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L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

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Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

Supplément musical: Fragments de Maïa, par MM. Gallois et Samuel-Rousseau, prix de Rome.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905
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L'amiral Wilson. L'amiral Wilson, commandant de la flotte anglaise du Détroit, précède le roi. L'amiral Gaillard. S. M. le roi. Le roi Édouard VII, suivi de l'amiral Caillard, quitte le Masséna.

Les ambassadeurs d'Angleterre et de France et l'état-major royal montent à bord. LA VISITE DU ROI ÉDOUARD VII A BORD DU "MASSÉNA" Comment le correspondant anglais de "L'Illustration", M. Stephen Cribb, installé dans la superstructure du "Masséna", a pu photographier les visites officielles.--Voir l'article, page 109.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905
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L'ILLUSTRATION du 19 août sera accompagnée d'un numéro de L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant une oeuvre--inédite sous sa forme dramatique--d'un des plus grands écrivains contemporains:

CRAINQUEBILLE, par Anatole France.

On n'a pas oublié le succès de ces trois tableaux au théâtre de la Renaissance où le rôle de Crainquebille était tenu par M. Lucien Guitry.

Le même numéro de L'ILLUSTRATION contiendra de beaux dessins de M. Georges Scott sur la Fête des Vignerons de Vevey.

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COURRIER DE PARIS

Journal d'une étrangère

Dimanche soir, en wagon. Dix heures. Je suis allée dîner, comme tout le monde, à la campagne et, dans la cohue, parmi les cris et les bousculades du retour, je me suis laissé pousser, hisser vers le premier wagon venu. Troisième classe. Des gens sont debout sur le marchepied; d'autres, assis sur l'escalier qui mène à l'impériale de la voiture. On s'entasse, on s'écrase joyeusement. Quatorze personnes se sont empilées dans le compartiment de dix places où je suis assise. Les jeunes gens, un peu «allumés», s'excusent, en propos comiques, de tenir tant de place; les femmes rient; une petite fille pleure: on lui donne une claque; elle se tait. La chaleur est intenable; on a entassé sur les planches supérieures du compartiment des brassées de fleurs, une brouette d'enfant, des paniers où sonnent la vaisselle et les bouteilles vides du déjeuner, des filets mouillés où il y a du poisson frais, des engins de pêche. On roule... A côté de moi, est installée toute une famille: le père, la mère, la grand'mère, deux petits garçons, un bébé. Types d'ouvriers aisés. La mère secoue sur ses genoux, pour l'endormir, le dernier-né dont les petites mains se crispent sur un biberon; la grand'mère s'est assoupie tout doucement, contre mon épaule; le lumignon jaune de la voiture éclaire de reflets tragiques ses joues en sueur, ses mèches grises dénouées que coiffe un chapeau trop fleuri, posé de travers. D'une voix pâteuse--la voix d'un homme qui a eu soif depuis ce matin et ne semble pas encore désaltéré--le père raconte aux voisins sa journée: lever à cinq heures; quatre heures de course au soleil, à la recherche d'une «bonne place»; déjeuner sur 1 herbe, «trop de mouches»; pêche et promenade jusqu'au dîner; orage; retour à la gare sous l'averse... Il bâille en contant cela. Tout le monde s'est endormi; la grand'mère est maintenant affalée sur moi de tout son poids, et ronfle. On la réveille. C'est Paris.

Je les regarde descendre de wagon, chargés de paquets, titubants, les yeux brouillés de sommeil, exténués. On a posé le petit enfant dans la brouette et la famille, lentement, se met en marche, parmi les groupes braillards qui la bousculent.

Et j'admire au prix de quels éreintements le peuple s'amuse, et ce que représente, pour lui, de fatigue une journée de «repos». On mettrait en interdit le patron qui oserait, à quelque prix que ce fût, imposer à des ouvriers de pareilles tâches...

Tous, il est vrai, n'ont pas les mêmes goûts; et, par exemple, un grand nombre de Parisiens avaient, dimanche dernier, préféré au plaisir de la «balade» champêtre celui de demeurer à Paris pour y acclamer Étienne Dolet. Justement, à l'heure de prendre mon train, j'ai vu passer, sous ma fenêtre, un de ces groupes. Une jeune femme, coiffée d'un chapeau rouge, le précédait; derrière elle, un drapeau rouge était déployé, que portaient des jeunes gens. Je les ai suivis jusqu'à l'Hôtel de Ville. Ils criaient, sur un rythme de marche: Hou! Hou! la calotte! Un de mes amis, professeur à l'École des Langues orientales, m'accompagnait; je le priai de me renseigner sur l'étymologie de ce cri, que j'entendais pour la première fois.

--J'ignore, me dit-il, l'origine de Hou! Hou! Je sais seulement que cette sorte de beuglement est très usitée dans les réunions hostiles au clergé. C'est également le clergé que désigne cette expression: la calotte, et je ne saurais non plus vous dire à qui revient le mérite de l'avoir lancée.

--Y a-t-il longtemps, demandai-je, qu'existe cette coutume parisienne de commémorer Étienne Dolet?

--Non, dit mon ami. Cela est tout récent. C'est venu comme une mode. Les libres penseurs cherchaient un ancêtre; ils ont découvert celui-là.

--Ce sont des prêtres qui ont brûlé Dolet?

