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L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

LES FAITS DE LA SEMAINE

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FRANCE

10 février.--Dépôt sur le bureau de la Chambre, par le ministre de l'instruction publique et des cultes, du projet de loi établissant la séparation des Églises et de l'État.--Confirmation pure et simple, à la chambre des mises en accusation, de l'ordonnance de non-lieu rendue par le juge d'instruction dans l'affaire Syveton.

ÉTRANGER

6 février.--En Finlande, assassinat, par un ancien étudiant, de M. Johansen, procureur impérial auprès du Sénat. En Pologne, la situation est toujours grave.

7.--A Budapest, une assemblée des oppositions coalisées, présidée par François Kossuth, arrête un programme commun dont le premier point est l'indépendance économique de la Hongrie.

8.--Visite officielle du prince Ferdinand de Bulgarie à Berlin.--On annonce officiellement que les négociations entre les ministères suédois et norvégien, relatives à la représentation consulaire des deux royaumes, sont rompues. Le roi de Suède et de Norvège, auquel son grand âge rend plus pénibles les difficultés actuelles, confie au prince royal le gouvernement des Royaumes-Unis.--Dans la République Argentine, l'ordre est complètement rétabli.

9.--En Westphalie, la conférence des délégués mineurs adopte une résolution préconisant la reprise du travail.

10.--En Belgique, où la grève générale des mineurs a été votée, on compte 70.000 grévistes.--Subite recrudescence du mouvement ouvrier à Saint-Pétersbourg; devant le refus de la journée de huit heures et d'une augmentation de 20% des salaires, 13.000 ouvriers des ateliers Poutilot quittent de nouveau le travail; 5.000 d'entre eux veulent pénétrer dans Saint-Pétersbourg et en sont empêchés par un épais cordon de troupes. Dans la ville, plusieurs ateliers importants sont de nouveau désertés.

12.--M. François Kossuth, chef du parti, hongrois de l'indépendance, le fils du dictateur révolutionnaire de 1848, est reçu par l'empereur-roi, à Vienne.

UNE GRANDE PREMIERE A MONTE-CARLO.--Chérubin, comédie chantée en trois actes, poème de MM. Francis de Croisset et Henri Cain, musique de M. J. Massenet.

M. F. de Croisset. Mme Marguerite Curé. M. H. Cain. M. Massenet. Mme Lina Cavalieri. Auteurs et interprètes de "Chérubin"--Photographies prises sur la terrasse de Monte-Carlo.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Mme Mary Garden. Phot. Cautin et Berger. Décor du premier acte.

Chérubin a beaucoup fait parler de lui, depuis Beaumarchais. Il continue. Ce fut, il y a deux ans, à l'occasion d'une comédie en vers de M. Francis de Croisset, répétée et non jouée à la Comédie-Française. C'est maintenant, grâce à la comédie chantée que vient de représenter le théâtre de Monte-Carlo.

Cette oeuvre nouvelle, de MM. Francis de Croisset et Henri Cain pour les paroles, et de M. J. Massenet pour la musique, n'a rien de commun que le titre et le héros principal avec la pièce de M. de Croisset qui l'a inspirée.

Mais c'est un poème charmant que le maître musicien a enveloppé d'une musique légère, vivante, vibrante, d'une force et d'une finesse incomparables.

Le théâtre de Monte-Carlo, pour le représenter, a fait exécuter par M. Visconti trois décors pittoresques, gais, ensoleillés, et s'est assuré une interprétation hors ligne aux premiers rangs de laquelle il faut citer: MMmes Mary Garden (Chérubin), Lina Cavalieri (Ensoleillad). Marguerite Carré (Nina).

Décor du deuxième acte. Décor du troisième acte. D'après les maquettes dessinées par M. A. Visconti.

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LES "JEUX DU NORD" A STOCKHOLM (4-12 février 1905). Patinage à voile, yachting à voile sur la glace et championnat du monde du patin. Photographies Julius Grape et Berliner Illustration--Gesellschaft.

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LES ARTISTES FEMMES

Une séance de modèle vivant dans un atelier de l'académie Julian.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Certes, en écrivant cette délicate comédie, la Massière, que l'Illustration va publier dans un de ses plus prochains numéros, M. Jules Lemaitre n'eut pas un seul moment la pensée de donner une pièce à clef, et la malignité des spectateurs chercherait en vain à mettre un autre nom, connu, sur la figure de Marèze, bon peintre et brave homme, en dépit de sa pointe de fatuité. Toutefois, les artistes, tout Parisien ayant côtoyé, si peu que ce soit, le monde des arts, ont reconnu sans peine le cadre pittoresque et amusant où se déroule une partie de la pièce: «l'atelier Justinien» du premier acte, c'est, bien évidemment, l'un des ateliers Julian.

Les cinq massières des ateliers Julian.--Photographies Bouffar.

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Et on l'a si bien vu qu'on a, dès le premier jour, rappelé que la principale interprète de la Massière était dans des conditions excellentes pour jouer au naturel toute une partie du rôle. Mlle Marthe Brandès, en effet, fut elle-même élève de l'académie Julian.

Elle eut sa place, son tabouret de bois grossier, son chevalet, dans le demi-cercle des jeunes filles, plus ou moins appliquées, groupées autour de la table à modèle. Elle connut, bien avant de jouer leur rôle au théâtre, des massières, de vraies massières, qui lui arrangeaient ses petites natures mortes, au besoin lui corrigeaient ses dessins, la conseillaient, si elle le demandait, remplissaient, avec zèle, en bonnes camarades, le rôle de «moniteurs».

Elle passa. Brilla-t-elle?

Je le demandais l'autre jour à M. Rodolphe Julian lui-même, le fondateur de cette école libre qui, autant, plus peut-être, que l'officielle École des beaux-arts, a contribué à faire de Paris un centre unique pour l'enseignement artistique, a dérivé, capté les courants qui portaient jadis les jeunes artistes désireux d'apprendre leur métier vers l'Italie, vers l'Allemagne, à Munich, à Dusseldorf.

Quels souvenirs charmants à feuilleter que ceux de M. Julian! Que de gracieuses, d'exquises silhouettes il évoque, rien qu'à prononcer les noms de quelques-unes de ses élèves: de la plus tapageusement célèbre de toutes, Mlle Bashkirtsef, à la princesse Terka Iablonovska, aujourd'hui Mme Maurice Bernhardt; de Mme Jules Ferry à Mlle Canrobert, qu'accompagnait souvent le maréchal lui-même; de Mlle Carpeaux, la fille du génial sculpteur, à Mlle Cécile Baudry, héritière aussi du nom d'un grand artiste; et Mme la princesse Murat, et Mme Henri Rochefort, condisciples à l'atelier de MM. Bouguereau et Gabriel Ferrier, rue de Berri; la comtesse Demidoff et miss Maud Gonne: Mlles Basponi, nièces de la princesse Mathilde, et Mlle Pauline de Bassano, mêlées à des femmes peintres célèbres d'aujourd'hui ou de demain, à Mme Jacques Marie, à Mme Baudry-Saurel, femme aujourd'hui de M. Julian et professeur à l'école, à Mlle Louise Breslau, à cette exquise Mlle Dufau.

--Mais Mlle Marthe Brandès, insisté-je.

--Elle resta, dit M. Julian, peu de temps notre élève. Elle eut pour maître Cot, l'auteur de la populaire Mireille, et je crois, Tony Robert Fleury. Elle était douée, en vérité. Peut-être courait-elle trop de lièvres à la fois, travaillant de front le chant, la peinture, la comédie. Elle eut son prix au Conservatoire. Elle nous quitta. Mais elle était délicieuse. Au milieu même de cette phalange de jeunes et jolies Américaines qui emplissait l'atelier, elle rayonnait. Elle était la beauté, le charme, le printemps!

