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L'Illustration, No. 1604, 22 novembre 1873

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Mme Carvalho a repris le rôle de l'Ambassadrice qui servit d'éclatant début à la jeune cantatrice. Nous étions alors en 1850; il nous souvient encore de Mlle Miolan, dont le talent s'annonçait si plein de promesses qu'il devait tenir. La voix était bien faible, mais elle avait une légèreté, une sûreté merveilleuses; il fallait une certaine audace à une virtuose de dix-huit ans pour s'attaquer ainsi à cette partition que Mlle Damoreau avait chantée avec une absolue perfection. Tout réussit à la jeunesse; on n'oublia pas Mme Damoreau, mais on adopta Mlle Miolan. Sa voix, aujourd'hui un peu fatiguée, après quelque vingt ans, n'ayant plus la fraîcheur de cette jolie voix de la dix-huitième année, elle laisse tomber parfois quelques perles de ce riche écrin vocal, mais plus maîtresse d'elle, plus sûre de ses effets et arrivant à la maestria. Il fallait ce talent pour sauver cette représentation de l'Ambassadrice. Car il faut bien le dire, ce n'est pas là un des meilleurs ouvrages d'Auber. Et d'abord le poème n'a pas gagné à vieillir; elle est un peu écrite à la diable, cette histoire d'un ambassadeur qui va chercher une chanteuse au cinquième étage pour en faire sa femme. C'est un roman d'artiste et de grand seigneur, bien mince dans le détail et qui ne se rachète pas par le fond. M. Auber lui-même ne l'a guère animé de sa musique que dans quelques morceaux, le reste a été laissé au talent de la cantatrice. Cette indifférence honore Mme Damoreau et Mlle Carvalho, mais je suis convaincu qu'elle nuira plus tard singulièrement à la pièce.

Je ne fais que mentionner ici une reprise de Don Giovanni, au Théâtre-Italien. Si vous en exceptez M. Padilla, excellent dans quelques passages du rôle de don Juan, et Mlle Krauss, une des meilleures dona Anna que nous ayons entendue, vous aurez une des exécutions les plus pauvres du chef-d'œuvre de Mozart. Nous espérons que M. Strakosch, qui nous promet les Ruses de femme, nous consolera par Cimarosa de cette interprétation défectueuse de Mozart.

M. Savigny.

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