--Du tout. Ce sont des juges ordinaires.

--Avait-il commis quelque crime de lèse-majesté?

--Non. Dolet respectait et aimait passionnément son roi; et jusqu'à la fin de sa vie--jusqu'au bûcher exclusivement--François Ier le protégea.

--C'était un ennemi de la religion, sans doute?

--Nullement. Dolet fut un parfait catholique, ennemi de toutes les hérésies, et qui ne dut l'ennui d'être brûlé vif qu'à des haines personnelles, à des jalousies, à des cabales d'école où la religion n'était pour rien. En sorte que ce martyr serait fort étonné s'il pouvait apprendre aujourd'hui quelles sortes de gens l'acclament. Il est vrai que ceux qui l'acclament seraient bien plus surpris encore si on leur apprenait au juste ce que c'était qu'Etienne Dolet. La plupart n'éprouvent pas, d'ailleurs, le besoin de le savoir. La statue de Dolet, c'est quelque chose au sujet de quoi l'on manifeste contre quelqu'un; c'est, une fois par an, l'occasion de pousser des cris dans la rue, «d'embêter Lépine», et de remplir d'un peu d'agitation les loisirs d'un dimanche d'été.

Il ne m'a pas paru cependant que cette manifestation, ces défilés de couronnes, de bouquets d'immortelles et de drapeaux causassent à M. le préfet de police beaucoup d'émotion. Il allait et venait, presque souriant, et l'on eût dit que lui aussi était heureux de cette occasion d'occuper sa journée... Car il est devenu, depuis quinze jours, terriblement vide d'événements, notre Paris. C'est effrayant à avouer: on s'y ennuie. Il semble que les vacances aient emporté loin de lui tous les sujets de curiosité, de plaisir ou d'émotion que la vie ordinairement y multiplie; et nous sommes de pauvres abandonnés qui n'avons plus d'autre ressource, pour nous distraire, que de braquer nos lunettes au loin, sur l'horizon de la province et de l'étranger.

Le prince Kadolin et M. Bouvier se reposent, et c'est aux États-Unis que sont engagés, à cette heure, les grands colloques diplomatiques. Witte... Komura... que nous voilà loin du quai d'Orsay! Les fêtes de l'Entente cordiale s'étaient commencées à Brest et continuées à Paris; elles s'achèvent au-delà du détroit, et c'est de Portsmouth que nous vient, cette semaine, le bruit des canonnades fraternelles et des clameurs de fête. Nos champs de courses sont déserts; c'est en Normandie qu'il faut aller pour perdre avec élégance son argent. Les amateurs de théâtre courent à Orange acclamer Berlioz, Eschyle et Boïto, ou célébrer à Vevey la Fête des Vignerons; et, pour ceux qui ne veulent pas, quand même, s'éloigner trop du boulevard, il y a le théâtre de la Nature, à Champigny... Les reporters suivent M. Deibler à Dunkerque; un congrès de Bleus s'ouvre en Bretagne et c'est à Boulogne-sur-Mer que M. le docteur Zamenhof inaugurait, tout à l'heure, un autre congrès: celui des espérantistes. Sonia.

QU'EST-CE QUE L'ESPÉRANTO?

Les espérantistes viennent de tenir, à Boulogne-sur-Mer, leur premier congrès international. L'espéranto, la première «langue universelle» qui ait la chance d'être patronnée par de nombreux savants, compte aujourd'hui en France 30.000 adhérents; mais la plupart des personnes qu'il laisse sceptiques ou indifférentes en ignorent totalement le principe. Essayons de le préciser en quelques lignes.

Le docteur Zamenhof, inventeur de l'espéranto. Phot. Meys.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

Pour chaque mot, ou plutôt pour chaque idée, on a choisi la racine correspondant à cette idée dans le plus grand nombre de langues aryennes. Ainsi, on a pris les racines doktor, honest, pur, qui se retrouvent dans cinq ou six langues; dom (maison), via (voir), qui existent dans deux ou trois. Les mots spéciaux à une langue, comme sport, ont été conservés; enfin, entre deux racines différentes représentant chacune la même idée dans un nombre de langues égal ou sensiblement égal, on a généralement donné la préférence à la racine la plus latine.

Fait à noter, d'ailleurs, cette langue internationale n'est pas construite comme l'exigerait une langue «universelle» dans l'acception scientifique du mot; elle se préoccupe surtout d'être accessible au monde américo-européen. Or, si l'on songe que l'anglais peut être considéré comme une langue franco-allemande, on ne s'étonnera point de rencontrer les racines latines en majorité dans le vocabulaire espéranto.

Ce vocabulaire comprend actuellement un millier de racines, chiffre très suffisant pour répondre aux besoins normaux de la conversation et de la correspondance. Toute la connaissance de la langue se réduit à la possession de ces racines, en général faciles à retenir pour les Latins, surtout s'ils possèdent quelques notions d'allemand.

Avec ces racines qui expriment des idées, nous formons les mots et les phrases, à l'aide d'une trentaine de préfixes et de suffixes et de seize règles extrêmement simples ne comportant aucune exception.

L'article défini la est invariable comme le the anglais. Le genre grammatical n'existe pas: il n'y a que le genre de sexe.

Tous les modes d'un mot s'expriment par un changement de finale: patro, père; patra, paternel; pâtre, paternellement; patrino, mère; patrina, maternel.