Et, ainsi, l'on pourrait dire, paraphrasant l'épitaphe antique; «Elle dessina et plut». G. B.

L'AMBASSADE FRANÇAISE AU MAROC

L'ENTRÉE SOLENNELLE A FEZ

A quelques kilomètres de Fez, dans une nzala (lieu d'arrêt), parmi les aloès, les cactus et les carcasses de chameaux, l'ambassade a fait halte, remettant au lendemain son entrée solennelle. Cette entrée est chose trop importante, trop rituelle, pour qu'on l'escamote à la lin de l'étape et du jour.

Le lendemain, de bonne heure, tout est prêt: dans un ordre rigoureux, soumis à la règle d'un protocole immuable, la troupe de cavaliers se met en marche vers les murs. Par la route aux multiples pistes où vont et viennent depuis des siècles les longues caravanes de chameaux, de mulets et d'ânons, elle avance avec lenteur et lentement montent à ses yeux les minarets aux faïences polychromes, les remparts poussiéreux de la nouvelle Fez, se détachant sur un fond lointain et blanc, les cimes neigeuses de l'Atlas. Il y a deux ans, presque à la même époque, j'ai passé par ce même chemin; mes yeux qui depuis ont vu tant de choses, les splendeurs de l'Inde et l'horreur des tueries mandchoues, se sont posés sur ce même paysage, et j'évoque sans peine la beauté de cette entrée triomphale, une scène du moyen âge, se déroulant sous l'éclat du ciel africain, dans une contrée, chez un peuple que les siècles n'ont pas touché, demeurés tels aujourd'hui qu'ils étaient il y a cinq cents ans.

A l'appel du sultan, le souverain descendant du Prophète, ils sont venus de la montagne et de la plaine, les beaux cavaliers, aux armes étincelantes, aux selles finement brodées. Comme le prince féodal appelait ses chevaliers et ses barons, le sultan convoque pour les combats ou pour les fêtes ses contingents restés fidèles. Et les hommes des tribus sont là, autour de leurs caïds, massés près des portes de la ville. Les flanelles transparentes des blancs burnous flottants laissent voir les couleurs riches des robes: les soies des selles sont de toutes les nuances, vieilles soies aux teintes fondues, adoucies; et tout cela, vêtements des hommes et parures des chevaux, tout cela s'unit harmonieusement, compose une symphonie visuelle, une exquise fête des yeux.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Vers l'hôte auguste qui leur arrive, représentant de la grande nation, les hauts fonctionnaires du Maghzen, Ben-Sliman, Sidi El-Guebbas, s'avancent. Ils ont laissé pour quelques heures leurs délicieux palais, les bosquets d'orangers où courent les eaux vives; très graves et pâlis, ils accueillent avec de beaux saints nobles le bachadour; ils lui souhaitent contentement et bonheur dans cette ville dont ils sont si fiers. Et, les présentations faites, les souhaits accomplis, le cortège maintenant grossi se rapproche des murailles crénelées enfermant les jardins du sultan, de la porte monumentale. La foule est devenue énorme; tous les quartiers de Fez, les plus pauvres, les plus lointains, depuis les Andalous jusqu'au Mellah des juifs, ont déversé là leur population grouillante. Un peu à l'écart de la cohue, en quelques points des remparts, sur les premières pentes, des multitudes de paquets tout blancs, mais des paquets remuant et parlant: ce sont les femmes qui veulent, elles aussi, leur part du spectacle, soigneusement enroulées dans le grand manteau qui les grossit, plus soigneusement encore voilées.

Ce n'est pas la première fois, certes, qu'un bachadour entre dans Fez; la ville, les habitants ont connu des réceptions semblables. Mais l'entrée qu'y vient de faire l'ambassadeur français comporte un sens, une gravité uniques, et ce n'est pas sans raison qu'on a entouré sa mission d'un éclat tout particulier. Les féeries moyenâgeuses cachent bien des misères et bien des crimes. Alors qu'autour de lui tout change, tout se transforme, le mystérieux Mahgreb poursuit, depuis des siècles, son rêve immuable, dédaigneux des modifications nécessaires. Peu à peu, toute autorité s'écroule; le pays s'abîme dans une inquiétante anarchie dont nous risquons, à toute heure, nous les voisins africains, de subir les violents contre-coups. Le commerce, l'industrie moderne, dans leur recherche fiévreuse de débouchés nouveaux, convoitent de plus en plus cette proie qui leur a jusqu'ici échappé. Il faut, d'une nécessité fatale, que le Maroc se transforme; il faut que quelqu'un l'y aide et ce quelqu'un ne peut-être que nous. L'heure est venue d'accomplir cette grande oeuvre, et M. Saint-René-Taillandier, l'intelligent ministre qui, depuis des années, travaille, prépare et combine, va, dans la capitale même de l'empire, en commencer la réalisation. Et voilà pourquoi tant d'intérêt s'attache à ses premiers pas dans Fez. Voilà pourquoi nous l'avons suivi, dans les étapes de sa longue route, campant dans les douars, passant à gué les fleuves, sa gracieuse et charmante compagne chevauchant à son côté. Cependant le cortège a passé sous les portes massives. De grands carrés de lumière, des terrains vastes autour du palais, et tout d'un coup la plongée dans d'obscures ruelles empuanties; les zigzags, les détours par des couloirs enténébrés; on longe de hautes murailles, on franchit un porche et brusquement c'est la joie d'un merveilleux jardin, où chantent les ruisselets, où fleurissent à profusion les orangers, les citronniers, les pêchers et les jasmins. Après la piste poussiéreuse, les murs grisâtres, la puanteur des rues, voici les doux ombrages et la fraîcheur. Fez; produit toujours sur le voyageur arrivant la même impression de surprise, de bonheur, que le vieux poète arabe traduisit par ce lyrisme ému: «O Fez, paradis terrestre, qui surpasses en beauté tout ce qu'il y a de plus beau et dont la vue seule charme et enchante! Demeures sur demeures au pied desquelles coule une eau plus douce que la plus douce liqueur! Parterres semblables au velours que les allées, les plates-bandes et les ruisseaux bordent d'une broderie d'or! Parler de toi me console! Penser à toi fait mon bonheur!» RAYMOND RECOULY.

L'ambassade franchit la porte qui donne accès dans le Dar-Maghzen. Photographies de M. Du Taillis.

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Mme Saint-René-Taillandier. M. Saint-René-Taillandier. (Agrandissement) ENTRÉE SOLENNELLE DE L'AMBASSADE FRANÇAISE A FEZ D'après les photographies de MM. Du Taillis et Veyre.

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Les "zimlianka" construites par les Russes pour s'y terrer pendant l'hiver. --Phot. R. Recouly.

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IMPRESSIONS D'UN CORRESPONDANT DE GUERRE

L'armée russe dans ses quartiers d'hiver

Moukden, décembre 1904.

Un froid vif mais sec, un soleil éclatant, le ciel d'une limpidité parfaite, toute la joie riante d'un matin lumineux m'incitent à la promenade. Je partirai au sud, vers le front; j'irai le long des lignes visiter l'armée russe dans ses quartiers d'hiver. L'hiver que j'attendais avec crainte est ici la saison bénie; moins de vermine; plus de mouches, ces mouches odieuses, filles des excréments, qui nous supplicièrent, nous affolèrent tout l'été; plus d'odeurs infectes, de miasmes délétères apportant les pires épidémies. Le froid, le grand purificateur, est venu; sur les boues du chemin, sur les ornières innombrables où s'enfonçaient les hommes et les chevaux, une couche épaisse de glace a fait une route merveilleuse, aussi unie qu'une piste.

