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L'Illustration, No. 2500, 24 Janvier 1891

Front matter (continued 2)

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Officier de la Légion d'honneur, il était membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1881 et aussi professeur de composition au Conservatoire.

Il s'en va, sincèrement pleuré par tous ceux qui, le connaissant, avaient apprécié sa bonne grâce et la délicatesse de son âme. Les Maîtres qui ont parlé sur sa tombe, après avoir célébré son talent, ont rendu hommage à son caractère... Quelle est sa place, au juste, dans l'école française? Un des orateurs qui ont prononcé son éloge funèbre, le directeur des Beaux-Arts, l'a ainsi déterminée: «Léo Delibes, a-t-il dit, se rattachait directement à cette lignée de musiciens français, qui, au milieu du dernier siècle, créèrent, l'opéra-comique, et, malgré les influences étrangères, lui conservèrent jusqu'à nos jours cette marque d'esprit et de gaieté, de sentiment et de poésie familière, pour laquelle nous sommes ingrats dans nos heures d'injustice, mais à laquelle nous revenons toujours, car elle est notre fidèle image.» Adolphe Aderer.

AIMÉ MILLET

La semaine dernière, c'était d'Eugène Delaplanche, l'un des sculpteurs qui se sont le plus passionnément inspirés des efforts et des recherches de la nouvelle école, que nous enregistrions la mort. Cette semaine, la sculpture a fait une autre perte: celle d'Aimé Millet, l'un des derniers représentants de l'art romantique.

L'auteur du Vercingétorix de la colline d'Alix-Sainte-Reine (Côte-d'Or) ne fut pas en effet un artiste qui rêva les menues délicatesses et les finesses d'exécution des Florentins. Il voyait «grand». Il avait la robuste conviction de cette génération de 1830, qui pensait que le beau avait surtout de vastes dimensions.

De là, des œuvres souvent imparfaites, mais toujours inspirées par un magnifique enthousiasme et par l'ambition du colossal.

Aimé Millet était né en 1816. Après avoir longtemps hésité entre la peinture et la sculpture et exposé plusieurs fois des dessins très remarqués dans les salons annuels, il entra dans l'atelier de David d'Angers. Dès 1857, il obtenait un grand succès avec son Ariane, qui, achetée par l'État pour le musée du Luxembourg, lui valut une première médaille. Ce fut le commencement d'une carrière glorieuse. En 1859, il recevait la croix de la Légion d'honneur: en 1867, à l'Exposition Universelle, il remportait, pour la seconde fois, une première médaille: en 1870, il était promu au grade d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur.

Les œuvres d'Aimé Millet sont nombreuses. Nous avons cité déjà son Ariane et Vercingétorix. Cette dernière lui attira une grande popularité; au Salon de 1865--le même où figura le Chanteur florentin de Dubois--ses dimensions prodigieuses eurent le don d'enthousiasmer la foule. D'ailleurs, la simplicité héroïque du chef gaulois, ses moustaches tombantes, son front intelligent, éveillaient chez tous des émotions patriotiques, et l'on était reconnaissant à Aimé Millet de l'avoir dépeint tel à peu près qu'on l'imaginait volontiers.

A Paris, on connaît surtout son Apollon gigantesque qui domine l'Opéra, le Commerce, la Finance et la Prudence, qui décorent la façade du Comptoir d'Escompte, ses tombeaux de Murgor, de Baudin et d'Edgard Quinet.

