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L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

LE COLONEL RENARD

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La mort subite du colonel Renard, directeur du parc aérostatique militaire de Chalais-Meudon, vient de priver prématurément l'armée et la science d'une personnalité de haute valeur.

Fils d'un magistrat, Charles Renard était né à Damblain (Vosges), le 23 novembre 1847. Il comptait parmi les plus brillants élèves du lycée de Nancy et, au concours général de 1866, à dix-huit ans, il remportait le prix d'honneur de mathématiques spéciales; cette même année, il était reçu troisième à l'École normale supérieure en même temps qu'à l'École polytechnique. Ayant opté pour celle-ci, il en sortit dans l'arme du génie.

Le colonel Ch. Renard.

Illustration from L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

Il fit la campagne de 1870 à l'armée de la Loire, à l'armée de l'Est avec Bourbaki. A dater de 1873, attiré tout particulièrement vers les recherches d'aérostation et d'aviation, il s'y consacra avec les collaborations successives du capitaine Krebs et de son frère, le commandant Renard. Il eut la satisfaction de résoudre le premier, d'une façon complète, le problème de l'aérostat dirigeable, c'est-à-dire le retour certain au point de départ dans des conditions favorables. Il avait acquis en cette matière une compétence et une autorité incontestées.

Les chercheurs du grand problème de l'aviation trouvaient toujours de bons conseils et un excellent accueil auprès deavant modeste et bienveillant autant qu'éminent. Mécanicien distingué dans les diverses branches et en même temps physicien, le colonel Renard présidait plusieurs sociétés savantes et avait apporté un précieux concours, comme membre des jurys et des commissions, à nos expositions universelles.

LE «TOURBILLON DE LA MORT»

Mlle Marcelle Randal dans l'automobile du «Tourbillon de la mort».

Illustration from L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

Cette nouveauté acrobatique vient, hélas! de justifier son appellation funèbre, qu'on présumait volontiers n'être qu'une artificieuse hyperbole destinée à corser l'effet d'une «attraction» sensationnelle.

Le «Tourbillon de la mort», c'était le dernier mot du looping the loop, le bouclage de la «boucle» en automobile, agrémenté d'un surcroît de difficultés. On sait--et notre schéma le fera mieux comprendre encore--comment fonctionnait, depuis un mois environ, au Casino de Paris, l'appareil construit par l'ingénieur Revel. L'automobile où se tenait, ligotée, Mlle Marcelle Randal, une jeune fille de vingt-deux ans, descendait avec une rapidité vertigineuse d'une hauteur de 8 mètres, le long d'un plancher fortement incliné; au bas de ce plancher, les roues de derrière faisaient déclencher un puissant ressort, qui projetait la voiture en l'air en la faisant basculer; il en résultait un véritable saut périlleux, au terme duquel le véhicule retombait sur un plan d'arrêt.

Le soir du vendredi 14 avril, Mme Randal, son exercice accompli, ne se releva pas, à son ordinaire, pour saluer les spectateurs: on la transporta évanouie à son domicile, où elle expirait, le lendemain, sans avoir repris connaissance. Une instruction judiciaire est ouverte et, d'après l'avis des médecins, il semble bien que cette mort doive être attribuée non à un accident, mais à la répétition de la commotion cérébrale, conséquence des violentes secousses imprimées au corps de la jeune acrobate.

Mme Adelina Patti.--Phot. Langper.

Illustration from L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

Mme ADELINA PATTI

La croix de la Légion d'honneur vient d'être décernée, au titre étranger, à Mme Adelina Patti. Le nom de la célèbre cantatrice, de nouveau mis en vedette, évoque le souvenir de succès retentissants, mais déjà bien lointains. D'origine espagnole (elle naquit à Madrid en 1843), Adelina Patti, élevée en Amérique où ses parents s'étaient établis, avait embrassé de bonne heure la carrière théâtrale. Douée d'une voix d'une étendue, d'un éclat, d'une souplesse exceptionnels, elle avait à peine seize ans quand elle débutait, à New-York, dans Lucia. En 1861, elle contractait un engagement à Londres et, l'année suivante, elle apportait en France une renommée qui allait recevoir sa consécration définitive au Théâtre-Italien de la salle Ventadour: jamais le répertoire des Donizetti, des Rossini, des Verdi, n'y trouva une interprète plus applaudie, plus fêtée du public.

La Patti avait épousé, en 1868, le marquis de Caux, écuyer de l'empereur Napoléon III; après la rupture de cette union, elle se remaria avec le ténor Nicolini, puis, devenue veuve, avec le baron de Cedestroem, appartenant à la noblesse suédoise. Elle a quitté Paris depuis 1870, et réside habituellement en Angleterre.

L'Illustration publiera la semaine prochaine son numéro spécial (prix: 2 francs) consacré aux Salons de peinture de 1905.

(Agrandissement)

Illustration from L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905
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