L'HIVERNAGE AU CAMP RUSSE. --Heures de loisir.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Je quitte Moukden par la porte du sud et la route de Liao-Yang, le grand chemin vers l'armée, grouillant d'animation, encombré à toute heure par la masse des cavaliers, des attelages et des piétons.

À partir de Kouan-Chan, le pays n'est qu'un immense camp: les neuf corps d'armée russes, sur une ligne de 30 kilomètres et plus, font face aux troupes japonaises.

Ce n'était pas une mince affaire que de pourvoir au logement de cette multitude, durant la rude saison d'hiver. Dès les derniers jours d'octobre, la température était descendue à 15 degrés au-dessous de zéro pendant la nuit. Par un tel froid, les hommes auraient gelé sous la tente. Où trouver assez de maisons chinoises pour des centaines de mille hommes? D'ailleurs les maisons chinoises sont pour la plupart détruites: on a commencé par en arracher les portes, puis les fenêtres, ensuite les poutres, tout ce qui était combustible, pour faire bouillir les chapelets de gamelles suspendues à un long bâton. Ne faut-il pas que le soldat boive son thé? A ce difficile problème, l'habitude du froid, l'expérience sibérienne ont fourni la solution: le Russe, grand fouisseur, a creusé les zimlianka.

Pour saisir ce qu'est une zimlianka, pensez à une taupinière et vous en aurez une assez juste idée. C'est une taupinière dont l'homme est la taupe.

Un renflement de terre, en saillie d'un mètre ou deux au-dessus du sol, fermé de trois côtés; une porte toute petite, cinq ou six marches vous font descendre dans une chambre souterraine, où vous n'arrivez qu'en vous baissant. Il faut que la porte soit petite, que le logis soit, le plus possible, fermé au monde et au froid extérieur: c'est là le principe, la raison d'être de l'habitation. Rien ne sera perdu de la chaleur précieuse que le feu du charbon ou celui des corps humains entassés y aura une fois emmagasinée. Sans doute, en gardant la chaleur si douce, la zimlianka garde aussi des odeurs qui le sont moins. Senteurs des hommes, relents des mets, parfum des bottes, tout cela forme un ensemble puissant mais âcre et fleure moins bon que, le boudoir d'une élégante. Mais qu'importent des odeurs, même peu vagues, pourvu qu'on se protège du froid!

Ce gîte séparé du monde serait éminemment propice aux méditations et aux rêves, «car, que faire en un trou, à moins que l'on n'y songe»? Descartes, pour digérer son Discours de la méthode, s'enferma tout un hiver dans un poêle de Hollande, où nulle distraction, nul trouble n'arrivait jusqu'à lui. C'est grand dommage que, parmi les correspondants de guerre, ne se soit pas trouvé quelque rejeton cartésien. Combien mieux que le poêle hollandais, la zimlianka mandchoue aurait abrité ses songeries!

Le soldat russe, lui, n'a guère le loisir de songer. A peine sort-il du lourd sommeil de la nuit que de multiples soucis, les rudes préoccupations matérielles sollicitent tous ses instants. Il y a le thé à préparer et, pour cela, l'eau qu'il faut souvent aller chercher très loin, le bois infiniment précieux et rare; il y a les vivres à toucher, l'entretien des effets et des armes, les réparations incessantes que requiert le logis; par dessus tout les devoirs militaires, car tout a beau être calme, l'ennemi est là, très près, à deux ou trois kilomètres. Presque chaque jour, vers le soir, le canon se fait entendre. Pour se garder contre une surprise, on a partout élevé des fortifications et creusé des tranchées et tous les jours on perfectionne ces défenses; on en fait quelque chose de formidable, d'imprenable.

Les mêmes logis souterrains, mieux construits, abritent les officiers de tous grades. Quelques-unes de ces excavations sont élégamment décorées de tapis, de boiseries, de tentures et bibelots chinois, aussi coquettes que des cabines de paquebots. Le Russe a le sens de l'installation rapide et confortable. Resté plus près du passé que nous, il a gardé de ses ancêtres nomades bien des habitudes et des goûts. Il s'accommode des changements fréquents et même quotidiens. Ses besoins sont limités; demeuré primitif et rude, il se trouve bien partout, supporte, sans presque aucune peine, ce que d'autres Européens ne supporteraient certes pas.

Au camp japonais l'existence est la même. Et, ainsi, les deux grandes armées sont là en présence, également terrées, également attentives. En quelques points, 500 ou 600 mètres à peine séparent les tranchées, les sentinelles ennemies. Chacun des deux adversaires se renforce incessamment, se prépare pour le choc prochain qui sera, sans aucun doute, la grande et la plus horrible tuerie des siècles derniers.

Raymond Recouly.

L'HIVERNAGE AU CAMP JAPONAIS

Quartiers d'hiver des troupes japonaises sur la rive gauche du Cha-Ho. Photographies Mare, Copyright by Collier's Weekly.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Un bain chaud, en plein air. Une grande jarre de terre enfouie dans le sol sert de baignoire; elle est chauffés par un foyer souterrain.

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Coupant le bois pour alimenter les feux. La cuisine d'un détachement. Le deuxième soldat à gauche se sert d'une gamelle prise aux Russes.

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LES DIFFICULTES DE L'ACHÈVEMENT DU TUNNEL DU SIMPLON

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Lorsqu'on entreprit le percement du tunnel du Simplon, qui va bientôt offrir une nouvelle voie directe de passage entre la Suisse et l'Italie, on avait prévu, évidemment, qu'on aurait à lutter contre de graves difficultés. On craignait de se trouver, à certains moments, en présence de roches friables, s'écroulant en masses sous le pic, ou encore de poches de sable, non moins gênantes pour le travail. Mais l'obstacle le plus redoutable dont on ait eu à souffrir, celui qui a le plus retardé les ingénieurs, était tout à fait inattendu et s'est présenté au dernier moment.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Alors que le tunnel,--qui, comme on sait (voir l'Illustration du 27 juillet 1901), ne traverse pas la montagne horizontalement, mais est forme de deux plans inclinés, l'un montant de Brigue, l'autre! redescendant à Iselle,--avait franchi son point culminant, les travaux étant beaucoup plus avancés du coté suisse, on rencontra tout à coup des sources d'eau chaude qui, parfois, jaillissaient avec une abondance et une violence extrêmes, et qui inondèrent la galerie, formant contre la paroi du fond un véritable lac.

Si l'invasion de l'eau, en soi, était gênante, la température élevée qu'elle détermina dans le tunnel était autrement redoutable pour les travailleurs. Les eaux sortaient du roc à 50°-60°, et l'atmosphère, déjà très surchauffée auparavant, devint du coup irrespirable, quelque soin qu'on prit de ventiler en abondance. Il fallut céder momentanément la place, laisser la nappe liquide se refroidir avant de songer à détourner ou à épuiser les sources.

Maintenant on touche au moment où la communication va être établie entre les deux parties du tunnel. On laissera alors les eaux s'écouler d'elles-mêmes par le versant italien; mais cela différera le moment où, selon la tradition, les ingénieurs pourront se serrer la main, d'un côté à l'autre, à travers la brèche.

