NOS GRAVURES
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Procès du maréchal Bazaine
LA BUVETTE DES TÉMOINS.
Au moment où paraîtront ces lignes, le verdict du 1er conseil de guerre, vers lequel en ce moment toute la France a les yeux tournés, sera prononcé ou bien près de l'être. Le M. le général Pourcet a commencé la lecture de son réquisitoire, qui s'est prolongée jusqu'à la fin de l'audience du 5 décembre. Le 6, la parole a été donnée à la défense, qui la gardera certainement au moins aussi longtemps que l'accusation. C'est donc vers la fin de la semaine que, selon toute vraisemblance, le sort de l'accusé sera fixé. L'auditoire, est-il besoin de le dire? est plus nombreux que jamais et, ajoutons-le, il trahit par sa physionomie plus grave et plus réservée l'imminence du dénoûment de ce grand drame. Chacun en effet, comprend qu'au moment où la justice va parler, il doit refouler, au moins en public, ses impressions propres et attendre en silence qu'elle prononce le mot suprême. Il est vrai qu'il se dédommage à la suspension de l'audience. La buvette des témoins, que représente notre dessin, est le lieu où s'échangent volontiers les commentaires. On y rappelle les arguments de l'accusation et ceux de la défense, on les compare entre eux, et on cherche à en dégager la conséquence. Mais là encore, même en s'aventurant sur ce terrain glissant, on use de réserve et l'on ne sort pas de la stricte mesure que réclament les convenances.
L'ACCUSATION.
Les membres qui composent le parquet dans le procès Bazaine sont au nombre de huit, savoir:
M. Alla, greffier titulaire du premier conseil de guerre, auquel on a, pour la circonstance, adjoint M. Castres, greffier en retraite. A gauche de MM. Alla et Castres se tient le maréchal des logis de la garde républicaine qui a le titre d'appariteur, et remplit des fonctions analogues à celles des huissiers dans les cours d'assises.
Puis viennent, devant la table où sont assis les membres du parquet, M. le général Pourcet, puis M. le commandant Martin, chef de bataillon en retraite, et qui assiste de droit aux débats en sa qualité de commissaire du gouvernement titulaire près le premier conseil de guerre, M. le général de division de Colomb, jeune avec son grade, car il n'est âgé que de quarante-neuf ans. Sorti de Saint-Cyr en 1844, il a conquis tous ses grades en Afrique, à l'exception du dernier, qu'il doit à sa belle conduite à l'armée de la Loire. Son titre officiel est: substitut du commissaire spécial du gouvernement, M. Pourcet.
Tout à fait à gauche sont assis deux jeunes capitaines, M. Avon, du corps d'état-major, et M. Boisselier, de l'infanterie. Ces messieurs n'ont pas de titre officiel; en réalité ils sont adjoints à M. le général Pourcet pour les immenses travaux que nécessitent l'examen et la manipulation d'un dossier fabuleusement volumineux.
LA DÉFENSE.
Le maréchal Bazaine a confié, on le sait, le soin de sa défense, à Me Lachaud, assisté de son fils et du colonel Villette, aide de camp du maréchal.
Nous avons parlé de ce dernier en donnant son portrait, il y a quelques semaines; nous n'avons donc pas à y revenir. Quant à M. Lachaud fils, le temps lui a fait défaut pour travailler à l'auréole dont il ne peut manquer un jour ou l'autre de ceindre son front, si tant est que le proverbe soit vrai; mais pour le moment il ne brille encore que des rayons de la gloire paternelle, assez grande, après tout, pour contenter deux ambitions, même exigeantes.