Le verbe ne change pas pour les personnes, celles-ci sont désignées par le seul pronom. Tous les temps sont déterminés par douze finales: mi jaras, je fais; mi jaris, je faisais ou j'ai fait; mifaros, nous ferons; mi farus, nous ferions, etc.

L'emploi des préfixes et des suffixes évite encore un nombre considérable de mots nouveaux. Mal indique le contraire: ami, aimer; malami, haïr. Ist indique la profession: boto, botte; botisto, bottier, etc.

Ces quelques exemples nous paraissent résumer de façon très claire les principes de l'espéranto.

Ajoutons que chaque mot se prononce absolument comme il est écrit, les lettres gardant le son alphabétique qui se trouve presque toujours conforme à celui de l'alphabet français. L'accent tonique se place sur l'avant-dernière syllabe. On supprime ainsi toute difficulté sérieuse pour l'intelligence de la langue entre personnes de nationalités différentes.

Le volapük, qui occupait le monde vers 1885, était plus compliqué et empruntait presque tous ses éléments aux langues saxonnes. Cette phrase: «La vie de l'homme est courte», s'exprimait en volapük: «Lif mena binom blefik.» En espéranto, elle se traduit: «La vivo de l'homo estas mallonga.»

L'espéranto est justement considéré comme un chef-d'oeuvre et il est à prévoir que, d'ici quelques années, il sera parlé et compris sur tous les points du globe par les personnes possédant une certaine culture intellectuelle. Il fut créé de toutes pièces par un Russe, le docteur Zamenhof, né en 1859, à Biélostok, dans le gouvernement de Grodno (Pologne). Ce savant, dont le nom encore ignoré du grand public deviendra bientôt mondial, a ainsi résolu un problème qui, depuis deux siècles, hantait les esprits les plus remarquables et auquel on n'avait apporté que des solutions lamentables. Il conçut son projet de langue universelle vers 1878, alors qu'il était élève au gymnase de Varsovie; c'est seulement en 1887 qu'il publia son premier ouvrage sous le pseudonyme de Doktoro Espéranto (qui espère).

Détail amusant et éloquent: c'est la librairie Hachette, la maison classique par excellence, qui édite tous les ouvrages concernant l'espéranto, approuvés par le docteur Zamenhof.

LA POLICE AU CONGRÈS DES ZEMSTVOS

UN DOCUMENT QUI A ÉCHAPPÉ A LA POLICE RUSSE. --Le maître de la police de Moscou venant interrompre la première séance du Congrès des zemstvos.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

Nous avons publié la semaine dernière deux photographies du Congrès des zemstvos à Moscou. Celle que nous donnons aujourd'hui présente un intérêt tout particulier et l'on peut dire qu'elle était attendue de tous nos lecteurs depuis que le Temps du 21 juillet avait publié le récit suivant:

Au moment où le comte Heyden va occuper le fauteuil présidentiel, le prince Paul Dolgoroukof entre, annonçant l'arrivée de la police et demandant au Congrès la permission d'introduire les agents.

Le maître de la police, accompagné de plusieurs sous-officiers, pénètre et déclare qu'il a l'ordre de la préfecture d'interdire la réunion et de saisir les documents. Il lit les articles du code et la circulaire du ministre de l'Intérieur en vertu desquels il se prépare à instrumenter. Le président proteste; le maître de la police voulant dresser la liste des membres du Congrès, une voix s'élève: «Inscrivez toute la Russie!» Les membres des zemstvos présents comme témoins, non comme délégués, sont les premiers à lui donner leurs noms. Le maître de la police prend alors le parti de sortir pour rédiger un procès-verbal et la séance continue.

Un photographe, qui a enregistré l'incident, se hâte de mettre ses instantanés en sûreté...

Le maître de la police rentre à ce moment et lit son procès-verbal...

La séance est levée après une déclaration de M. Golovine. Le photographe, qui a seul instrumenté, pendant que le commissaire s'en allait bredouille, est arrêté; la perquisition faite dans ses appareils reste sans résultat.

Nous n'ajouterons à ce compte rendu que quelques lignes. L'opérateur incorrigible qui, en dépit du maître de la police et au péril de sa liberté, photographia ce grave incident, n'était autre--on l'a deviné--que le correspondant de L'Illustration en personne.

Malgré toutes les vicissitudes qui en ont retardé l'envoi, la photographie séditieuse nous est enfin parvenue. Le maître de la police de Moscou a fait arrêter notre photographe et perquisitionner dans ses appareils. Nous prenons aujourd'hui notre revanche malicieuse en dédiant à ce fonctionnaire sa propre image dans un document historique que les circonstances ont rendu inestimable.

L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE A STOCKHOLM

Parfois, au hasard de ses croisières sur le yacht Thistle, l'impératrice Eugénie passe en vue d'une capitale étrangère. Il y a là, tout auprès, le palais d'une famille dont jadis, au temps des fêtes impériales, les membres furent reçus, en pompe, aux Tuileries. L'impératrice errante, qui se souvient, interrompt son voyage pendant quelques heures. Elle fait une courte visite à ces princes et ces reines qui sont demeurés ses amis. A la souveraine détrônée, on rend les honneurs dus aux souverains régnants qui voyagent incognito; on lui prodigue, en plus, les marques de vénération que commandent son grand âge et le souvenir de ses infortunes.