Photographies montrant l'abondance des sources d'eau chaude qui ont inondé les galeries.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

L'ÉCHOUEMENT DU «SULLY»

Le croiseur cuirassé "Sully" en pleine marche.--Phot. M. Bar.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Le 7 février, comme le croiseur cuirassé Sully, de notre escadre d'Extrême-Orient, sortait de la baie d'Along pour aller exécuter des tirs en mer, il toucha, à bâbord, sur une roche. Il y demeura échoué, ayant au flanc une déchirure énorme. Immédiatement, il s'inclina et toute sa proue bientôt fut submergée. Le lendemain, on constatait que, retenu par la roche, il commençait une lente descente vers un fond de 17 mètres de profondeur, la coque continuant, probablement, à s'éventrer, dans cette chute inquiétante.

Le Gueydon et le d'Assas étaient arrivés en hâte au secours du Sully pour recueillir l'équipage et sauver la plus grande partie possible du matériel. On n'a donc aucune crainte pour les vies humaines confiées au navire. Lui seul est en perdition, et c'est déjà un grand désastre.

Si le Sully ne peut être sauvé, c'est une perte formidable pour le Trésor. Le navire a, en effet, coûté 24.778.247 francs, dont 21.530.699 francs pour la coque. Même si l'on admet que son renflouement soit possible, les réparations qu'entraînera cet accident seront considérables, et le bateau sera immobilisé pour de longs mois. Or, c'est une des unités les plus importantes de la flotte française. Le Sully, construit à la Seyne, achevé en 1903 seulement, est un croiseur cuirassé de 138 mètres de long et de 10.014 tonnes de déplacement. Actionné par trois machines développant ensemble une force de 20.500 chevaux, il a donné, aux essais, une vitesse de 21 noeuds. Comme armement, il comprend 2 canons de 134mm, abrités dans des tourelles, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière; 8 canons de 164mm7; 6 de 100mm, 18 de 47mm et 2 de 65mm. Il est pourvu, de plus, de 5 tubes lance-torpilles, dont 3 au-dessus de la flottaison et 2 sous-marins. Il était monté par un équipage de 25 officiers et de 590 hommes. Le commandement en était confié au capitaine de vaisseau Guiberteau. L'armement, puis le départ du Sully pour l'Extrême-Orient avaient été l'occasion d'incidents retentissants dans l'administration de la marine. Avant d'autoriser le croiseur à prendre la mer, la commission qui en avait suivi les essais avait demandé l'exécution de certains travaux, intéressant notamment le gouvernail, car le navire évoluait, paraît-il, assez difficilement. Le ministre--c'était alors M. Camille Pellelan--s'impatienta, crut deviner chez le préfet maritime, l'amiral Bienaimé, chez le major général, amiral Ravel, un mauvais vouloir, une hostilité personnelle. Le commandant du navire, le capitaine de vaisseau Farret, fut relevé et remplacé par le capitaine de vaisseau Guiberteau, qui occupa son poste le 25 janvier 1904. Quatre jours plus tard le Sully prenait la mer, sans que les travaux demandés par la commission de recette eussent été faits. On ne peut savoir encore exactement dans quelles conditions l'accident s'est produit. L'enquête conduite sur place par le vice-amiral Bayle, commandant l'escadre d'Extrême-Orient, qui s'est rendu aussitôt dans la baie d'Along pourra seule établir les responsabilités. Le croiseur est échoué dans les parages de l'écueil Canot, qui figure sur la carte du service hydrographique; mais cette carte, éditée en 1889, ne mentionne pas la roche même qu'a touchée la coque du navire. Des relevés nouveaux étaient depuis quelques années poursuivis; ils n'ont pas encore été mis à jour. La baie d'Along, d'un aspect si caractéristique, hérissée de pointes, de pyramides, de rocs surgissant de l'eau, avec ses longs couloirs entre deux parois abruptes, apparaît, d'ailleurs, comme un point où la navigation, surtout pour des navires ayant les dimensions du Sully, doit être fort difficile, sinon périlleuse.

Carte de la baie d'Along. (La croix indique les parages où s'est échoué le Sully.)

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Vues de la baie d'Along.--Photographies communiquées par M. Dedin-Laporte.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Documents et Informations.

Le fusil japonais, arme humanitaire.

Un médecin militaire russe, le docteur Wraden, vient d'adresser, de l'armée de Mandchourie à un journal de médecine de son pays, d'intéressants documents sur les blessures produites par le fusil japonais.

Pour cet observateur, ce fusil mérite vraiment, autant qu'une pareille expression peut être justifiée, la dénomination d'arme humanitaire.

L'enveloppe de son projectile, très épaisse, ne se déchire jamais, même quand le plomb se déforme.

Bien entendu, de près, l'action hydrodynamique du projectile est considérable! et, jusqu'à 200 pas, le cerveau, l'estomac, les intestins éclatent sous son choc. Mais cette action explosive n'existe plus à partir de 400 à 500 pas, et alors il se produit seulement des perforations très nettes, dont l'évolution est remarquablement favorable. Les os et les articulations semblent avoir été traversés par un corps pointu aseptique, et même les blessures de l'intestin et du poumon ne doivent pas être considérées comme graves.

De 800 à 1.000 pas, l'action de la balle devient de moins en moins nette, et les tissus sont dilacérés et souillés de débris vestimentaires. Ces blessures sont alors fréquemment infectées.

Enfin, au delà de 1.000 pas, les projectiles restent dans les tissus sans être déformés et sans briser les os.

La balle japonaise est donc bien une balle humanitaire. Et, en effet, moins d'un mois après leur blessure, 32% des blessés sont déjà revenus dans les rangs.

Le paquet de pansement du soldat japonais donne d'ailleurs d'excellents résultats. Imaginé par le docteur Kihouchi, médecin militaire japonais, il se compose d'une compresse de gaze stérilisée dans laquelle on emmagasine une certaine quantité de cendre de paille. Il paraît en tout cas bien supérieur au paquet de pansement du soldat russe, qui se compose d'une gaze au sublimé, qui a des propriétés irritantes.

Le commerce extérieur de la France.

L'année dernière, nos importations sont restées à 464.600.000 francs, soit, par rapport à l'année 1903, une différence en moins de 35.166.000 francs.

Par contre, nos exportations ont atteint 490.548.000 francs, gagnant 65.878.000, dont 15.354.000 francs pour la catégorie des objets fabriqués et 10.549.000 francs pour les colis postaux.

D'une manière générale, nous avons importé peu de matières premières. Nos exportations de fruits ont été considérables; mais celles de nos vins ont quelque peu baissé. L'exportation des objets fabriqués a été plus active qu'on aurait pu le penser d'après le ralentissement de l'importation des matières premières.

M. Jacques Faure et M. Herbert Latham, photographiés dans leur nacelle avant leur voyage aérien de Londres à Paris.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

En ballon de Londres à Paris.

Deux jeunes aéronautes français, M. Jacques Faure et M. Herbert Latham--le premier en est d'ailleurs à sa 146e ascension--étaient partis de Londres, en ballon, samedi soir 11 février, dans le but d'effectuer la traversée de la Manche. Cette traversée se fit dans les meilleures conditions, grâce à un bon vent soufflant du nord-nord-ouest et à l'emploi, sur la Manche, du stabilisateur Hervé. A l'arrivée à Dieppe, leur ballon. l'Aéro-Club, se comportait même si bien qu'ils eurent l'idée de poursuivre leur voyage, et, à une heure du matin ils atterrissaient heureusement près de Paris, à Aubervilliers.

Ils avaient, accompli le trajet total en six heures, c'est-à-dire en une heure de moins que les meilleurs rapides, et établi un record de la navigation aérienne.

