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L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905

DOCUMENTS et INFORMATIONS

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L'ÉCLIPSE PHOTOGRAPHIÉE A PARIS AVEC UN OBJECTIF ORDINAIRE.

Nous publions ici quelques photographies prises à Paris pendant l'éclipse de soleil du 30 août.

Ceux de nos lecteurs qui auront essayé eux-mêmes de prendre, avec leurs objectifs ordinaires, des clichés directs du phénomène, supposeront sans doute, en voyant ces photographies, qu'elles ont nécessité l'emploi d'appareils spéciaux et fort coûteux; il n'en est rien!

On croit généralement que, pour obtenir une image amplifiée, il est indispensable d'employer, soit un objectif à foyer extrêmement long, soit un téléobjectif de fort grossissement, accessoires que ne possèdent généralement pas les amateurs les mieux outillés.

Il est possible au contraire d'utiliser les objectifs à court foyer dont sont munis la plupart des appareils à main si répandus aujourd'hui. Les personnes qui ont eu l'occasion de braquer ce genre d'objectif sur le soleil ou sur la lune ont pu remarquer que l'image obtenue est microscopique (un objectif 9x12 de 130mm de foyer donne un disque d'un millimètre et demi de diamètre à peine). Mais, pour obtenir de grandes images directes, il suffit de placer en avant de l'objectif une simple jumelle de théâtre ou, mieux encore, une forte jumelle marine, de telle sorte que l'axe de l'un des oculaires soit sur le prolongement de l'axe optique de l'objectif. La photographie ci-dessous représentant le dispositif nous dispense d'une longue description.

Dispositif pour photographier à grande distance. L'éclipse photographiée à Paris avec un appareil ordinaire et une jumelle. En batterie pour photographier l'éclipse. Le tirage de la jumelle, la distance de cette dernière à l'objectif, et enfin le tirage de la chambre noire se déterminent assez rapidement par tâtonnements.

Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905

Le deuxième oculaire de la jumelle, loin d'être inutile, sert de chercheur. On dirige l'appareil vers le soleil et dès que son image réduite vient se dessiner sur la planchette de l'objectif, on a la certitude que la même image amplifiée se projette sur le verre dépoli; on couvre alors, au moyen du voile noir, l'intervalle séparant la jumelle de l'appareil afin d'éviter l'introduction de toute lumière étrangère.

Une fois la mise en plaque bien faite, il n'y a plus qu'à opérer rapidement, pour ne pas laisser le temps à l'image de s'échapper en raison du double mouvement de la terre et du soleil.

L'emploi de plaques orthochromatiques et antihalo s'impose absolument, avec l'adjonction d'un écran jaune; de plus, il faut tenir compte de la diminution progressive de la lumière jusqu'à la phase maxima de l'éclipse; le 30 août, la surface solaire masquée par la lune était, à 1 h. 19, les 818 millièmes de la surface totale; comme l'action de la lumière est proportionnelle au carré de sa surface, il fallait établir une échelle de temps de pose inversement proportionnelle au carré de la surface solaire visible. Ainsi les quatre épreuves ci-dessus ont-elles reçu les temps d'exposition suivants:

Midi 33 -- 1/80e de seconde -- 42 -- 1/55e -- 1 heure 7 -- 1/30e -- 1 heure 19 -- 1/20e --

avec écran jaune triplant le temps de pose. L'objectif était un anastigmat 9x12 de 130 millimètres de foyer travaillant à toute ouverture, soit f. 0.8 et monté sur une chambre 13x18.

Nous espérons, par ces détails, rendre service aux photographes désireux de fixer sur la plaque un phénomène astronomique intéressant.

Il est à peine besoin d'ajouter que ce dispositif ne limite pas son emploi à la photographie céleste, et qu'il peut être utilisé chaque fois qu'un puissant téléobjectif serait nécessaire. Léon Gimpel.

La houille en Nouvelle-Calédonie: un «décapelage» dans le ravin des Cerisiers.

Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905

La houille en Nouvelle-Calédonie.

Notre gravure montre le décapelage, c'est-à-dire la mise à nu, d'un filon à fleur du sol dans les gisements houillère de la Nouvelle-Calédonie.

Depuis longtemps déjà, on avait constaté la présence de la houille dans notre colonie, mais les tentatives d'exploitation avaient été presque nulles. M. Portal, continuant les recherches effectuées en 1890 par M. Caulny, puis en 1903 par M. Colomer, croit pouvoir affirmer aujourd'hui l'existence de six grands faisceaux, faciles à exploiter, où se trouveraient représentés les principaux types de charbon, si ces prévisions se réalisent.

La mise en valeur de ces filons va permettre l'installation de hauts fourneaux pour traiter sur place les minerais de nickel qui constituent une part notable des richesses de la colonie. Elle favorisera l'installation de petites industries locales, en même temps qu'elle assurera à notre flotte une précieuse station de ravitaillement. Enfin, la variété des charbons permettrait d'espérer que l'excès de production sur la consommation locale sera aisément absorbé par les divers marchés du Pacifique.

La colonie étrangère en Chine.

Dans les dix dernières années, la colonie étrangère, en Chine, a un peu plus que doublé.

Elle comptait 9.891 étrangers en 1893, et 20.404 en 1903.

Les Anglais et les Japonais, qui y étaient représentés, en 1893, par mille et quelques unités, le sont maintenant par plus de cinq mille et les Américains y ont doublé leur nombre.

Le premier rang est occupé par les Anglais et le deuxième par les Japonais.

Parmi les Européens, ce sont d'ailleurs les Belges qui, proportionnellement, ont le plus gagné, passant de 50 à 311.

Quant aux Français, de 786 en 1893, ils étaient 1.213 en 1903. Ils occupent maintenant le sixième rang, après les Américains, les Portugais et les Allemands.

Si l'on considère les maisons de commerce, on note que les maisons japonaises ont, dans le même temps, passé du nombre 42 au nombre 361. C'est un gain de 319 unités, alors que les maisons anglaises n'ont gagné que 66 unités, les allemandes 78, et les américaines 84. Les maisons françaises y sont au nombre de 71, en progression de 38 unités depuis dix ans, et au cinquième rang, après les maisons anglaises, japonaises, allemandes et américaines.

La psychologie des jumeaux.

On a souvent raconté des choses curieuses sur la psychologie des jumeaux: elle serait très semblable le plus souvent, et il existerait de l'un à l'autre des corrélations singulières et frappantes. Un cas, récemment relaté par M. Ch. Féré à la Société de Biologie, présente, lui aussi, de la singularité. Il s'agit de deux jumelles qui, contrairement à l'opinion générale, ont le caractère très différent. Mais, chose singulière, au même moment, le caractère des deux jeunes filles change. La particularité n'est pas dans ce fait qu'il change, car les mutations de caractère sont chose connue et fréquente: elle est dans ce fait que la mutation est une permutation. Des deux jeunes filles, l'une était expansive, l'autre indifférente. Elles furent, en bas âge, réunies à un frère aîné, un fils que leur père avait eu d'un autre mariage.

La première l'accueillit fort mal et lui a toujours témoigné de l'antipathie. L'autre lui a fait bon visage. La première est blonde, à peau blanche, et grande; la seconde, brune, et courte. Leurs figures sont très différentes. Jusqu'à la treizième année, les deux sieurs ont conservé chacune le caractère qui vient d'être dit. Mais, à cette époque critique, du jour au lendemain, il y a eu changement total. La brune, autrefois affectueuse pour son frère, ne peut plus le supporter: l'antipathie qu'elle a prise pour lui lui donne même de l'animation et de la loquacité: elle s'en moque et le critique sans cesse. Elle a pris tout le caractère qu'avait sa soeur. Et celle-ci lui a pris le sien: elle est devenue apathique, cherche l'isolement, et supporte son frère sans marquer de répulsion. Le frère n'a rien gagné, les parents non plus.

