Front matter (continued 2)
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Notre gravure représente le service funèbre célébré à l'église russe de la rue Daru, trop petite pour contenir tous ceux qui avaient suivi le convoi. Au pied du cercueil, recouvert d'un drap d'or, insigne funéraire de la famille impériale, placé simplement sur le parquet de l'église, entouré d'arbustes verts et de camélias blancs, l'archiprêtre Wassilief lit les saints évangiles dans la bible que le père Arsène tient ouverte devant lui; à la tête, et de chaque côté, deux officiers de l'armée russe, en grande tenue, immobiles, à droite le lieutenant Schipof, à gauche le lieutenant prince Orlof, portent sur des coussins de velours grenat les nombreuses décorations du défunt. Au premier rang, à gauche, sont placés le général Bruyère et le colonel Litchenstein, représentant le président de la République; un peu plus loin, et sur le même rang, la duchesse d'Oldenbourg, portant en sautoir le grand cordon de Sainte-Catherine. Au premier rang, à droite, et tournant le dos, se trouve le duc Eugène de Leuchtenberg, revêtu du costume de général russe, frère du défunt. Suivant les usages de l'église orthodoxe, tous les assistants portent dans la main droite un petit cierge qu'ils tiennent pendant la plus grande partie de la cérémonie.
M. FOUCHER DE CAREIL
Le comte Foucher de Careil qui vient de mourir sénateur républicain de Seine-et-Marne était fils du général comte Foucher de Careil, dont le nom est inscrit sur l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile. Il appartenait donc, par son origine, à un monde qui considère généralement comme une sorte de forfaiture l'acceptation du régime que la France s'est donné. M. Foucher de Careil avait fait plus et mieux que de se rallier à la République: il avait collaboré à sa fondation. Déjà, dans les dernières années de l'Empire, il avait manifesté ses tendances libérales, par une candidature au conseil général du Calvados, et dans diverses conférences à Paris. Après le 4 septembre, il se solidarisa avec ceux qui essayaient d'établir un gouvernement régulier au milieu des ruines de la patrie; il servit M. Thiers et accepta une préfecture. Il était préfet de Seine-et-Marne quand le 24 mai 1873 l'obligea à quitter l'administration. Enfin, la constitution républicaine ayant été votée en 1875, M. Foucher de Careil fut envoyé au Sénat par le département de Seine-et-Marne dès les premières élections pour la Chambre-Haute, en janvier 1876.
Il a été réélu en 1882; il a été réélu récemment encore, on peut dire sans contestation. Dans l'intervalle, M. le comte Foucher de Careil avait représenté (de 1881 à 1883) la France à Vienne en qualité d'ambassadeur. Son nom, sa grande fortune, son savoir varié, sa compétence très répandue, son urbanité, avaient mis notre envoyé en très bonne posture à la cour si aristocratique et si exigeante d'Autriche-Hongrie.
M. EUGÈNE DELAPLANCHE
Dans notre numéro du 27 décembre dernier, nous donnions une des dernières et non des moins belles œuvres du grand artiste qui vient de mourir, le monument du cardinal Donnet élevé dans la basilique de Saint-André de Bordeaux. M. Eugène Delaplanche était gravement malade déjà à ce moment, et il ne lui a pas été donné d'assister à l'inauguration de ce magnifique monument. Peu de jours après, le 10 janvier, il mourait, et sa mort sera à jamais regrettée, car la France perd en lui un des hommes qui lui faisaient le plus d'honneur, un artiste qui à certaines heures de sa vie a été réellement inspiré.
Eugène Delaplanche était né en 1836. Sa carrière a été particulièrement laborieuse et rapide. Elève de Durer et de l'École des Beaux-Arts, il remporta, en 1858, le deuxième prix de Rome avec Achille saisissant ses armes, et, en 1861, le premier avec Ulysse bandant l'arc que les prétendants n'ont pu ployer. Il donna bientôt au Salon une série d'œuvres qui toutes furent récompensées, nous citerons entr'autres: L'Enfant monté sur une tortue, et Ève après le péché, qui figure aujourd'hui au musée du Luxembourg. Il travailla dès lors avec une infatigable ardeur. La Musique, la Vierge au lys, le Message d'amour, Sainte-Agnès, l'Éducation maternelle, mirent le sceau à sa réputation.