Le peuple le plus riche du monde.

Le peuple le plus riche du monde est uni; peuplade fort peu connue, qui ne possède ni libertés ni gouvernement politiques, mais qui, en revanche, a de l'argent et des terres. Elle les a sans les avoir d'ailleurs, et, sans les avoir, elle ne pourrait les perdre! Ces richesses lui sont garanties par le gouvernement américain, et il ne saurait les aliéner. La peuplade en question est celle des Osages, une tribu qui occupe un coin du territoire de l'Oklahoma, et qui est un des vestiges de la population qui possédait les Etats-Unis avant que les blancs se fussent emparés du continent américain. Les Osages sont au nombre de 1.833 et ce qu'ils possèdent, ils l'ont comme indemnité d'expropriation allouée par les Etats-Unis. Mais ils n'ont que l'usufruit; du jour où la tribu aura disparu le gouvernement américain rentrera dans ses fonds. Chacun des 1.833 Osages possède un capital de quelque 24.000 francs, déposé dans les caveaux de la Banque nationale à Washington qui lui sert les intérêts à 5%. En outre chaque Osage possède quelque 350 ou 400 hectares de terre, dont un cinquième est en culture; le reste est loué comme pâturages à des éleveurs du Texas. Cette terre gagnera certainement en valeur: elle renferme du pétrole et du charbon; des lignes de chemin de fer vont la traverser; et au total, on estime que la valeur de la terre possédée par chaque Osage est de près de 35.000 francs. Au total, chaque Osage--pour parler la langue des affaires--«vaudrait» environ 60.000 francs. Il ne faudrait pas conclure de ceci que le sort de l'Osage est particulièrement enviable, car, l'argent qui lui revient, il ne le voit qu'en partie. Le gouvernement américain commence par prélever sur la rente des Osages de quoi payer les dépenses d'ordre public, d'écoles, de routes, etc. Il ne remet à l'Osage que le surplus. Ce surplus, actuellement, est de 1.500 francs par tête, environ. Chaque Osage a, toutefois, en surplus, ce qu'il peut gagner par son travail sur sa ferme: il peut donc vivre de façon très suffisante. La tutelle dans laquelle on le tient, au point de vue de l'argent, a quelque chose de choquant; mais c'est sans doute le meilleur procédé à adopter dans son intérêt même. Mis en possession de son capital, il le gaspillerait, ou bien il se laisserait voler par des blancs peu scrupuleux et finirait par retomber à la charge de l'État. En faisant de l'Osage un capitaliste et un propriétaire qui ne peut disposer ni de son capital ni de sa terre, on lui conserve sa fortune et l'État s'en assure l'héritage pour plus tard.

Le premier concours d'aviation.

Aéroplane de M. Gellit, en forme de volatile, Aéroplane de M. Paulhan, à moteur, à hélices et à gouvernails. Aéroplane de M. Dumoulin, sans moteur, à hélice et à parachute. Aéroplane de M. Deltour, à pédales actionnant des hélices latérales. Aéroplane de M. Seux, à grandes ailes latérales, sans moteur et sans hélices.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Le concours d'appareils volants «plus lourds que l'air», organisé les 11, 12 et 13 février à la galerie des Machines par la sous-commission d'aviation de l'Aéro-Club, a trouvé auprès du public un accueil empressé et sympathique.

Nombre de concurrents, 28 ou 30 environ, avaient répondu à l'appel des organisateurs et, si les expériences n'ont apporté rien de bien nouveau, elles n'en ont pas moins montré qu'on peut faire des aéroplanes non montés d'une stabilité convenable.

Du haut du pylône de 38 mètres d'où se lançaient les appareils, on a vu successivement sortir des aéroplanes variés--oiseaux-mouches faits d'éclats de bois et de papier de soie et pesant bien 2 grammes--cerfs-volants genre Hargrave à surfaces superposées--aéroplanes à deux surfaces successives, lestés d'épaisses lames de plomb et propulsés soit par fusées, soit par hélices et ressorts de caoutchouc tordu, enfin un aviateur de près de dix mètres d'envergure, mais que ses vastes dimensions gênaient fort, car il s'est jeté, dès son départ, dans un trophée de drapeaux, au grand désappointement des spectateurs. Plusieurs de ces appareils ont fourni des planements prolongés de vingt à quarante secondes, accompagnés des murmures approbateurs ou même des applaudissements chaleureux du public. Un certain nombre, hélas! pirouettant sur eux-mêmes comme des oiseaux blessés, ou suivant impitoyablement une pente presque verticale, ont heurté le sol avec une violence suffisante pour briser leur frêle carcasse. Leur chute provoquait des rires, d'ailleurs dénués d'ironie, le public connaissant fort bien la grande difficulté que l'on éprouve à lester convenablement ces capricieux appareils. S'ils sont, en effet, trop chargés de l'avant, ils fondent droit vers le sol comme un faucon sur sa proie, mais sans relever à temps leur trajectoire; trop chargés de l'arrière, ils piquent d'abord, se relèvent ensuite et parfois tournent sur eux-mêmes, comme des pigeons «culbutants», accomplissant ainsi des sauts périlleux aériens à rendre jaloux les plus fameux gymnasiarques.

Les concurrents dont le lest était judicieusement placé et qui ont fourni des planements réguliers ont été récompensés de médailles d'argent. Parmi les lauréats, nous devons citer MM. Burdin, Dargent, Hanrion, Peyret, Wriss et Mouren, dont les appareils ont l'ait preuve d'une grande stabilité.

Nos gravures représentent quelques types des plus curieux ou des plus intéressants. M. Deltour exposait une nacelle à hélices latérales, à pédales, pesant 50 kilos et mesurant 5 mètres carrés de surface. Gellitas, de M. Gellit, est un extraordinaire volatile participant de l'aigle, du vautour et du canard et portant une poupée--aéronaute. L'aéroplane de M. Paulhan, suspendu à la voûte par une longue corde et propulsé par deux hélices mues par un moteur à pétrole de 1 cheval 3/4, a fourni quelques vols qui sembleraient lui permettre de se soutenir seul dans l'espace.

Nous avons conté la mésaventure survenue au grand aéroplane de M. Seux, dont le poids était d'environ 60 kilos pour 30 mètres de surface.

Citons enfin le curieux appareil de M. Dumoulin, muni d'une hélice à trois branches et d'une surface supérieure susceptible de faire parachute.

TYPES D'AÉROPLANES ayant participé au concours d'aviation de l'Aéro-Club à la galerie des Machines.

Mouvement littéraire.

DANIEL LESUEUR

En même temps que la première partie du roman nouveau de Daniel Lesueur, la Force du Passé[1], nos lecteurs nous sauront gré de leur donner une, courte, étude sur l'oeuvre et la personnalité, d'une, des plus célèbres femmes de lettres île notre époque. C'est M. Adolphe Brisson, l'auteur de tant de, brillants portraits littéraires, qui a bien voulu tracer ici celui de Daniel Lesueur.

Un sourire, des yeux clairs, une intelligence ouverte aux idées, une sensibilité prête à s'émouvoir, accouplée à une raison solide, beaucoup de gaieté, de vivacité et, sous la caresse du regard, sous la grâce des paroles, une humeur très combative et des instincts de guerrière. Telle apparaît, dans la vie, Daniel Lesueur et telle elle est dans ses livres. De toutes les femmes qui sont en train de conquérir la grande gloire littéraire, c'est une des mieux douées et des plus originales.

