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LE RÉVEIL DE L'INDE.
On n'apprendra pas sans surprise, peut-être, qu'après leur long sommeil les populations de l'Inde secouent leur léthargie et paraissent s'éveiller à une vie nouvelle. On voit, sur tous les points de cette immense colonie, les indices de ce réveil éclater.
Ces trois cents millions d'êtres humains, las de leur misère, fatigués d'être soumis à un joug oppresseur, sans aucun moyen de faire entendre, efficacement, leur voix dans les conseils où s'élaborent leurs destinées, réclament résolument leur part dans le gouvernement de leur pays. Un mouvement de cette nature ne saurait nous laisser indifférents, en France, pays colonisateur, surtout au moment où les Japonais occupent une partie de la scène asiatique d'une manière si dramatique et si inattendue.
Ce n'est pas qu'il y ait rien à attendre de pareil des Hindous, gens timides pour la plupart, divisés en mille castes, désarmés et manquant de la suprême énergie des Nippons. Ce n'est pas, non plus, que la puissance anglaise s'exerce avec toute la tyrannie que l'on prétend; il faut être juste avant tout. Ce qu'on peut reprocher aux Anglais avec le plus de vérité, c'est leur esprit d'exclusivisme, leur morgue invincible et une indéniable oppression financière. Mais, en revanche, on doit reconnaître qu'ils ont donné au pays le bienfait de la paix, qu'ils l'ont doté d'une justice impartiale telle qu'il n'en avait jamais connu et l'ont couvert d'admirables travaux publics. Pourtant, on est en présence d'un fait indéniable, qui doit avoir ses causes: c'est que l'opposition des indigènes prend corps et s'affirme de plus en plus.
Depuis 1885, un congrès national indien, organe de cette opposition naissante, se tient, chaque année, dans une ville nouvelle de l'Inde, pour consigner ses revendications dans des cahiers curieux à consulter.
Celui de 1904 s'est tenu à Bombay, du 26 au 29 décembre: par le nombre et l'importance de ses délégués, il a eu une portée exceptionnelle. La séance d'ouverture s'est tenue dans un élégant pandal, fait de bambous, de nattes et de mousselines légères. Dix mille personnes y étaient réunies. On eût dit les états généraux de l'Inde s'établissant de leur propre mouvement. On sentait, dans cette vaste audience, comme un courant fait d'aspirations vagues, d'émotions contenues, de désir de lutte, avec un souffle d'orage, précurseur des tempêtes futures.
La réunion de tant de types divers et de tous ces costumes chatoyants et variés offrait à l'oeil un tableau d'un pittoresque extrême; mais tout désir de s'y arrêter disparaissait devant l'espèce d'oppression et de nervosisme auxquels les assistants semblaient en proie, ainsi que devant l'expression grave, je dirais même solennelle de ces visages, à l'ordinaire reposés et souriants. Ce qui donnait, d'ailleurs, à ce congrès une importance toute spéciale, c'est qu'un Anglais du parti libéral, sir Henry Cotton, était venu exprès de Londres pour le présider. Or, sir Cotton n'est pas le premier venu: c'est un ancien membre du Civil Service de l'Inde, retraité, dernièrement, étant haut commissaire de la province d'Assam.
Que sortira-t-il, allez-vous demander, de ce 20e congrès? Rien, sans doute, ou peu de chose, pas plus que des 19 autres qui l'ont précédé. L'Inde n'est pas le pays des changements précipités. Mais, dans l'état troublé des choses sur la planète, il est impossible de ne pas s'intéresser à un mouvement qui met en un pareil émoi le cinquième de la race humaine: il est certainement gros de conséquences pour l'avenir.
ENCORE LE GUI DU CHÊNE.
Tous les lecteurs qui ont bien voulu répondre à notre appel, en ce qui concerne le gui du chêne, confirment que la présence du gui sur le chêne est une véritable rareté. Aussi la Touraine peut-elle éprouver quelque orgueil à posséder deux chênes à gui qui nous sont signalés par un de nos correspondants, au Breuil, près de Cinq-Mars et de Langeais. Voilà le Midi battu par le Centre. D'autre part nous voyons, par le Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté et Belfort pour 1903, qu'un beau chêne porte-gui a été signalé par M. E. Gilardoni, conservateur des eaux et forêts à Dijon. M. Gilardoni a publié une bonne photographie de ce chêne, qui se trouve dans les forêts de Villy-le-Brûlé (canton de Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or), près de l'ancienne voie romaine de Lyon à Langres). Ce chêne a 3m,40 de circonférence à hauteur d'homme, et il est littéralement couvert de gui, ce qui, du reste, lui sera fatal, car il dépérit manifestement. Il y a deux autres chênes porte-gui dans la Côte-d'Or, à la connaissance de M. E. Gilardoni: l'un, chêne pédonculé, dans la forêt de Lonchamp, près du village de Premières, arbre vieux et dépérissant; l'autre, dans la forêt de Grange-Neuve, canton de Nuits. Mais ces deux chênes ne portent que quelques touffes de gui, au lieu que celui de Villy-le-Brûlé en est couvert. M. Gilardoni a encore rencontré un chêne porte-gui dans la forêt de Chaux (Jura); et il n'y avait qu'un seul chêne de ce genre dans toute la forêt qui couvre pourtant 20.000 hectares. D'après la Flore forestière de Mathieu, c'est dans les forêts de la France centrale, aux environs de Blois, notamment, que les chênes porte-gui seraient le moins rares et, d'après le Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté, un chêne de ce genre existait il y a quelques années aux environs de Troyes.
LE GOÛT DU LAIT DE CHÈVRE.
Toutes les personnes qui ont bu du lait de chèvre savent que ce liquide, précieux parce qu'il n'est jamais suspect de tuberculose, possède un goût et une odeur auxquels beaucoup d'entre elles ne peuvent s'habituer.
Ces qualités fâcheuses ne sont d'ailleurs pas inévitables, et le lait de certains animaux et surtout de certaines races en est exempt.
Mais il est un autre moyen que la sélection pour éviter ce désagrément. Deux médecins roumains, MM. Oceanu et Babès, viennent en effet de faire connaître que les chèvres auxquelles on a pratiqué l'ovariotomie, donnent un lait toujours privé de mauvais goût et d'odeur hircine.
Cette opération est moins coûteuse que la sélection. Elle posséderait en outre l'avantage d'activer la sécrétion lactée et d'en augmenter la durée.
Le comte de Colleville.

