LES DANSES BRAHMANIQUES AU MUSÉE GUIMET
Reading edition
Lundi dernier, le directeur du musée Guimet et M. de Milloué ont fait une intéressante conférence sur les danses brahmaniques.
Mais estimant judicieusement qu'en pareille matière la parole la plus précise et la plus colorée ne vaut qu'à la condition d'être le commentaire explicatif de la chose vue, M. Guimet a voulu donner à la conférence son complément naturel par une reconstitution vivante de ces drames sacrés de l'Inde, que la beauté esthétique du geste ennoblit, même quand la mimique expressive évoque des idées profanes.
Sous une rotonde enguirlandée, éclairée à peine et représentant assez bien le sanctuaire du dieu Siva. Ce furent tour à tour, aux sons d'une musique à la fois harmonieuse et sauvage, rythmant les mouvements: l'Invocation à Siva, la Princesse et la Fleur magique, les Danses guerrières en l'honneur de Soubrâhmanya.
Cette curieuse reconstitution trouva une première interprète à souhait en Mme MacLeod, dont les poses plastiques, la souplesse, la grâce, surtout dans le délicieux poème de la Princesse, émerveillèrent les privilégiés conviés à ce spectacle rare, où l'art avait sa large part.
NOTRE SUPPLÉMENT «PRÈS DU FEU» D'APRÈS LE TABLEAU DE Mme LEE-ROBBINS
Mme Lee-Robbins est de cette petite phalange de peintres qui, depuis quelques années, se sont appliqués à traduire pour nous les charmes des intérieurs élégants, meublés d'adorables vieilleries, où vivent, vont et viennent et rêvent des hôtes désoeuvrés, las, blasés, et pas toujours heureux.
Pour ces artistes délicats, un peu précieux parfois dans leurs goûts et, en général, habiles, on vient d'inventer une épithète infiniment moins jolie, d'ailleurs, que telles de leurs oeuvres; on les appelle «les intimistes». Mme Lee-Robbins est donc, si elle y consent, une «intimiste».
Et c'est, en effet, dans l'intimité la plus réelle qu'elle nous présente cette femme, agréable à voir, d'ailleurs, au corps souple et d'allures désinvoltes, qui, toute parée --et par le bon faiseur--pour la soirée dont l'heure approche, l'éventail en main déjà et s'essayant aux manèges vainqueurs, prend, comme disaient nos grands-pères, un air de feu, devant que le coupé soit avancé.
LA MORT DU BARON DE LAMBERMONT
Le 10 mars, on a célébré, à Bruxelles, avec un grand apparat, les funérailles nationales du baron de Lambermont, secrétaire général du ministère belge des affaires étrangères, qui vient de s'éteindre dans sa quatre-vingt-sixième année.
Durant sa longue carrière, au poste éminent qu'il occupa depuis 1859, il rendit à son pays d'importants services; il participa notamment aux négociations de 1863, qui aboutirent à l'affranchissement de l'Escaut, acte considérable au point de vue des intérêts économiques de la Belgique.
A BRUXELLES.--Funérailles du baron de Lambermont.--Phot. comm. par M. J. Drion.