Daniel Lesueur. Phot. Reutlinger.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Et d'abord elle a passé par la poésie pour arriver à la prose. Lorsqu'on proposa, il y a quelques années, sa candidature au comité des Gens de lettres, M. Sully-Prudhomme l'appuya en ces termes:

«Daniel Lesueur est un de nos plus exquis poètes. Il faut qu'elle soit un bien délicieux prosateur pour que nous ne lui en voulions pas trop de ne plus rimer. Je le reconnais, et cependant je ne puis m'empêcher de lui dire: Faites-nous encore de ces vers d'une si belle facture et si pleins de pensées auxquels vous nous avez habitués.»

Il n'est pas indifférent de les relire, si l'on veut juger l'ensemble de son oeuvre et l'évolution de son talent. Ils sont harmonieux, sonores, vigoureusement forgés et, comme ceux de Mme Ackermann, imprégnés de philosophie. Ils se rattachent un peu par l'inspiration, et assurément par la forme, à l'école de Leconte de Lisle. Ainsi que son maître, Daniel Lesueur a déserté les sentiers adorables de la foi pour la route plus rude et plus âpre de la science. Je crois bien qu'elle a été darwinienne: cela semble ressortir de ses poèmes, empreints du sentiment de la vanité des choses et de leur perpétuelle évolution. Ce moi dont nous sommes orgueilleux, qu'est-ce au juste? Un vain souvenir dans une frêle image. Nous sommes plongés au sein d'un songe. Notre personnalité est chimérique comme les phénomènes où elle est mêlée. Elle est constituée par le reflet d'hérédités vagues et lointaines.

Dans mon coeur frémissant, dans ma chair douloureuse, Ce qui le mieux échappe à l'incessante mort, A l'évolution puissante et ténébreuse Qui partout en secret active son effort, C'est ce qui n'est pas moi: l'ineffaçable trace Qu'a gravée en mon sein la foule des aïeux. Ma joie et mes douleurs sont celles de ma race, Et le feu de son âme éclate dans mes yeux.

[Note 1: Par suite d'une erreur d'impression, le faux titre de la Force du Passé porte la mention «Illustrations de Simont». au lieu de «Illustrations de Marchetti». Nous faisons réimprimer un faux titre correct que nous adresserons, sur leur demande, à ceux de nos abonnés qui font relier nos romans.]

Retenez ces vers; ils contiennent en germe plusieurs des livres futurs de la romancière. En résumé Daniel Lesueur se rend compte que l'humanité repousse avec horreur le pessimisme et le nihilisme scientifique et qu'elle a soif d'illusions. Ce besoin se satisfait pas l'esprit religieux, et c'est pourquoi, depuis tant de siècles, les hommes se prosternent devant Dieu. Elle vénère ce sentiment, encore qu'elle ne le partage point; elle le proclame auguste et sacré; elle en exalte la grandeur. Mais l'irrésistible impulsion qui entraîne la créature vers l'infini s'affirme par un autre mouvement: l'amour. Et à ce culte-là, Daniel Lesueur se rallie. Elle sacrifie sur cet autel. L'homme est un être fragile, mais la nature lui a donné le pouvoir de communiquer à des êtres, comme lui fugitifs, un bonheur absolu--en les aimant. Que cette félicité passe comme l'éclair ou qu'elle persiste, c'est assez qu'elle ait duré un instant pour nous élever au-dessus de nous-mêmes. Ainsi l'idéalisme que Daniel Lesueur ne trouve pas au fond de sa raison, elle y atteint par la sensibilité. Elle s'accroche à cette branche pour ne pas tomber dans le néant, dans l'abîme.

Et ceci nous explique que les romans de Daniel Lesueur soient si passionnés.

Ce n'est pas aux abonnés de l'Illustration qu'il est nécessaire de vanter leur mérite. Ils n'ont pas oublié les belles oeuvres: Passion slave, Haine d'amour, Justice de femme, A force d'aimer, qu'elle a publiées ici même; ils y goûtèrent la séduction d'une langue souple, dénuée de préciosité, non de délicatesse, parfois un peu abondante, mais de veine et de saveur bien françaises; les caprices d'une imagination toujours en éveil et qui s'amuse à ses propres jeux; beaucoup de finesse dans l'observation des moeurs et de sûreté dans l'analyse des caractères; enfin, par dessus tout, le don essentiel du romancier; le «don de la vie», qui fait que le récit ne s'immobilise pas en de froides abstractions, mais va de l'avant, captive le lecteur, parle à son coeur et, l'entraîne.

Mme Daniel Lesueur en excursion sur le lac de Côme. C'est sur les bords du lac de Côme qu'a été écrit le roman dont l'Illustration commence aujourd'hui la publication.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Ces qualités, vous les retrouverez dans la Force du Passé. Je n'ai pas lu tous les chapitres de ce livre, mais j'en connais le thème qui répond à quelques unes des inquiétudes de l'heure actuelle... Qui de nous n'est partagé entre ses traditions et ses rêves, le désir de marcher vers l'avenir et l'amertume de briser des liens demeurés chers!... Hier... Demain... Quels ravages, quand le problème se pose, quand le conflit éclate dans une âme sincère, ingénument amoureuse et pleine d'illusions! L'héroïne du nouvel ouvrage de Daniel Lesueur s'ajoutera aux jolis portraits de jeunes femmes et de jeunes filles qu'elle a déjà tracés, aux Marcienne, aux Renée, à ces figures modelées d'une main si ferme et qui ont toutes un trait commun: la fierté dans la tendresse.

Daniel Lesueur est à son quinzième ou seizième volume. C'est vous dire qu'elle possède sur le bout du doigt les grands et petits secrets du métier. Elle s'est essayée dans des voies diverses: elle a poussé une pointe vers le feuilleton, et l'on sait la faveur qui a accueilli son fabuleux Marquis de Valcor. Je crois cependant que sa vraie note, celle qui lui a valu et lui vaudra ses plus durables succès, est dans un genre d'ouvrages un peu plus raffinés, dans des romans où elle puisse exercer ses facultés d'analyste observateur, développer son goût pour la vérité psychologique et verser la profonde connaissance qu'elle a de la vie et de l'amour. A l'encontre de beaucoup de femmes de lettres, elle n'a pas abdiqué son sexe; la vigueur de la pensée, en elle, n'exclut pas les grâces féminines de l'exécution. Et sur tout ce qu'elle écrit--à travers l'émotion et les larmes--voltige un sourire, ce gentil sourire spirituel et bienveillant qui éclaire son visage. Vous l'apercevrez au coin des pages de la Force du Passé. Et ce sera le charme de ce roman où tant d'idées graves sont par ailleurs remuées. Adolphe Brisson.

ADOLF MENZEL

Le peintre Adolf Menzel, qui vient de mourir, à Berlin, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, n'était guère connu en France, encore qu'il eût participé à toutes nos expositions universelles: en Allemagne, il était Le grand peintre allemand Adolf Menzel. D'après un instantané. célèbre, national, et l'une des gloires de l'école. En 1899, l'empereur Guillaume II avait consacré son renom en lui accordant, par une faveur exceptionnelle, le grand cordon de l'Aigle rouge, C'était un étrange petit vieillard, au front saillant, tout blanc de poils, aux allures de gnome, une manière de marmouset de la Forêt-Noire, d'humeur, dit-on, assez atrabilaire. Ces particularités mêmes de son caractère et de son physique avaient contribué, peut être aidant que son talent, à rendre sa figure populaire.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Il avait débuté dans la lithographie, au moment où l'art de Senefelder, tout nouvellement créé, était dans le plein de sa vogue. Il était demeuré, jusqu'au bout et par-dessus tout, un illustrateur au crayon alerte et précis. Comme peintre, son oeuvre se peut diviser en deux parties: l'une, à laquelle il se donna avec passion, avec ferveur, fut consacrée à glorifier les actions du grand Frédéric, celles qu'a recueillies l'histoire et celles de la légende; l'autre où il semblait se délasser en reproduisant des scènes de la vie réelle. Le premier cycle surtout devait enthousiasmer l'empereur Guillaume II, qui donna un jour au peintre cette joie de faire reproduire en tableau vivant, à la cour, par des personnages fort haut placés, l'une de ses toiles les plus fameuses, la Séance de, musique, où Frédéric tient en personne son instrument favori, cette flûte dont si allègrement son père, le «Gros Guillaume», lui cassa parfois sur les reins quelque exemplaire. Sans doute la postérité cotera-t-elle plus haut la Forge, la Pâtisserie à Kissingen, En chemin de fer et autres oeuvres où Menzel s'est montré observateur amusant, naturaliste au meilleur sens du mot.