Notre photographie représente l'ex-impératrice au moment où, après avoir déjeuné, le 25 juillet, avec le roi Oscar, à Stockholm, elle se dispose à regagner son yacht.

L'EX-IMPÉRATRICE EUGÉNIE A STOCKHOLM regagnant son yacht après avoir déjeuné au palais du roi.--Phot. Blomberg.

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LA VISITE DE L'ESCADRE FRANÇAISE A COWES ET A PORTSMOUTH

Photographies copyright S. Cribb, Gale and Polden et Topical Press Agency.

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L'hôtel, de ville de Portsmouth et son souhait de bienvenue. Le Masséna dans la fumée de ses canons, après le salut au roi.

La foule anglaise massée sur la plage, attendant l'arrivée de l'escadre française.

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Les escadres anglaise et française en rade de Cowes.

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LE CUIRASSÉ «MASSÉNA», BATTANT PAVILLON DE L'AMIRAL CAILLARD, EN RADE DE COWES.

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La visite de la flotte française en Angleterre a été l'occasion de grandes fêtes maritimes qui ont duré toute cette semaine. Suivant le programme arrêté par l'Amirauté britannique, notre escadre du Nord venait mouiller en rade de Cowes, ayant en tête le Masséna, battant pavillon de l'amiral Gaillard, commandant en chef. Celui-ci, aussitôt après le mouillage, se faisait conduire à bord du yacht Victoria-and-Albert, pour saluer le roi; puis Édouard VII lui rendait sa visite à bord du Masséna. Cette première journée était, d'ailleurs, plus particulièrement consacrée aux réceptions officielles; dans le bruit des canons tonnant en salves d'allégresse, ce fut, sur le pont du vaisseau-amiral français, un va-et-vient de brillants uniformes: l'amiral Wilson, commandant en chef de la flotte anglaise de la Manche, les états-majors, les ambassadeurs, etc. Spectacle curieusement animé, dont, malgré la sévérité des consignes prohibitives, le correspondant de L'Illustration, posté à une hauteur favorable, a réussi à obtenir les curieuses photographies que nous reproduisons en première page.

LA FÊTE DES VIGNERONS, A VEVEY.--La danse du Printemps.

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Vevey est une gracieuse cité vaudoise, assise sur la rive nord-est du lac de Genève, à l'endroit même où se jette la Vevayse. Cette petite ville de 6.000 habitants est deux fois célèbre, à cause d'un livre et à cause d'une tradition. C'est dans les environs de Vevey que Rousseau trouva le cadre de sa Nouvelle Héloïse. C'est à Vevey même que, de loin en loin, une fête fameuse, la Fête des Vignerons, réunit d'innombrables spectateurs dans un admirable théâtre de la nature.

La scène de ce théâtre est une place de la ville. Le décor, c'est, aux plans lointains, au-dessus des toits et des clochers, le paysage des monts abrupts et des verts pâturages. Les acteurs, ce sont tous les habitants du pays, en costumes de fête nationaux.

La Fête des Vignerons se présente sous un double aspect: elle est à la fois antique et moderne. Il y a des nymphes, des bacchantes et des bergers à houlettes. Les musiciens portent l'habit et la perruque du temps des baillis de Vevey. Les données du poème ne varient guère depuis l'année 1797. Ce sont, exaltés par les chants et mimés par des danses, les principaux événements de la vie rustique au cours des quatre saisons. Cette année, comme lors des représentations précédentes, on a applaudi la danse du Printemps, le pas des Bacchantes, le ballet des Feuilles mortes, le chant des Glaneuses, le défilé des chars de l'Été et l'Hymne à Gérés, et, naturellement, le Ranz des vaches.

Nous publierons la semaine prochaine les dessins de notre envoyé spécial, M. Georges Scott,

L'Hymne à Cérès devant les chars de l'Été.--Photographies Fisher.

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Gravé par Ch. Maylander. Peint par Mme Colin-Libour. EN DÉTRESSE

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Au bord de la mer: un coin de plage, le ciel et l'eau se confondant presque en une vaste étendue; à l'horizon, les voiles d'une flottille de pêche; au premier plan, deux personnages. Sujet d'une composition très simple, que Mme Colin-Libour a traité avec la sobriété qui convenait; mais, en sa simplicité, quelle scène émouvante évoque ce tableau! S'écartant des abords trop fréquentés de la terrasse banale, une jeune mère s'est aventurée au loin, avec sa fillette, sur une de ces langues de sable où l'on se sent en pleine sécurité, à marée basse. Là, pendant qu'elle partageait les jeux ingénus de l'enfant, elle a perdu la notion du temps, s'est attardée, sans prendre garde au flot perfide; et voici que la mer, continuant de monter, menace de couper toute retraite en couvrant la langue de sable déjà transformée en îlot. La situation est critique: l'imprudente, affolée, dans une anxiété poignante, multiplie les appels, les signaux de détresse; espérons qu'elle en sera quitte pour la peur et que, grâce à un prompt sauvetage, l'aventure n'aura pas un dénouement tragique.

UN SPECTACLE DE L'AN 1452 QU'ON A REVU, LE 6 AOUT 1905, A BRUXELLES Le cortège historique des fêtes de l'Indépendance belge sur la Grand'Place: Philippe le Bon et le comte de Charolais.--Voir l'article, page 116.

