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L'ILLUSTRATION JOURNAL UNIVERSEL
31e Année.--VOL. LXII.--Nº 1603 SAMEDI 15 NOVEMBRE 1873

DIRECTION, RÉDACTION, ADMINISTRATION 22, RUE DE VERNEUIL, PARIS. 31e Année.VOL. LXII. N° 1603 SAMEDI 15 NOVEMBRE 1873 SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DÉTAIL 60, RUE DE RICHELIEU, PARIS.
Prix du numéro: 75 centimes La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel, broché, 18 fr.; relié et doré sur tranches, 23 fr. Abonnements Paris et départements: 3 mois, 9 fr.; 6 mois, 18 fr.; un an, 36 fr.; Étranger, le port en sus.
Le Général Changarnier D'après la photographie de M. Mamoury.

SOMMAIRE
TEXTE
Histoire de la semaine. Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand. La Sœur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M. Mayne Reid. Nos gravures: Le général Changarnier: Le duc de Broglie lisant le Message du Président; Incendie de l'Opéra. L'électricité à l'Assemblée nationale. La grotte de Royat: Scènes de la vie irlandaise. Un voyage en Espagne pendant l'insurrection (III). Les Théâtres, par M. Savigny. Bulletin bibliographique, par M. Jules Claretie. Exposition de Vienne: vitrine du docteur Pierre, 8. place de l'Opéra, Paris.
GRAVURES
Le général Changarnier. L'ouverture de la session parlementaire: M. le duc de Broglie lisant le Message du Président de la République à la tribune de l'Assemblée nationale. L'incendie de l'Opéra: découverte du cadavre du pompier Bellet dans les décombres, après l'incendie. Le nouvel appareil d'allumage électrique installé au palais de l'Assemblée nationale, à Versailles. Types et physionomies d'Irlande: paysans irlandais se rendant au marché. Le gardeur de porcs. La France pittoresque: la grotte de Royat. La Sœur perdue, par Mayne Reid (4 gravures). La vitrine du docteur Pierre, à l'Exposition universelle de Vienne. Rébus.
HISTOIRE DE LA SEMAINE
FRANCE
Nous sommes en pleine crise, car il semble que chaque réunion de l'Assemblée nationale doive avoir pour effet immédiat de nous faire subir une crise nouvelle. La proposition de prorogation des pouvoirs du maréchal Mac-Mahon, présentée le jour même de la rentrée avait été accueillie, nous l'avons dit la semaine dernière, par une majorité de 14 voix. Or, la commission parlementaire chargée d'examiner cette proposition, nommée, comme on le sait, par les bureaux de l'Assemblée, s'est trouvée, par suite de la répartition des voix dans ces bureaux, être en majorité hostile aux projets du cabinet actuel. Sept membres seulement de cette commission, sur quinze, se sont montrés favorables à cette proposition. Huit s'opposent à son adoption, du moins dans sa teneur actuelle.
Le différend porte toujours sur les lois constitutionnelles, que l'opposition voudrait, comme le demandait M. Dufaure, faire discuter conjointement à la question de prorogation, tandis que le cabinet et la droite désireraient ne les faire venir qu'en second lieu.
Nous n'en finirions pas s'il nous fallait enregistrer toutes les manœuvres de stratégie parlementaire auxquelles a donné lieu cet imbroglio; constatons seulement que, comme la commission est maîtresse de présenter son rapport quand elle le juge convenable, et que l'opposition, qui y prédomine, a intérêt à faire traîner les choses en longueur, la situation serait sans issue sans des concessions importantes venant d'un côté ou de l'autre.
La commission s'est présentée à M. le maréchal de Mac-Mahon et lui a demandé, par l'organe de M. de Rémusat, son président, de trancher les difficultés pendantes par une déclaration en faveur du vote immédiat des lois constitutionnelles; le maréchal a répondu qu'il devait s'en rapporter à ses ministres, à l'Assemblée elle-même, et la commission a dû se retirer sans être guère plus avancée qu'auparavant. En attendant, nous sommes revenus, sauf l'interversion des rôles, à la campagne fameuse de la commission des Trente. Espérons que celle-ci sera moins longue et plus féconde en résultats pratiques.