M. Eugène Delaplanche était officier de la Légion d'honneur.
LES GLACES DANS LA MER DU NORD
Un des plus pittoresques spectacles que l'on puisse imaginer est celui qu'offre en ce moment la mer du Nord et cela sur une très vaste étendue: à Ostende, notamment.
Devant la digue, à l'entrée du port, les glaçons se sont accumulés, depuis les froids de ces derniers temps, sur une surface énorme, sans se souder cependant.
Avant d'être venus échouer dans ces parages, ils ont été roulés par les cours d'eau qui aboutissent à la mer et dont la glace a été brisée. Presque tous sont couverts de neige, malgré le mouvement continuel dont ils sont agités. L'eau sous cette couche de glaçons a une couleur indéfinissable, mais qui parait sale par un effet de contraste avec la blancheur éblouissante de la neige. A deux ou trois cents mètres de la côte, le champ de glaçons s'arrête brusquement et la mer apparaît libre.
Mais ce qu'il y a de plus curieux encore et de plus saisissant, c'est la vue du vapeur anglais Asthon, qui se trouve pris dans ces glaçons tandis qu'à quelques mètres de lui, sur la mer libre, les chaloupes de pêche naviguent toutes voiles dehors.
1,500 FRANCS DE RENTE
A l'Hôtel-de-Ville. C'est un des gros guichets de souscription; ceux-là seuls qui peuvent acheter 1.500 francs de rentes, et au-dessus, passeront par ce guichet; une pancarte suspendue tout près de là ne laisse aucun doute à ce sujet.
Or, 1,500 francs de rentes représentent un capital de 16,225 francs, exigeant un versement immédiat de 7,500 francs, à raison de 15 francs pour 3 francs de rentes. En outre, à la répartition, qui devait se faire et qui a eu lieu en effet sauf liquidation ultérieure, quarante-huit heures après, nouvelle somme de 7,500 francs à verser. En tout, 15,000 francs.
Les personnages loqueteux qui figurent dans notre dessin n' ont vraiment pas l'air de capitalistes capables de débourser 15,000 francs en si peu de temps. Pourtant, ils sont là, au meilleur rang. Arrivés longtemps avant la première lueur de l'aube, ils attendent. Qu'attendent-ils? L'ouverture du bienheureux guichet? Non pas! Ils n'ont pas des 750 louis à offrir comme cela au gouvernement. Ils attendent tout simplement l'arrivée d'un vrai souscripteur, d'un souscripteur pour de bon, à qui ils vendront leur place. Car ces hommes sont des marchands de places.
Assez lucratif, ce métier: il le serait davantage s'il n'y avait pas tant de morte-saison. Une place se vend 3 francs, 5 francs, voire 10 francs: cela dépend de l'importance de la souscription, du plus ou moins de popularité de la valeur émise, de la température aussi.
Il y a deux ans, lors de l'émission des Bons de l'Exposition, les marchands de places,--des camelots, habituellement.--gagnèrent beaucoup d'argent. Un groupe de ces industriels s'était constitué en syndicat, à la porte du Crédit Foncier. Ils opéraient de la manière que voici: Au nombre d'une douzaine, ils stationnaient en tête de la queue. Deux ou trois rabatteurs amenaient le client, le pante, le singe: l'un et l'autre se disent. Ledit client payait, et le groupe l'admettait dans son sein, sans pour cela céder un pouce de terrain. Deux, trois, dix clients, quinze clients; et le groupe de marchands de places était toujours là, jouant des coudes, se moquant des réclamations, encaissant force écus de cent sous. On juge de la colère du vrai public; de cela, les marchands de places se souciaient aussi peu que possible. Il fallut, pour les faire déguerpir, l'intervention d'un brigadier de sergents de ville et de plusieurs agents. Mais ils partirent sans regrets; ils avaient «fait passer» de 100 à 150 personnes, et se partagèrent, par conséquent, de 500 à 750 fr.: une honnête journée, comme on voit.
Un conseil: Si jamais il vous arrive d'acheter une place à une queue de souscription, ne la payez que lorsque votre vendeur sera hors des rangs. Sous aucun prétexte, ne vous laissez introduire dans un groupe. Votre désir de souscrire suppose un portefeuille bien garni. Les camelots, j'en suis bien convaincu, sont tous, du premier au dernier, des gens d'une délicatesse infinie et d'une rigide probité. Mais enfin, il ne faut pas tenter le diable.