Me Lachaud a aujourd'hui cinquante-six ans. Né à Treignac (Corrèze) le 25 février 1818, il exerçait sa profession d'avocat à Tulle, lorsque Mme Lafarge le choisit pour défenseur. Ce fameux procès commença sa réputation, qu'acheva d'établir le procès Marcellange. C'est alors que Me Lachaud vint à Paris, où il ne tarda pas à prendre au barreau parisien une des premières places. Il brilla surtout devant la cour d'assises, où son éloquence naturelle, admirablement servie par une voix aussi souple que sympathique et des facultés mimiques très-développées, lui assura un grand ascendant aussi bien sur les juges que sur l'auditoire. Parmi les affaires qu'il y plaida, citons les affaires Pavy, de Preigne, Carpentier, Lescure, de Merci, Lemoine, Taillefer et Troppmann.
Nous pouvons maintenant ajouter à cette liste l'affaire Bazaine, qui prime incontestablement toutes les autres, aussi bien par la position élevée de l'accusé, que par les circonstances exceptionnelles qui ont donné lieu à l'accusation.
P. S.--Au moment de mettre sous presse, nous recevons la nouvelle que le 1er conseil de guerre vient de rendre son arrêt, que nous n'attendions pas si tôt. Mais le conseil a siégé de neuf heures du matin à neuf heures du soir, le 10; et dans cette séance si longue ont eu lieu la fin de la plaidoirie de Me Lachaud et les répliques. A quatre heures et demie, les débats ont été clos et à neuf heures moins un quart, après une délibération qui n'a pas duré moins de quatre heures, le conseil rentrait en séance, rapportant son verdict. Quatre questions lui avaient été posées.
lre question.--Le maréchal Bazaine est-il coupable d'avoir, en octobre 1870, capitulé, son armée étant en rase campagne?
2e question.--Cette capitulation a-t-elle eu pour résultat de faire poser les armes à sa troupe?
3e question.--Le maréchal Bazaine a-t-il traité verbalement ou par écrit avec l'ennemi, sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur?
4e question.--Le maréchal Bazaine, mis en jugement sur l'avis du conseil d'enquête, est-il coupable d'avoir capitulé avec l'ennemi, rendu la place qui lui était confiée, sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que prescrivaient le devoir et l'honneur?
A ces quatre questions, chacun des membres du conseil ayant répondu affirmativement, le maréchal Bazaine a été condamné à l'unanimité à la peine de mort, avec dégradation militaire.
La capture du "Virginius".
Nous recevons, par la voie des États-Unis, une intéressante correspondance sur le Virginius, dont la capture par le croiseur espagnol le Tornado, a eu pour résultat de créer, entre l'Espagne et les États-Unis, le grave conflit que nous avons déjà eu occasion de signaler.
Le Virginius est un vapeur à roues, entièrement en fer, de 100 tonneaux de capacité et d'une longueur de 220 pieds. Il a été construit en Angleterre, en 1864, pendant la guerre de la sécession, pour le compte des confédérés, qui l'employaient à forcer le blocus des côtes des États du Sud.
Capturé, avec un chargement de coton, par les forces fédérales, lors de la prise de Mobile, il fut vendu aux enchères, après la guerre, par le gouvernement des États-Unis et acheté pour le compte de l'insurrection cubaine, qui venait d'éclater. Le Virginius reprit aussitôt son aventureuse carrière; monté par un équipage déterminé, sous le commandement de Joseph Fry, un Louisianais, il venait s'approvisionner à New-York d'armes et de munitions qu'il allait ensuite débarquer sur la côte cubaine. Vingt fois il avait failli être pris par les croiseurs espagnols et vingt fois il leur avait échappé, grâce à la présence d'esprit de son hardi capitaine, dont la réputation était devenue légendaire. Enfin, le 31 octobre dernier, il fut aperçu par le vapeur espagnol le Tornado au moment où il arrivait au but d'un nouveau voyage de ce genre; dès qu'il se vit reconnu, le capitaine Fry fit force de voiles et de vapeur pour s'échapper, car il n'était pas armé de manière à accepter la lutte avec un navire de guerre; malheureusement le Virginius tenait la mer depuis plus d'un an; le mauvais étal de sa coque avait diminué sa vitesse d'autrefois, et pour comble de malheur, on était à bout de combustible; vainement on jeta la cargaison par-dessus bord pour s'alléger, vainement on entassa dans les fourneaux les boiseries, les caisses défoncées et jusqu'à des barils de lard qui se trouvaient à bord, le Tornado gagnait de vitesse et, après une chasse de huit heures, le Virginius était rejoint au moment où il arrivait en vue de la Jamaïque, où il eut pu se réfugier sous la protection du drapeau britannique. On sait le reste et comment l'équipage du Virginius, conduit à Santiago, paya de sa vie son audace tant de fois heureuse. La gravure que nous publions aujourd'hui montre les deux navires au moment où le Virginius, à bout de forces, amène son pavillon et se met en panne pour recevoir le canot du Tornado.
Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur la sanglante tragédie de Santiago qui a été l'épilogue de ce drame, et nous publierons à ce sujet d'autres dessins que nous avons reçus trop tard pour les faire paraître aujourd'hui.
Inauguration du monument de Champigny
Le 28 novembre un grand courant d'enthousiasme régnait dans la capitale. C'est que quelques jours auparavant, la nouvelle de la victoire remportée sur les Prussiens à Couliniers par l'armée de la Loire, s'y était répandue et que le gouvernement, sous la pression de l'opinion publique, se décidait enfin à faire un effort sérieux en vue de briser le cercle d'investissement et de donner la main à la jeune armée qui s'avançait à notre secours.
En conséquence, une grande sortie était décidée. Trois proclamations aussi retentissantes qu'elles furent vaines, annoncèrent l'événement au public.
On sait comment tout ce beau mouvement avorta. L'armée, qui devait passer la Marne dans la nuit du 28 au 29 novembre, ne put le faire, les ponts se trouvant trop courts! Il fallut attendre vingt-quatre heures. L'ennemi mis en garde par cette inexcusable faute, prit ses mesures en conséquence. Il ramassa ses forces sur le point menacé, et au lieu de le surprendre et de le culbuter, ce fut une grande bataille qu'il fallut lui livrer en avant de Champigny.
Néanmoins le village fut enlevé et l'ennemi obligé de reculer jusqu'au parc de Cœuilly. Mais les morts étaient nombreux. La journée du 1er décembre fut employée de part et d'autre à les ramasser.
Le 2, les Prussiens reprirent l'offensive, refoulant d'abord nos troupes qui finalement regagnèrent toutes leurs positions. Mais, épuisées par ce double et pénible effort de deux jours de bataille, qu'avec un peu de prévoyance on leur eut épargné, elles étaient incapables, pour continuer leur marche, d'en faire un troisième, dans des conditions de difficultés beaucoup plus grandes encore. Dans la nuit du 2 au 3 on leur fit donc repasser la Marne, abandonnant ce plateau de Champigny, deux fois conquis au prix de tant d'efforts stériles et de sang inutilement répandu.
C'est sur ce plateau, au bord de la route de Paris, que s'élève le monument inauguré le 2 de ce mois. M. Vaudremer, architecte de la ville de Paris, en est l'auteur. C'est une pyramide en pierre grise, assise sur un soubassement et portant sur l'un des côtés un bouclier où l'on voit un guerrier blessé s'appuyant sur l'autel de la patrie. Au-dessus, on lit ces mots: Défense de Paris; au-dessous: Bataille de Champigny, 30 novembre, 2 décembre 1870. De l'autre côté de la pyramide est la devise de la ville de Paris: Fluctuat nec mergitur.
ÉVÉNEMENTS DE CUBA.-Capture du Virginius par le Tornado dans les eaux de la Jamaïque.

LE MONUMENT COMMÉMORATIF DE LA BATAILLE DE CHAMPIGNY, INAUGURÉ LE 2 DÉCEMBRE 1873.