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EN NORVÈGE

Fragments d'un journal de voyage.

(Suite III.--Voir les numéros des 8 et 29 juillet:)

LES LAPONS

Dans les rues de Tromsoe; de-ci de-là, de bizarres personnages, petits, roux, coiffés d'un bonnet bleu et rouge, comme des valets de carreau, déambulent, couverts de fourrures, chaussés de bottes en peau de renne, avec un assortiment d'objets bizarres en os, pendus à la ceinture et au bout des doigts. Ce sont des Lapons. Ils sont moins sales qu'on ne s'y attendait. Le visage rose ou rouge est éclairé par des yeux bleus, et des cheveux filasses encadrent les pommettes saillantes du type mongol.

Le cap Nord.

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Ce sont bien des Lapons; mais ils sont trop liants, trop bons vendeurs, ils parlent trop bien l'anglais; ils ressemblent trop, comme mentalité commerciale, aux Italiens marchands de moulages qui nous mettent dans les mains, à Paris, un objet dont on a offert le dixième du prix demandé. Les Lapons suivent les touristes, offrant des spoons, cuillers faites d'un os de renne et ornées d'un dessin en profil de cet animal.

À Tromsdal, en face de Tromsoe, se trouve le fameux camp des Lapons tant «blagué», tant attendu aussi. Il est établi à quatre kilomètres de la côte. Pourquoi? Parce que le propriétaire du terrain qui le reçoit l'a voulu ainsi afin de forcer les touristes à utiliser des voitures sur le prix de location desquelles une part d'argent lui est remise.

Par un chemin impossible, cahoteux, détrempé, étroit, rocailleux, franchissant des torrents et sur lequel les voitures tressautent, on arrive au camp, après avoir traversé un bois de bouleaux qui, l'hiver, disparaît sous la neige.

Un camp lapon, à Tromsdal.

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On nous a tellement dit que, ces Lapons, nous aurions pu les voir au Jardin d'acclimatation, que nous sommes ravis de les trouver tout de même un peu plus pittoresques. Sur un mamelon vert environné de montagnes, trois ou quatre huttes ressemblent à de gros tas de terre. Dans un enclos, voici les rennes, deux cents environ. Ils sont tout petits et leurs ramures confondues font comme un fouillis agité de branchages.

Nous entrons dans une hutte. Elle est bien telle qu'on l'a décrite, avec le feu de bois au centre, au-dessous du trou ménagé au sommet. Tout autour, à terre, sur des peaux, sont étendus les habitants. Des têtes de morues sont suspendues pour sécher. Une montre en argent, à remontoir, brille dans un coin. Une femme vêtue de fourrures et de lainages rouges et bleus surveille un bébé tout blanc, bien emmailloté, dont le berceau est un grand sabot de bois. Sur la prière d'un touriste, prière affirmée par le don d'une pièce blanche, elle sort de la hutte pour être photographiée, et, complaisamment, lève le voile qui cachait la figure de l'enfant; mais, lorsque survient un nouveau touriste armé d'un nouvel appareil, le voile est précipitamment baissé et ne se relèvera que contre une nouvelle obole. Vous vous rappelez les tableaux d'église dont le sacristain lève le rideau en Italie?

Les touristes--nous sommes près de deux cents--entourent et absorbent les Lapons. Ce camp de Lapons ne ressemble plus maintenant qu'au pesage d'un champ de courses de province. Il faut se contenter de contempler des groupes. Là, une élégante Française a pris des mains d'une Laponne un travail d'aiguille et lui montre un point de broderie nouveau. La Laponne est dans le ravissement. Ici, un touriste bourre et allume la pipe d'un être bizarre à l'oeil allumé, au visage d'ivrogne, un Quasimodo avec des couleurs de personnage, d'un jeu de cartes barbares. Des enfants norvégiens vendent des cartes postales. La carte postale illustrée a unifié le monde.

Les Lapons font des affaires d'or. Ils vendent, à des prix très exagérés, des objets fabriqués par eux: cornes de rennes, pipes d'os de renne, blagues à tabac en peau de renne, cuillers d'os de renne, etc.

Voici l'heure de la fantasia finale. Un Lapon pénètre dans l'enclos où sont les rennes, tenant un de ces animaux en laisse, un conducteur docile qui donnera l'exemple aux autres. Le troupeau sort en tumulte de l'enclos et, sous les aboiements des chiens et les cris des hommes, traverse un torrent que le mouvement de la multitude de pattes minces raye d'une barre d'écume. Tous les animaux, en un clin d'oeil, se dispersent dans la montagne où ils disparaissent dans le taillis.

Il pleut, lentement, doucement, pleinement, avec constance. Le ciel et la mer sont du même gris, on ne voit pas une ligne d'horizon, de sorte que les bateaux tout noirs, avec leurs mâts, semblent suspendus dans l'espace opalin et laiteux.