Le paquebot «Kaiserin-Augusta-Victoria».

Lancement du Kaiserin-Augusta-Victoria, le plus long paquebot du monde.

Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905

On a lancé, le 29 août, des chantiers Vulkan, à Stettin, un navire destiné aux voyages transatlantiques, qui sera le plus long du monde: le Kaiserin-Augusta-Victoria. La mise à l'eau a eu lieu sans apparat, quoique l'empereur Guillaume II y assistât, avec l'impératrice Augusta-Victoria, qui avait accepté d'être la marraine du navire. Mais l'empereur a tenu à faire répandre qu'il venait là simplement à titre d'«ami» du président de la Hamburg-Amerika Linie, à la flotte de laquelle appartient le nouveau paquebot. Et il n'a prononcé nul discours, laissant à son «ami» et au maire de Stettin la tâche d'exalter la marine allemande et le patriotisme naval.

Le Kaiserin-Augusta-Victoria sera un admirable navire et qui justifie les panégyriques adressés ce jour-là à la Compagnie Hamburg-Amerika.

Il a 213 mètres de longueur, 39 mètres de largeur, 16m,50 de creux. Son tonnage brut est de 25.000 tonnes, son déplacement de 42.500 tonnes; ses machines, à balancier, système qui atténue les trépidations toujours si désagréables aux passagers, développeront 17.200 chevaux, et lui donneront une vitesse de 18 milles à l'heure, lui permettant de faire, en sept jours et demi, la traversée de Cherbourg à New-York. Il y a plus rapide. Mais la Hamburg-Amerika a voulu surtout créer un bateau confortable et de gros rapport. Le Kaiserin-Augusta-Victoria pourra prendre 16.000 tonnes de cargaison, emmener 550 passagers de 1re classe, 300 de 2e, 250 de 3e et 2.500 d'entrepont, soit 3.400 passagers, ce qui, avec les 600 hommes dont se compose l'état-major et l'équipage, donne un total de 4.000 habitants à cette ville flottante: trois navires pareils suffiraient au transport d'une division d'infanterie sur pied de guerre, hommes et matériel.

Il est presque superflu d'ajouter qu'on a déployé, dans l'aménagement du paquebot, un grand luxe. Il y a, à bord, des appartements complets, avec salle de bain; deux restaurants, où l'on dîne en musique, aux accents d'un orchestre allemand et d'un autre de tsiganes; une salle de gymnastique et des bains de lumière électrique. Une bouquetière vend chaque jour des fleurs fraîches; des soeurs de charité diplômées assurent le service de l'infirmerie. Le téléphone est partout; enfin, des ascenseurs desservent les différents étages.

Le match à l'aviron franco-allemand

Le match à l'aviron Francfort-Paris: l'équipe allemande victorieuse.

Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905

La victoire du match à huit rameurs que se disputèrent, dimanche dernier, les équipes de Paris et de Francfort, a été remportée par l'équipe allemande. L'équipe de Paris, qui avait eu un départ rapide, fut rejointe par l'équipe de Francfort. En définitive, les Allemands atteignirent le but avec une avance de deux longueurs et en 8 m. 50 s.

Une réception, après la rencontre, au garage de la Basse-Seine et un banquet, le soir, à l'Union-Billard, réunissaient joyeusement les vainqueurs et les vaincus autour du fondateur de l'épreuve, M. Doyen.

Notons que, couru pour la cinquième fois, le match a été gagné trois fois par les Allemands et deux fois par les Français.

M. Hammarskjoeld (S.) M. Staaf (S.) M. Vogt (H.) Cte Wachtmeister (S.) M. Lundeberg (S.) M. Michelsen (N.) M. Berner (N.) LA SCISSION SUÉDO-NORVÉGIENNE. --Les délégués suédois et norvégiens à la conférence de Carlstad.

Illustration from L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
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