LES LIVRES NOUVEAUX

Annuaire illustré de l'armée française, par Roger de Beauvoir.--La maison F. Plon, Nourrit et Cie vient de mettre en vente sa publication nouvelle: L'Annuaire illustré de l'armée française, de notre collaborateur et ami, M. Henri-Roger de Beauvoir. L'annuaire de 1891 est encore un progrès sensible sur ceux de 1890 et 1889, quoique ceux-ci, par leur remarquable exécution typographique et artistique, aussi bien que par l'utilité de leurs renseignements, aient été, dès leur apparition, classés parmi les albums nécessaires, indispensables à tous, aujourd'hui que l'armée est la nation toute entière, et, par le luxe de leur édition, aussi bien placés sur la table du salon que sur celle du cabinet de travail. Mais les renseignements utiles ont été multipliés en celui-ci, qui est un guide sûr et complet pour tous ceux qu'intéresse le rouage compliqué de notre organisation militaire. Toutes les questions de recrutement de conseils de révision, d'appels de classes, d'engagements et de réengagements, etc., etc. y sont résumées avec clarté: les compositions de corps d'armée, les emplacements de troupes, indiqués dans le plus complet détail: les écoles militaires minutieusement étudiées: tout enfin fait de ce bel ouvrage le vade mecum indispensable à tout Français qui, n'ayant pas dépassé 15 ans, se trouve soumis à des obligations militaires. Que dire de la partie artistique, absolument remarquable? Plus de soixante compositions absolument inédites, signées de noms d'artistes d'un talent reconnu, de grands dessins de page entière d'Armand Dumaresq, de Hœnen, Perboyre, Comba, Soé, etc.: quelques très beaux portraits de Fernand de Launay et Serendat de Belzim: quantité de jolis croquis semés à travers tout l'ouvrage en font un album précieux; la typographie est irréprochable; on a peine à comprendre comment on peut livrer au public, pour un prix aussi modique, un ouvrage qui, outre son utilité technique, tient une place honorable à côté des plus belles publications illustrées. A. L.

Trois mois en Irlande, par Mlle M.-A. de Bovet. 1 vol. in-18º, 3 fr. 50 Hachette.--S'il y a plaisir à lire ce récit d'un voyage de trois mois dans la verte Érin, il n'en faut pas seulement trouver la cause dans la beauté et l'originalité de la «terre d'émeraude», mais aussi et surtout dans l'esprit de la voyageuse et le talent de l'écrivain. Pays charmant, paraît-il, et malheureux à coup sûr, que l'Irlande! et Mlle de Bovet n'hésite pas à lui témoigner son intérêt et ses sympathies, autant pour ses attraits que pour ses infortunes. C'est ce témoignage, suivant elle, qui lui a manqué le plus, depuis sept siècles de conquêtes, pour lui réchauffer le cœur, et, comme il dépend de chacun de le lui donner, elle nous en sollicite et nous propose, comme une bonne action qui n'irait pas sans plaisir, d'aller en Irlande le lui porter nous-même. Il est certain que cela est tentant après avoir lu son livre. Et nous dirons volontiers avec elle: qu'on aille en Irlande--au moins dans le livre de Mlle de Bovet. L. P.

Les récréations photographiques, par A. Bergeret et F. Drouin (Mendel, éditeur. 118, rue d'Assas. Prix: 6 francs).--Intéressant volume qui, ainsi que son titre l'indique, a pour but de fournir à l'amateur l'occasion de sortir des sentiers battus et, de se délasser de ce que la photographie peut avoir par certains côtés de fatigant et de laborieux.

Les auteurs, sans négliger le côté pratique, ont passé en revue tout ce que l'art peut fournir d'amusant dans le métier.

Art de grimer les modèles, photographie astronomique, photo-miniature, photographie en ballon, en cerf-volant, photographie des feux d'artifices, des étincelles électriques, des fantômes, ombromanie, le photographe farceur, pour se photographier soi-même, photographe et badauds, les commandements du photographe amateur, sont les titres de quelques-uns des chapitres de l'ouvrage de MM. Bergeret et Drouin, ils suffisent à montrer ce qu'est l'œuvre tout entière.

Instruire et amuser, délasser à la fois l'esprit et la main, tel est le but que les auteurs s'étaient proposé, ils y ont pleinement réussi.

Chants et légendes de l'aveugle, par M. Guilbeau (Librairie Boulanger, 83, rue de Rennes).--Très curieux volume de poésies. L'auteur, qui est aveugle-né, parle en aveugle des impressions et des sensations des aveugles, et les images dont il se sort procèdent, non de la vue, mais de l'ouïe, ce sens si développé chez les êtres atteints de cécité; aussi son œuvre est-elle à la fois psychologique, naturaliste et artistique. On la sent vécue.