ALLEMAGNE.
Les élections au Landtag ou Chambre des députés de Prusse, qui ont eu lieu le 2 novembre, ont eu pour résultat de laisser, comme par le passé, une grande majorité au prince de Bismark et au ministère qui représente sa politique. Cependant, la lutte a été très-vive, et cette majorité, tout en restant prépondérante, s'est affaiblie de manière à donner à réfléchir aux hommes politiques allemands, qui n'ont pas craint de froisser les croyances d'une partie notable de la population par des réformes prématurées dans les rapports de l'État avec le clergé. Voici, du reste, comment s'exprime à l'égard de ces élections la Correspondance provinciale, organe officieux du cabinet.
«D'après les communications reçues à ce jour, il ressort,--à l'égard de la lutte qui donnait principalement leur caractère aux nouvelles élections,--que les efforts du parti ultramontain ont réussi à augmenter le nombre des membres de la fraction centre (de 63 à 86), mais non pas néanmoins dans la proportion que les cléricaux pensaient pouvoir espérer. L'accroissement de ce parti s'est fait d'ailleurs aux dépens des fractions les plus rapprochées de lui.
«Le centre de gravité de la Chambre des députés se trouvera indubitablement dans le parti libéral.»
AUTRICHE-HONGRIE.
L'empereur François-Joseph a ouvert en personne, le 5 novembre, la session du nouveau Reichsrath, le premier qui ait été nommé par voie de suffrage direct de tous les électeurs et non plus, comme autrefois, par les dix-sept Diètes.
Jamais aussi assemblée n'a peut-être été aussi complète que celle qui vient de se réunir, les quarante-deux députés tchèques de la Bohème et de la Moravie seulement s'étant abstenus de prendre leurs sièges et persistant dans leur résistance passive au constitutionalisme allemand.
L'opposition n'est pourtant pas désarmée dans cette Chambre, à laquelle vont être soumises des mesures de grande importance. Elle ne pourra pas, en conséquence de l'absence des Tchèques, s'opposer aux réformes constitutionnelles, qui exigent les deux tiers des voix, mais elle sera en situation, dans des circonstances données, de peser sur les délibérations.
Le ministère actuel dispose d'une majorité considérable: 228 voix. On est donc en droit d'attendre qu'il obtiendra sans difficulté et sans troubles l'adoption des mesures annoncées par S. M. François-Joseph. La situation politique et financière de l'empire austro-hongrois ne pourra donc que s'améliorer pendant et après la session qui vient de s'ouvrir.
ESPAGNE.
Nous devrions être habitués aux fausses nouvelles qui nous arrivent d'Espagne presque chaque jour. Cependant la mystification qui a défrayé, cette semaine, les commentaires de la presse européenne pendant deux jours, était de proportions tellement inusitées que nous lui devons au moins une citation. D'après une dépêche arrivée le 9 novembre et datée de l'agence carliste de Bayonne, une grande bataille avait eu lieu entre les carlistes et les troupes du gouvernement; celles-ci avaient été mises en déroute complète, laissant aux mains des carlistes leur général, Moriones, et quatre canons. Deux jours après, on apprenait que la fameuse bataille n'avait pas eu lieu et que, sauf quelques engagements partiels, la situation était toujours à peu près la même au nord de la péninsule.
On annonce de Carthagène que les élections pour le renouvellement de la junte ont eu lieu le 8 novembre. Le pouvoir suprême a été laissé aux intransigeants les plus décidés: le journaliste Roque Barcia, le général Contreras, le député Galvez ainsi que les citoyens Carceles et Lacalle, entre autres révolutionnaires, ont été élus. C'est donc la continuation de la lutte.