LE COMTE DE COLLEVILLE
Une personnalité fort connue dans la haute société parisienne et aussi à Rome, le comte de Colleville, chambellan intime de Sa Sainteté Pie X, s'est éteint dans sa quatre-vingt-sixième année, à Houilles, où il s'était retiré.
Le comte de Colleville, qui était le doyen des camériers de cape et d'épée français, avait servi trois souverains pontifes avec le même dévouement. Il était commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand.
Il appartenait à l'une des plus anciennes familles normandes. Le nom de Colleville est inscrit, en effet, parmi les compagnons de Guillaume le Conquérant et au livre de la pairie anglaise.
Le comte de Colleville laisse un volume de Mémoires, qui sera publié par son fils, le vicomte de Colleville, l'auteur de Pie X intime.
Le vice-amiral Touchard. Phot. Pirou, rue Royale.

LE VICE-AMIRAL TOUCHARD
Le vice-amiral Touchard, nommé récemment chef d'état-major général de la marine, est né en 1844 et compte plus de quarante ans de service. Il a, comme capitaine de frégate, commandé l'aviso Hugon, pendant la campagne du Tonkin; comme capitaine de vaisseau, le cuirassé Marengo et l'Iphigénie, croiseur-école des aspirants.
Contre-amiral, le 6 juin 1894, il occupa deux fois les fonctions de sous-chef d'état-major général, puis prit, en 1898, le commandement d'une division de l'escadre du Nord. Entré au comité consultatif, il recevait, en avril 1902, la troisième étoile et, le mois suivant, était appelé à la préfecture maritime de Cherbourg, qu'il vient de quitter. Il est grand officier de la Légion d'honneur.
LE DOYEN DE L'ARMÉE
Le commandant Desmarest

La ville de Melun vient de fêter le centième anniversaire d'un de ses notables habitants, M. Emmanuel-Auguste Desmarest, commandant en retraite, officier de la Légion d'honneur, né à Huningue (Alsace), le 8 février 1805.
Toute localité ayant le rare privilège de posséder un centenaire en tire quelque vanité, d'ailleurs bien légitime: chez notre fragile espèce, savoir pratiquer l'art difficile de vivre un siècle n'est point un mince mérite, et il est naturel que le prestige qu'il confère au vainqueur du temps excite la fierté de ses proches concitoyens. Melun devait donc un public hommage à son centenaire; d'autant plus que le cas de M. Desmarest est particulièrement extraordinaire.
En effet, cet homme prédestiné à une exceptionnelle longévité a traversé les vicissitudes les plus propres à abréger son existence. Il exerce d'abord la profession paisible de graveur sur métaux, puis, épargné par la conscription, il s'oriente vers l'industrie, où, s'il n'est pas assuré de faire fortune, il a du moins chance de cheminer sans trop de risques jusqu'à la halte finale que son bon tempérament lui permet d'espérer lointaine. Mais soudain, à l'âge de vingt-sept ans, il se souvient qu'il est fils et petit-fils de soldats, l'atavisme éveille en lui une vocation tardive, il s'engage, en 1832, dans l'infanterie: le voilà embrassant la carrière militaire périlleuse entre toutes.
Au bout de huit ans, le conscrit volontaire a conquis l'épaulette; en 1848, il est capitaine adjudant-major au 11e léger, après avoir guerroyé en Kabylie. En 1850, il tient garnison à Angers, au moment de la fameuse catastrophe du pont suspendu, dont la rupture précipite dans la Maine trois compagnies de son régiment. Deux cents hommes périssent engloutis; lui, échappe à la noyade et accomplit plusieurs sauvetages qui lui valent la croix. En Crimée, il prend part aux batailles de l'Alma, d'Inkermann, de Traktir, au siège de Sébastopol; à Malakof, une poudrière, en sautant, l'ensevelit sous ses décombres; il se relève assez valide pour recevoir sa promotion de chef de bataillon. Et, en 1859, on retrouve le commandant Desmarest en Italie, où, avec le 52e de ligne, il se signale par sa bravoure, le soir de Magenta. A la fin de 1862, il quitte l'armée, comptant trente ans de service, douze campagnes, huit blessures; mais la guerre de 1870 ravive l'ardeur belliqueuse du vaillant retraité de soixante-cinq ans: il organise un corps de francs-tireurs et reçoit une neuvième blessure,--dont il guérit...
N'est-elle pas vraiment curieuse, l'histoire de ce centenaire qui a gagné haut la main la gageure qu'il semblait avoir faite avec la mort?
Citoyen de Melun depuis trente-trois ans, M. Desmarest y a tout doucement atteint sa «centième», entouré par une gouvernante dévouée, Mlle Marie Brunet, d'une sollicitude quasi filiale.
Il n'a pas de descendance, car il est resté célibataire: en biographe consciencieux, nous constatons simplement le fait, sans y entendre malice; il serait d'ailleurs aussi téméraire que peu galant de le rattacher à la psychologie de la longévité. E. F.