LES THÉÂTRES

Nous donnerons, dans notre prochain numéro, la Retraite, comédie dramatique en quatre actes, de M. Franz-Adam Beyerlein, traduite de l'allemand par MM. Maurice Rémon et n. Valentin, que vient de représenter le théâtre du Vaudeville. Cette pièce a produit une énorme sensation en Allemagne; elle est, en effet, très captivante; ce n'est pas assez dire pour le troisième acte--une scène de conseil de guerre--un des plus émouvants que depuis longtemps nous ayons vus au théâtre. MM. Lérand, Dubosc, L. Gauthier, Roger Vincent et Mlle Marthe Mollet tiennent les principaux rôles avec beaucoup de talent: une bonne part du succès revient aux excellents comédiens du Vaudeville.

LES "DRAGONS DE L'IMPERATRICE" AU THÉÂTRE DES VARIÉTÉS.--Finale du 3e acte. Après une série d'intéressantes reprises des opérettes qui triomphèrent sous le second Empire, le théâtre des Variétés vient de jouer, avec un brillant succès, un opéra-comique en trois actes de MM. Georges Duval et Albert Vanloo pour le texte et André Messager pour la musique, dont le sujet est d'ailleurs emprunté à cette même période de notre histoire. Un livret amusant, une parution délicieuse, des interprètes et des décors à souhait assurent aux Dragons de l'Impératrice une longue suite de victoires quotidiennes sur la scène des Variétés.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

LES «JEUX DU NORD»

Les jeux Olympiques rassemblaient tous les quatre ans, aux bords de l'Alphée, la Grèce entière. Los trois nations Scandinaves, Suède, Norvège, Danemark, ont songé peut être à ce souvenir de l'antiquité quand elles ont créé leurs «Jeux du Nord», qui doivent être célébrés, de deux en deux ans, dans l'une des capitales des trois royaumes. La série avait commencé à Stockholm, en 1901; en 1903, ce furent les Norvégiens qui reçurent, à Christiania, leurs frères Scandinaves. Cette année, c'est Stockholm, de nouveau, qui, du 4 au 12 février, a donné l'hospitalité aux sportsmen danois, norvégiens et suédois, Copenhague, en raison de la douceur relative, de son climat, ayant dû décliner l'honneur.

Ce sont, bien entendu, des sports d'hiver, exclusivement, qui composent le programme de cette réunion: courses à voile sur patins, courses de yachts sur glace, patinage en vitesse, concours de patinage à figures, courses de skis, alternent avec des excursions en traîneaux, des parties de pêche dans l'archipel de la Baltique et avec des fêtes populaires du plus pittoresque effet du plus vif intérêt.

Une orchidée de 125.000 francs.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

UNE ORCHIDÉE DE 125.000 FRANCS

Une orchidée dont on parle beaucoup dans le monde horticole est celle qui est ici représentée. Elle a nom J. Gurney Fowle, ainsi baptisée en l'honneur du président de la section orchidologique de la Royal Horticultural Society. C'est un hybride, qui a été obtenu par les grands horticulteurs Sander, de Saint-Albans; un hybride de Cypripedium, des Cyp. insigne et spicerianum. Il n'est point encore dans le commerce: le prix qui en est demandé est fort élevé: 5.000 livres (125.000 fr.). On ne craint pas la dépense parmi les amateurs d'orchidées; on raconte qu'un odontoqlossum ayant la fleur fortement tachée en brun rouge ou en chocolat a été acheté par un collectionneur germano-anglais, pour la somme de 62.500 francs et, jusqu'ici, c'était le prix le plus élevé qu'eût atteint une orchidée. Mais si le Cypripedium anglais se vend 125.000 francs, c'est à lui, évidemment, que reviendra l'honneur de détenir le «record» d'avoir le plus, dans sa sphère, excité la folie humaine. Car tout cela est affaire de mode et, dans ce domaine plus encore que dans beaucoup d'autres, la valeur est fictive et, dès lors, sujette à de très considérables et rapides variations.

LA NEIGE EN TUNISIE

La neige dans le Sud tunisien.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Un phénomène très rare et qui mérite d'être signalé s'est produit récemment dans l'extrême Sud tunisien. Le 29 janvier, Médenine, localité située à 33º 20' de latitude et 8° 10' de longitude, a essuyé trois heures durant, de sept heures à dix heures du matin, une forte bourrasque accompagnée d'une abondante chute de neige. A la vue de ce prodige dont ils ne connaissaient pas d'exemple sous leur climat, les Arabes se calfeutrèrent hermétiquement dans leurs rhorfas et se, répandirent en lamentations, persuadés que c'était l'annonce de la fin du monde ou tout au moins la ruine de leurs récoltes. Ils purent bientôt constater combien leurs craintes étaient exagérées; mais cette journée n'en marquera pas moins une date mémorable sur leur calendrier; on en parlera longtemps encore à Médenine et, plus tard, les enfants, pour compter leur âge, se reporteront à l'«année de la neige».

Si quelque chose, d'ailleurs, a dû laisser un souvenir ineffaçable aux témoins de l'événement extraordinaire, c'est l'aspect insolite du paysage qu'ils sont accoutumés à voir illuminé de la vive clarté du soleil africain; sous leur blanc revêtement glacé, épais de 4 centimètres, les habitations basses ressemblaient à des huttes d'Esquimaux: on se serait cru plus près du pôle que du tropique.

LE PRÉSIDENT MAZEAU

M. Charles Mazeau, grand-officier de la Légion d'honneur, ancien M. Mazeau. Phot. Sartony, rue Dupkol.sénateur de la Côte-d'Or et premier président honoraire de la Cour de cassation, s'est éteint, la semaine dernière, dans sa quatre-vingtième année.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Né à Dijon, il y avait fait ses études de droit, puis était venu à Paris où longtemps il fut avocat à la Cour de cassation, avant d'y siéger comme conseiller. Il était sénateur de la Côte-d'Or, qu'il avait représentée à l'Assemblée nationale, lorsqu'en 1887 il devint ministre de la justice dans le cabinet Rouvier.

Le 2 mars 1890, il avait été appelé à la première présidence de la Cour suprême, qu'il occupa jusqu'en 1900, époque à laquelle il prit sa retraite avec l'honorariat.

Peu de temps auparavant, on s'en souvient, M, Mazeau avait présidé les débats du procès en révision de l'affaire Dreyfus.