C. F.
L'EXPOSITION FRANÇAISE DE MOSCOU
L'Exposition française qui doit s'ouvrir à Moscou le 1/13 mai 1891 aura lieu dans un palais que le gouvernement russe a gracieusement concédé aux organisateurs.
Construit pour l'exposition nationale russe qui eut lieu à Moscou en 1872, il est la propriété personnelle du czar et fait partie du domaine de la couronne.
La restauration de ce palais, confiée par les constructeurs, MM. Pombla, à notre compatriote, M. Oscar Didio, ingénieur à Moscou, a été exécutée avec la plus grande rapidité.
Avec notre dessin sous les yeux, le lecteur se rendra compte aisément de l'importance des travaux exécutés, car, indépendamment du palais principal, une foule de pavillons et de constructions diverses ont été comme semés dans le beau jardin qui l'entoure. Nous mentionnerons surtout la grande halle vitrée des machines qui s'étend en bordure sur la droite de notre gravure: puis, en contournant le palais, nous trouvons successivement des restaurants, des montagnes russes, le théâtre, et tout à fait sur la gauche, le ballon captif, le réservoir d'eau, et, plus bas, le pavillon impérial affecté aux réceptions de la cour et aux fêtes qui seront organisées pendant la durée de l'Exposition.
On compte sur un grand succès à Moscou, mais tout n'est pas prêt encore, et l'échéance du 1er mai est proche. Un sérieux coup de collier est nécessaire.
E. F.
LES ALLIGATORS
La famille des crocodiliens se subdivise, on le sait, en plusieurs sous-genres: le crocodile, qui habite l'Égypte; le gavial, que l'on trouve dans l'Inde; le caïman et l'alligator, qui se rencontrent en Amérique; ce dernier plus particulièrement dans la Floride. Il s'y multiplie au point de devenir, de la part des gens de couleur de ce pays, l'objet d'un commerce curieux.
Montrons d'abord l'Eden de l'alligator. Une rive basse et marécageuse borde le fleuve à perte de vue; c'est là que sous le chaud soleil, dans l'alluvion vaseux, l'animal dépose ses œufs et qu'il dort immobile pendant des journées entières.
Mais un bruit vient tout à coup troubler sa quiétude; il relève la tête et aperçoit son ennemi naturel occupé à fouiller le sable pour chercher ses œufs. Une douce satisfaction se reflète sur la figure de l'homme, car la récolte s'annonce bien.
Déjà le chercheur d'œufs est parti avec son panier plein. L'alligator va pouvoir continuer à dormir en paix. Hélas non! car encore une fois le sable a crié sous des pas. Ils sont deux à présent, un vieux solide accompagné d'un plus jeune. Fuyons!...
Trop tard, le chemin du fleuve est coupé, les chasseurs d'alligators connaissent leur métier et vont manœuvrer habilement. Cerné de deux côtés, le malheureux animal est saisi par quatre bras robustes, vivement retourné sur le dos, le ventre en l'air, et, tandis que le vieux, assis sur lui, maintient vigoureusement la tête, son compagnon attache les deux mâchoires au moyen d'une liane.
Une dernière ressource lui restera, c'est de verser toutes les larmes que lui prête la fable pour essayer d'attendrir son bourreau. Peine inutile, la captivité dans une ménagerie foraine ou la mort l'attendent.
Sa progéniture du moins aura-t-elle un meilleur sort? Pas davantage, car c'est encore dans un but de commerce que l'homme prendra soin de ses œufs et les fera éclore.
Les petits qui en sortiront seront mis dans un seau transformé en aquarium et tous les matins portés à travers les rues jusqu'à ce que quelque petit garçon séduit par leur gentillesse achète l'un d'eux: il deviendra alors, peut-être, le singulier favori que nous vous voyons sur notre dessin.
Le petit garçon est nonchalamment assis devant le seuil de la maison, une jambe étendue, l'autre ramenée vers lui, tandis que son alligator familier est couché dans une pose d'abandon, frottant câlinement son gros et rude museau sur le genou de l'enfant. Singulier favori, en vérité, qui pourrait bien se transformer un beau jour en bête féroce. Heureusement, l'empailleur est là: pardon, le taxidermiste. La pipe à la bouche, ses lunettes de pseudo-savant sur le nez, celui-là aussi gagnera sa vie avec l'alligator. Il va leur rendre la vie, presque le mouvement, en les montant, dans les attitudes les plus diverses, sur des planchettes de bois, à la grande joie des amateurs et des enfants.