* * *

Il y aurait à bord une jolie moisson de confessions à faire. Mais ce serait une trahison que de répéter les secrets qu'on a pu surprendre dans l'abandon forcé d'une vie commune d'un mois. C'est malheureux. On ne peut ici indiquer que des silhouettes de groupes. Il y a tout un clan d'isolées, de veuves ou de femmes mariées dont les maris sont restés en France. Quels drames intimes ces séparations consenties ou imposées peuvent-elles cacher? Il y a aussi des isolés. De quelles peines cherchent-ils l'oubli? Pendant les heures du crépuscule sans fin, on rêve à toutes ces misères et l'on sent qu'elle n'était pas exacte, l'impression du début, qui nous faisait croire que notre bateau était celui des gens heureux; nous avons aussi embarqué des douleurs.

LES ACHATS

Une scène amusante, pendant les escales, est celle du retour à bord des touristes chargés d'achats. Tout le long de l'escalier, c'est une succession de paquets enveloppés de papiers jaunes, de hautes cornes de rennes. Les femmes sont particulièrement heureuses. On a pu faire du Shoping à Tromsoe. Une fois sur le pont, chacun déballe ses acquisitions devant tout le monde. Ce sont des peaux d'ours blancs qui coûtent 150 ou 200 couronnes, c'est-à-dire 200 ou 300 francs, des renards bleus plus chers qu'à Paris, naturellement, non montés, mal préparés, mais qu'on déclare des occasions extraordinaires, chère madame; des bottes de fourrures de tous les modèles; des pantoufles de peau de renne ornées de lainages blancs et rouges qu'on trouve délicieuses et qui, à Paris, seront déclarées des horreurs.

Une dame a acheté... un bateau. Elle en est folle de joie. Dès la montée de l'échelle, ce sont des cris: «J'ai acheté un bateau. Vous savez, j'ai acheté un bateau...!» Et sur le pont: «Vous allez voir mon bateau, parce que je dois vous dire que j'ai acheté un bateau.»

Et comme quelqu'un, peu de temps après, lui dit: «Il parait, madame, que vous avez acheté un bateau...» De très bonne foi, elle s'écrie:

--Comment savez-vous cela? C'est curieux comme on potine à bord...

Les retours sont gais. C'est un babillage, un piaillement, un étalage naïf de petites vanités dans l'ébrouement des parapluies mouillés et des caoutchoucs ruisselants.

Vendredi 15 juillet.--Départ de Tromsoe.

Navigation dans le Lygenfiord. Toute la journée nous avons navigue, par un soleil superbe, dans le Lygenfiord, entre deux rangées de hautes montagnes couvertes de neige et séparées par des glaciers qui descendent jusqu'à la mer. C'est un spectacle merveilleux que ce défilé de verdure, de blancheurs neigeuses et de bleus glaciaires.

Il faudrait abuser des épithètes superlatives pour essayer de dépeindre ce spectacle. J'avoue m'en sentir incapable. Je ne puis que dire notre émotion, et le silence auquel nous étions condamnés par la grandeur de ce décor dont les toiles de fonds étaient d'une hauteur dépassant mille mètres.

Nous longeons la côte et tous les appareils photographiques, délaissés sous les brumes des jours passés sont sortis des étuis, de sorte que la vue des glaciers est, dans mon souvenir, accompagnée des bruits de déclics de kodak et de plaques de vérascope qui tombent.

HISTOIRE DE CHIENS

Il y a eu à Tromsoe et chez les Lapons un enlèvement de chiens. Nous en avons huit à bord, je crois. Les Lapons en font l'élevage en vue de l'arrivée des touristes. Il y en a de gros et de petits, de jeunes et de vieux, de dociles et d'inapprochables; ce sont de gros loulous au poil rude et fourni qui souffriront en France, aux chaleurs de l'été.

Hier, quelqu'un en achète un et l'envoie à bord.

C'est une jeune Norvégienne, trop blonde, qui le conduit. Elle arrive avant l'acheteur, l'attend, s'ennuie. Le chien est son chien, son père l'a vendu malgré elle et elle en a le coeur gros. Elle veut le remporter, heureuse de ce contre-temps. Et c'est un peu triste, ce passage de gens venus de si loin et qui, pour la satisfaction d'un caprice, vont laisser derrière eux ce gros chagrin dans ces yeux bleu pâle.

On ne laisse pas partir la jeune fille avec son chien, qui d'ailleurs est fort beau. Une dame élégante déclare que, si le premier acheteur n'en veut plus, à son retour, elle le prendra. On paye les 30 couronnes à la petite Norvégienne si blonde, qui descend en sanglotant l'escalier du bord et s'éloigne dans une barque que dirigent d'autres fillettes. Elle ne songe plus alors à cacher son chagrin et nous suivons des yeux son petit châle noir que les épaules secouent.

* * *

Je cherche des comparaisons pour donner une idée du spectacle qu'offre le Lygenfiord. Je n'en trouve qu'une vieille, celle des vagues immenses subitement fixées, vagues neigeuses à la base verte. Ces vagues ont plus de mille mètres de haut, et il y en a sur une longueur de quinze lieues.

Au fond d'un des bras du fiord, voici une fumée. Les lorgnettes découvrent un yacht qui vient sur nous. C'est un bateau français. Petite émotion patriotique lorsque les sirènes et les pavillons échangent leurs saluts. Le yacht s'éloigne et bientôt il n'est plus qu'une fumée qui disparaît... Hélas! nous devions le revoir, ce bateau!

Le soleil de minuit.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

On nous promet pour ce soir le soleil de minuit. Nous désespérions, mais le ciel est bleu et la chance nous est revenue.