M. Manuel Garcia--Phot. Barraud. M. Jules Thomas.--Phot. Pierre Petit.


LE CENTENAIRE DE MANUEL GARCIA
On vient de célébrer, à Londres, où le vieillard est fixé depuis longtemps, le centième anniversaire du professeur de chant Manuel Garcia, né le 17 mars 1805.
Le père de M. Manuel Garcia était un chanteur d'origine espagnole, très épris de son art, et qui avait voulu que ses trois enfants embrassassent comme lui la carrière musicale. Il avait, en effet, outre Manuel, deux filles: l'une, Marie, fut célèbre sous le nom de la Malibran et Musset a immortalisé son nom. La seconde, aujourd'hui âgée de quatre-vingt-quatre ans, est Mme Pauline Viardot, la créatrice de la Fidès du Prophète. M. Manuel Garcia a peu chanté au théâtre et s'est, de bonne heure, consacré au professorat.
M. JULES THOMAS
Le sculpteur Jules Thomas, membre de l'Institut, professeur, chef d'atelier de sculpture à l'Ecole des Beaux-Arts, commandeur de la Légion d'honneur, vient de mourir dans sa quatre-vingt-unième année.
Elève de Dumont, il avait enlevé, à vingt-quatre ans, le prix de Home avec un Philoctète partant pour Troie. Les oeuvres les plus importantes qu'il laisse sont une Eve (1859), un Virgile (1861). le marbre élégant de Mlle Mars; l'Industrie, à l'une des façades du Louvre, et, à la façade de l'Opéra, la Musique et le Drame. Au Salon de 1903, encore, il exposait une figure d'éphèbe, l'Adolescence, qui eut un grand succès.
LA BANDE d'ABBEVILLE
Depuis le 8 mars, les débats d'un procès sensationnel se déroulent devant la cour d'assises de la Somme; procès important par la qualité des accusés et le nombre des crimes qui leur sont reprochés.
De 1900 à 1903, dans toutes les grandes villes de France--châteaux, villas, églises--des cambriolages audacieux furent commis, dont on ne pouvait surprendre les auteurs. Le 22 avril, à la suite d'un vol qualifié à Abbeville, de l'assassinat d'un agent et d'une tentative de meurtre sur un brigadier de police, le chef d'une association de malfaiteurs et ses deux lieutenants tombaient entre les mains de la police. C'était la découverte de la bande qui ne comprenait pas moins d'une quarantaine d'affiliés. Vingt-neuf purent être connus; vingt-trois sont sur les bancs de la cour d'assises, les autres ayant pris la fuite.
La bande possédait des outils de cambriolage d'une perfection inconnue jusqu'à ce jour. Telle trousse qui figure parmi les pièces à conviction, Jacob, chef de la bande. dont chaque instrument s'emboîte dans une unique poignée, fut estimée 10.000 francs; un levier est d'une force de 2.000 kilos.

Parmi les hauts faits de la bande il faut signaler le vol, à la cathédrale de Tours, de tapisseries du dix-septième siècle d'une valeur de 200.000 francs. Chez un bijoutier, rue Quincampoix, à Paris, après avoir perforé un plafond, trois accusés s'introduisirent en plein jour, un dimanche, et emportèrent pour 130.000 francs de bijoux et de valeurs.
Jacob, le chef de l'association, n'a pas avoué, à l'instruction, moins de 150 cambriolages et plusieurs incendies volontaires. A dix-huit ans, il était condamné pour fabrication d'explosifs; à vingt ans, s'étant fait passer pour un commissaire de police, il opérait une prétendue perquisition, à Toulon, chez un commissionnaire au mont-de-piété et se faisait remettre par lui de nombreux bijoux et titres. Il a à peine vingt-quatre ans.
Son attitude, à l'audience, est extraordinaire. Il raille, il bafoue ses victimes, dont la richesse, dit-il, est une insulte permanente à la misère. Le président ne peut le retenir. Il part à tout moment en récriminations contre la société, se répand en bavardages de club révolutionnaire, proclamant qu'il avait le droit d'exercer les «reprises» qu'on lui reproche comme vols. C'est un type peu banal, malfaisant, dangereux mais curieux. Il ironise, plaisante, parfois pas sottement, cynique, jamais à court de reparties et toujours parfaitement indifférent, semble-t-il, aux conséquences de ses actes, quelles qu'elles soient; enfin un bandit de la nouvelle école, par certains cotés intéressant à étudier.
Ferrand, qui n'est pas plus âgé que Jacob, a reconnu, au cours des différentes audiences, être l'auteur d'une soixantaine de cambriolages.
Bour, qui a tué, près d'Abbeville, un agent, Pelissard, Serré, Vaillant, ont une attitude cynique. Tous les accusés étaient, du reste, solidement armés et ils n'ont dû de s'échapper souvent qu'en faisant feu sur ceux qui, les ayant surpris, les poursuivaient.

Félix Bour. Serré. Vaillant. Ferrand. Pelissard.
QUELQUES PHYSIONOMIES DE LA BANDE DE CAMBRIOLEURS d'ABBEVILLE
(Agrandissement)

[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: ce suppément ne nous a pas été founi avec notre document source.]