LE COMITÉ DU YACHT FRANÇAIS

Un comité vient de se constituer sous la présidence d'honneur de M. le vice-amiral Jurien de la Gravière, à l'effet d'encourager la construction de yachts de course français, capables de lutter avec les champions les plus célèbres d'Angleterre et d'Amérique. On sait quelle importance la navigation de plaisance maritime a prise dans ces deux pays, où les courses de bateaux à voile passionnent autant la foule que les plus importantes réunions hippiques. La compétition pour la Coupe de l'America, qui dure depuis des années, pour la possession de ce trophée que les Anglais n'ont pu encore reprendre aux Américains, est regardée de part et d'autre comme ayant un immense intérêt national, car l'effort national pour créer le yacht digne de prendre part à cette espèce de tournoi suppose dans le peuple où il se produit un sens maritime très développé, et la passion en quelque sorte des choses de la mer.

La navigation de plaisance a fait en ces derniers temps, en France, de très rapides progrès; mais, si le nombre de ceux qui pratiquent ce sport si noble s'est très promptement développé, la construction des bateaux de mer, il faut le dire, est restée à peu près stationnaire. Et, pourtant, nos architectes navals, nos constructeurs, nos ouvriers, ne sont pas moins habiles que ceux de l'étranger. Il ne leur manque que l'occasion de montrer leur savoir-faire. C'est pour la leur donner que le Comité du yacht français vient d'être créé.

Il se propose de distribuer des primes et des encouragements aux propriétaires de bateaux de course et aux architectes navals, jusqu'au jour où constructeurs, armateurs et équipages se seront assez perfectionnés pour pouvoir entrer en lice avec chance de succès contre leurs rivaux d'Angleterre et d'Amérique. A cet effet, il créera des courses spéciales, donnera des prix aux plus méritants, récompensera ceux qui les premiers iront affronter la lutte avec l'étranger. Dès à présent, et pour faire connaître d'une façon précise le but auquel il aspire, il a décidé d'organiser une régate à courir dans les eaux françaises entre yachts de toutes nations, pendant la saison de 1892. D'ici là, on peut légitimement espérer que le yachting français, grâce aux encouragements qu'il recevra, se sera mis en mesure de soutenir dignement l'honneur des trois couleurs.

Le mouvement qui va nécessairement se produire dans les chantiers français, sous l'action du comité, aura les plus heureux effets pour les industries maritimes, pour ne parler ici que du côté matériel et économique de cette question. On ne sait pas assez en France que la navigation de plaisance maritime fait vivre en Angleterre tout un peuple de marins d'élite qu'on ne peut évaluer à moins de 20,000 hommes, et que les 3,000 yachts que l'on compte dans le Royaume-Uni représentent un capital de 300 millions.

Dans notre pays, il existe déjà plus de 1,000 yachts à voiles ou à vapeur jaugeant ensemble 20,090 tonneaux et occupant 5,000 marins. Il ne s'agit donc que de développer un sport déjà très prospère par lui-même, et de lui donner chez nous la légitime importance à laquelle il a droit, par les mêmes moyens que l'on a employés avec succès pour faire du sport hippique ce qu'il est aujourd'hui.

Notre puissance navale, nos industries maritimes, sont directement intéressées au développement de la navigation de plaisance. C'est ce qu'ont compris les membres du comité du yacht français où l'on voit, à côté de yachtmen comme MM. Perignon, Ménier, Demay, Pilon, Loste, Sahagué. Caillebotte, comte de Damrémont, baron de Sède, comte de Guebriant, comte Mosselman, etc., des marins comme l'amiral Jurien de la Gravière, le vice-amiral Miot, le contre-amiral Logé, des savants comme M. Georges Ponchet, de grands industriels comme M. A. Couvreux, les chefs de grands établissements de crédit ou des sociétés de navigation, comme MM. P. Donon et Duprat, directeurs des Chargeurs-Réunis, etc.

Le Comité du yacht français, afin de réunir les fonds dont il a besoin pour mener à bien l'œuvre patriotique qu'il a entreprise, fait appel au concours de tous. Il a déjà réuni d'importantes souscriptions, et son appel sera certainement, entendu en France, où la sympathie du public est acquise d'avance à tout ce qui touche à la marine.

La souscription reste ouverte au bureau du journal le Yacht, 55, rue de Châteaudun.

Illustration from L'Illustration, No. 2500, 24 Janvier 1891
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