LE SOLEIL DE MINUIT

J'ai vu le soleil de minuit ou plutôt, j'ai vu le soleil à minuit. Il y a eu sur le bateau, pendant toute la journée, une effervescence, et, dans les groupes, les savants ont expliqué le phénomène. On dîne en hâte, et l'on va prendre sa place sur le pont, la lorgnette à la main. Nous sommes arrivés un peu tôt à la sortie du Lygenfiord et, en attendant l'heure de la représentation, notre bateau décrit un grand cercle dans la baie. Il est onze heures du soir. Le soleil brille d'un éclat affaibli. Vraiment il faut saluer. Devant un tel spectacle, les sentiments religieux s'exaltent, naissent ou ressuscitent en chacun de nous. Nous sommes d'abord effarés, car nos yeux reçoivent des impressions de couleurs qu'ils n'ont jamais ressenties. Nous sommes devant un spectacle tellement différent de ceux que nous avons l'habitude de contempler qu'il y a certainement une inquiétude, un trouble, tout au moins dans notre admiration.

Devant nous, la pleine mer et le soleil.

Au-dessus de l'horizon et sur une ligne parallèle, de petits nuages verts, rares comme des choses très précieuses et très belles, nous étonnent, car ils sont à la fois verts comme du bronze et délicats comme une soie vaporeuse effilochée.

Voilà ce qui est devant nous. A droite et à gauche, de hautes montagnes avec des plis verticaux, dans lesquels la neige est restée et qui font de larges lignes blanches sinueuses du sommet jusqu'à la mer, et non seulement jusqu'à la mer, mais jusqu'à nous, par leurs reflets dans l'eau.

Au fond, loin, des glaciers.

Tout cela si grand, si beau, n'est rien en soi... Cela vaut par l'éclairage. Ce qui est extraordinaire ici, c'est la lumière, elle est autre et cela rend l'évocation presque impossible. Elle est différente à ce point de celle dont nous avons l'habitude que la sensation persistante est celle d'être non pas dépaysé, mais déplanétisé.

A vrai dire, le paysage est, en bien, un paysage de la terre. Il y a autre part la mer, des montagnes neigeuses et des glaciers, mais la coloration qui les baigne ici les rend tels que la comparaison qui vient à plusieurs de nous est que nous pourrions nous croire dans la planète Mars... On s'aperçoit du petit nombre de mots que nous possédons pour désigner les couleurs...

Dans la partie que le soleil couchant n'éclaire pas, la masse sombre et lumineuse pourtant est éclairée par des neiges qui sont bleues et mauves. Le reflet dans la mer moire tout cela dans une vibration lente. Vers le soleil, c'est une coulée d'or. D'un bout à l'autre de la baie, il y a jusqu'à l'horizon, jusqu'au soleil, une succession de vagues minces comme des frissons, parallèles, et qui sont véritablement de l'or vert en fusion.

La mer derrière nous, vers les glaciers, est grise, mais du gris le plus fin et le plus varié, le plus lumineux. Il faut encore évoquer ici l'idée d'un métal en fusion, mais d'un métal léger, fluide. Ces gris comportent des violets et des blancs effacés.

Le rire d'un groupe de passagers qui échappent à l'émotion générale nous irrite jusqu'à la crispation. On voudrait un silence absolu. Seule la petite musique que fait l'eau refoulée doucement par l'étrave ne détonne pas ici.

Nous sommes à l'extrême-avant. De là, en nous retournant, nous voyons se projeter sur les glaciers voisins la cheminée et les mâts de notre bateau, qui deviennent gigantesques et fantastiques, dans la solitude, dans la désolation du paysage. Grosse surprise: lorsque nous détournons nos yeux éblouis, toutes les colorations sont changées, et le pavillon rouge de notre grand mât est vert. L'irritation de notre rétine nous fait voir partout non les couleurs réelles, mais leurs complémentaires. C'est une fantasmagorie.

Les sentiments religieux évoqués sont ceux du paganisme. Nous venons certes de faire une sorte de pèlerinage à l'astre qui entretient la vie sur notre planète, nous sommes venus de très loin pour saluer la perpétuité, la continuité visible du soleil. Il y a eu comme une adoration dans notre attente silencieuse et recueillie. A voir ce soleil qui ne meurt pas et la joie naïve que nous avons éprouvée devant sa pérennité évidente, les profanes pensent au cri de la Pâque russe: «Christ est ressuscité», et aux baisers qu'échangent les fidèles. Nous les avons remplacés par un toast au soleil--libations aux dieux--parce que certains voulaient choisir leurs voisines.

(A suivre.)Brieux.

LES FÊTES DE L'INDÉPENDANCE BELGE

LE GRAND CORTÈGE HISTORIQUE DE BRUXELLES

Dans le programme de ces fêtes, il faut citer, comme une des parties les plus réussies, le grand cortège historique organisé à Bruxelles.

