après sa propre impulsion. La police suit des pistes et surveille des blessés.
En attendant l'arrestation du coupable, on a procédé à l'enterrement des victimes. Ces obsèques ont eu lieu le 5 septembre au matin, à 9 heures, au milieu d'une grande affluence de population. Toutes les autorités y assistaient. La famille royale et le gouvernement s'étaient fait représenter. Tout Barcelone suivait le convoi.
Un «Santos-Dumont» américain.
Un nouveau ballon dirigeable a fait, le 20 août dernier, ses débuts à New-York. Il a été construit sous les auspices, avec le concours d'un journal de là-bas, le New-York American, par M. A. Roy-Knabenshue, qui l'a piloté dans les airs. Il rappelle étonnamment--à s'y méprendre--les Santos-Dumont que nous vîmes évoluer à différentes reprises, avec des succès différents, au-dessus de Paris, de Monte-Carlo ou de Trouville: même enveloppe en forme de fuseau et, surtout, même poutre armée à section triangulaire; enfin, comme le dernier, celui de Trouville, hélice à l'avant.
La grande nouveauté que présenta l'American's, ce fut, à sa seconde ascension, le 23 août. Car, ce jour-là, l'aéronaute emportait avec lui cent chèques, variant de 1 à 100 dollars, qu'il lança, du haut des airs, aux badauds qui suivaient ses évolutions. «Tenez les yeux aux ciel et ramassez un des chèques», disait une proclamation, dans le style de Mangin, publiée le matin par notre confrère américain.
D'après le New-York American, 100.000 personnes avaient suivi la première ascension; toute la ville de New-York s'intéressa, le jour de la seconde, aux évolutions du ballon, avec passion, au point que les «affaires étaient abandonnées». On le croit sans peine. Ce détail, même mis à part, il semble, à en lire les comptes rendus, que les deux ascensions ont donné d'excellents résultats, l'American's est demeuré le premier jour cinquante-quatre minutes en l'air; le second, un peu plus d'une demi-heure. Et il est revenu chaque fois sans dommage à bon port.
UN «SANTOS-DUMONT» AMÉRICAIN.-- L'ascension de M. A. Roy-Knabenshue, le 20 août, à New-York.



Chaloupe de la commission sanitaire, visitant les péniches des mariniers sur la Sprée. Pavillon d'observation des malades à Koepenick, près de Berlin.
LE CHOLÉRA EN ALLEMAGNE. --Les précautions sanitaires à Berlin.