(Agrandissement)

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles publiés sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)

GILETS EN PAPIER

On sait que le papier, corps isolant pour l'électricité et la chaleur, peut tenir lieu de tissu très chaud. L'application en a été souvent signalée et plus d'un pauvre diable s'est confectionné de rudimentaires vêtements avec des journaux de grand format. Il y a un revers à cette médaille: la fragilité du papier, et les vêtements ainsi bâtis sont d'une bien éphémère durée. M. Grabbe, graveur-imprimeur, a choisi un papier spécial, identique à celui qui fait partie de l'équipement des soldats japonais en campagne, et s'en est servi pour confectionner toute une série de vêtements très chauds et susceptibles de rendre de réels services aux personnes frileuses et en général à tous les sportsmen, sujets aux refroidissements occasionnés par la transpiration.

Le papier en question est indéchirable, au moins autant qu'un bon tissu, et imperméable; l'eau ne modifie pas sa solidité.

Le vêtement le plus intéressant à signaler est le gilet, dont l'adoption par le Touring-Club de France est une preuve de ses remarquables qualités calorifuges.

Grâce à sa disposition, ce système de gilet peut se placer instantanément sur le maillot ou sur les effets, et il ne gêne en aucune façon les mouvements de la personne qui le porte.

Ce gilet est enfermé dans une enveloppe de très petit volume, le tout ne pèse pas 45 grammes, se met dans la poche et remplace avantageusement tout vêtement encombrant et volumineux.

Il est également indispensable aux touristes se rendant aux bords de la mer ou dans les montagnes, aux pêcheurs qui stationnent longuement au bord de l'eau.

A un autre point de vue, il peut être utilisé avantageusement en hiver par le malheureux qu'il garantira du froid, autant que tout vêtement plus chaud et plus coûteux.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Ce gilet (figure) est composé d'un plastron et d'un dos qui se croisent sur les épaules et sont réunis à cet endroit au moyen d'oeillets métalliques. Le gilet se place comme une chape en passant la tête dans l'échancrure qui se trouve entre le plastron et le dos. Ceci fait, il ne suffit plus que de l'attacher à la ceinture au moyen d'un ruban fixé à la partie postérieure du gilet et venant s'attacher par devant. Il se met sous la jaquette ou vareuse, il peut aussi se porter sous le gilet ordinaire pour les personnes qui désirent l'utiliser comme moyen préventif contre les refroidissements.

Son prix, simple, est de 2 fr. 05; double, 2 fr. 60; triple, 3 fr. 60, franco-poste pour la France. S'adresser à M. Grabbe, 36, rue de Lancry, Paris.

LE TABAC DÉNICOTINISÉ

Un ingénieux inventeur, le docteur Parant, vient d'imaginer un nouveau procédé de dénicotinisation du tabac.

Le tabac dénicotinisé, partant inoffensif, conserverait son arôme et serait très agréable à fumer.

La question d'empoisonnement par le tabac étant à l'ordre du jour dans le monde médical où l'on impute à la nicotine un grand nombre de méfaits, ce procédé de dénicotinisation, scientifique et pratique, vient bien à son heure, et nous croyons qu'il intéressera les amateurs de la plante importée par Nicot.

Le problème à résoudre était le suivant: Trouver un procédé simple, à la portée de tous, qui permette d'enlever au tabac son poison, c'est-à-dire la nicotine, et seulement la nicotine, tout en lui conservant son arôme.

Ce procédé repose sur une action physique, la compression, et sur deux actions chimiques:

Action de la potasse et de la soude sur les sels de nicotine; action du tannin sur la nicotine.

La compression s'exerce au moyen d'une presse spéciale que l'on trouve chez l'inventeur.

La nicotine étant très soluble dans l'eau, pour extraire la nicotine du tabac, il faut le laver, mais le laver avec peu de liquide, sans cela le tabac serait désagrégé, et le séchage ultérieur deviendrait impossible. Le but de cette presse est donc, en premier lieu, de comprimer au maximum le tabac sec, de façon à ce qu'une petite quantité d'eau soit suffisante pour le laver, c'est-à-dire pour dissoudre la nicotine.

Le tabac étant lavé, pour extraire cette eau de lavage, il faut aussi le comprimer fortement.

La presse a donc encore pour but d'enlever au tabac lavé la plus grande partie de l'eau de lavage, qui contient en dissolution la nicotine. Viennent ensuite les actions chimiques, en premier lieu celle de l'eau alcaline. La nicotine pure, avons-nous dit, est très soluble dans l'eau, mais, si le tabac est lavé avec de l'eau ordinaire, on enlève seulement une très petite quantité de nicotine, parce que la majeure partie existe, dans le tabac, à l'état de sels de nicotine, insolubles dans l'eau.

Mais, si l'on alcalinise l'eau qui va servir au lavage avec une quantité déterminée de potasse ou de soude, les sels de nicotine sont déplacés de leurs combinaisons et la nicotine, mise en liberté, devient très soluble.

Il faut donc arroser le tabac préalablement comprimé avec de l'eau alcaline et, quelques instants après, extraire, au moyen de la presse, la majeure partie de cette eau.

Cette eau de lavage a entraîné non seulement la nicotine, mais encore tous les principes solubles dans l'eau, principes nécessaires à la bonne combustion et à la conservation de l'arôme du tabac.

Aussi est-il nécessaire de restituer ces principes au tabac en l'arrosant avec l'eau de lavage, après en avoir toutefois extrait la nicotine. La nicotine s'extrait à l'aide du tannin. Le tannin a la propriété de former, avec la nicotine, un sel insoluble, le tannate de nicotine.

Dans l'eau de lavage qui vient d'être recueillie, il suffit de verser une quantité déterminée d'une solution de tannin et d'agiter quelques instants: immédiatement un trouble se produit, un dépôt abondant se forme au fond du vase, c'est le tannate de nicotine, insoluble; que l'on filtre cette eau, le tannate de nicotine restera sur le filtre et, en arrosant le tabac avec cette eau filtrée, on lui restituera tous ses principes, excepté son poison, la nicotine. On fait ensuite sécher le tabac. Tel est, résumé en quelques lignes, le procédé du docteur Parant.

Les personnes que la question intéressera particulièrement pourront s'adresser pour plus amples détails au docteur Parant, rue Regard, à Lons-le-Saunier (Jura).

SUPPLÉMENT Nº 1.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

[Note du transcripteur: Les suppléments ont, pour la plupart, été perdus; ils ne sont d'ailleurs pas contenus dans les éditions reliées de 26 numéros.]

SUPPLÉMENT Nº 2.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

L'ENFANT QUI SERA TSAR LE GRAND-DUC HÉRITIER ALEXIS NICOLAIEVITCH, NÉ A PÉTERHOF LE 12 AOUT 1904. ATAMAN DE TOUS LES COSAQUES, CHEF DU RÉGIMENT DE LA GARDE DE FINLANDE, DU 51e RÉGIMENT D'INFANTERIE DE ZITOVSK, DU 12e RÉGIMENT DE TIRAILLEURS DE LA SIBÉRIE ORIENTALE ET DU CORPS DES CADETS DE TACHKENT, CHEVALIER DE L'ORDRE DE SAINT-ANDRÉ

Photographie Boissonnas et Eggler.--Déposé, reproduction interdite.

Illustration from L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905

Grande-duchesse Tatiana, Grand-duc héritier Alexis, Grande-duchesse Olga,

née le 11 juin 1897. né le 12 août 1904. née le 16 novembre 1895.

Grande-duchesse Marie, Grande-duchesse Anastasia,

née le 27 juin 1899. née le 18 juin 1901.

L'impératrice Alexandra Nicolas II.

LA FAMILLE IMPÉRIALE DE RUSSIE

Photographie Boissonnas et Eggler.--Déposé, reproduction interdite.

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