Pendant trois après-midi, les 22 juillet, 6 et 15 août, il aura parcouru les rues de la ville, suivant chaque fois un itinéraire différent. Au point de vue de la reconstitution pittoresque du passé, sa sortie de dimanche dernier offrait un attrait particulier, en raison de l'itinéraire de ce jour, comprenant la fameuse Grand'Place, d'un caractère si original, avec son superbe hôtel de ville et le décor si complet de ses vieilles architectures. Nul autre cadre, en effet, ne pouvait mieux s'adapter au groupe du cortège correspondant à la «période bourguignonne» de l'histoire des Flandres, puisque celui-ci LE PLUS HAUT ASCENSEUR DU MONDE. --Au sommet de la Hammetschwand, sur le lac des Quatre-Cantons. --Phot. Goet représentait, abrités sorts le dais ducal et accompagnés d'une brillante escorte, Philippe le Bon et son fils, le comte de Charolais, se rendant au tournoi qui eut lieu sur cette même Grand'Place, le 20 février 1452, et où le futur Charles le Téméraire reçut le baptême des armes. Personnages et milieu s'harmonisaient donc à merveille, et les spectateurs, fortement illusionnés, auraient pu se croire transportés en plein quinzième siècle, sans l'anachronisme discordant de leurs costumes modernes.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

LE PLUS HAUT ASCENSEUR DU MONDE

On vient d'inaugurer, au Burgenstock, une des plus charmantes stations d'altitude (800 m.), vis-à-vis de Lucerne, très fréquentée surtout par des Français, un ascenseur électrique, qui peut transporter six à sept personnes à la fois, en moins de trois minutes, au sommet de la Hammetschwand (1.140 m.), d'où la vue sur le lac des Quatre-Cantons et sur les Alpes d'Uri et d'Unterwalden est incomparable. On arrive en funiculaire de Kehrsiten (aux bords du lac), aux hôtels du Burgenstock, d'où un chemin des plus pittoresques, longeant la montagne tout droit au-dessus du lac et creusé en grande partie dans le rocher, vous conduit en trente minutes à l'ascenseur, caché dans une grotte rocheuse à côté de la chambre des machines. La cabine, de 4 mètres carrés, s'élève d'abord dans une cage en pierre, de 64 mètres de hauteur, au sommet de laquelle s'érige une tour aérienne en fer de 116 mètres. Cette tour, cela va sans dire, est solidement attachée au rocher à différents endroits, sans compter le pont d'accès, très solide, qui conduit les voyageurs sur le sommet de la montagne.

La cabine, suspendue à deux cordes en acier, offre toutes les garanties de sécurité: en cas d'excès de vitesse, arrêt automatique par un contrepoids; en cas d'interruption du courant, possibilité de conduire à la main la cabine à l'un des points de départ; enfin, une échelle en fer le long de la tour permet de monter ou de descendre aux personnes qui ne souffrent pas du vertige. Dr. Guglielminetti.

UNE BAIGNADE DANS UNE FONTAINE PUBLIQUE

Une bande de gamins à demi dévêtus a envahi le bassin d'une fontaine publique: plongés dans l'eau jusqu'à la ceinture, ils barbotent à coeur joie, s'éclaboussent copieusement, se livrent, avec des cris aigus et de francs éclats de rire, à toute sorte de jeux aquatiques; quelques-uns, sous les jets en chute de la vasque supérieure, ont, inconsciemment, un mouvement, une pose du torse nu d'un tel caractère sculptural que l'on croirait voir s'animer les tritons de bronze du parc de Versailles ou de la place de la Concorde.

Mais ce n'est pas chez nous que s'offre ce tableau d'un réalisme pittoresque; nos règlements de police n'autorisent ni ne tolèrent la transformation des fontaines publiques en piscines populaires où nos gavroches puissent prendre leurs ébats devant les badauds amusés. Ce privilège est un de ceux de la libre Amérique, et la scène reproduite ici, à titre d'exemple, a été photographiée récemment dans un square de New-York: là-bas, pendant les chaleurs de l'été, particulièrement torrides cette année, il est permis aux boys, parmi lesquels il y a peut-être de futurs milliardaires, de se procurer gratis l'agrément et les bienfaits du bain froid complet, douche comprise; cette hydrothérapie en plein air n'offusque personne et l'hygiène y trouve son compte.

L'ÉTÉ A NEW-YORK.--Baignade d'enfants dans une fontaine publique.--Phot. Grantham Bain.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

Le baron Komura. M. Sato. LE PLÉNIPOTENTIAIRE JAPONAIS ET SON PREMIER SECRÉTAIRE, ARRIVANT A NEW-YORK.

Illustration from L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905

Samedi dernier 5 août, les plénipotentiaires russes et japonais, chargés de discuter les bases de la paix, entraient en contact au large d'Oyster-Bay, à bord du May-Flower, yacht du gouvernement américain, où les présentations étaient faites par le président Roosevelt; mardi 8, ils s'installaient à Portsmouth (New-Hampshire), lieu choisi pour les travaux de la conférence, dont les résultats sont si impatiemment attendus.

L'attention se porte tout naturellement vers les éminents diplomates auxquels incombe la tâche difficile de mettre un terme à la guerre désastreuse allumée depuis un an et demi en Extrême-Orient, et qui, dès maintenant, sont des figures historiques.

Nous avons déjà donné de M. Witte, le premier plénipotentiaire russe, un portrait obtenu lors de son récent passage à Paris; une photographie du baron Komura, prise au moment de son arrivée à New-York, nous permet de montrer sous un aspect caractéristique le premier plénipotentiaire japonais, accompagné de M. Sato, son premier secrétaire, le personnage le plus interviewé de la délégation.

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