BIGARRURES ANECDOTIQUES
Reading edition
LITTERAIRES ET FANTAISISTES
L'ESPRIT DE PARTI.
(Suite.)
LES CANCANS: 1831-1833.
** Le juste-milieu consent à tout, hormis à s'en aller.
** C'est une charge que leur ordre public.
** Nouvelle prière à l'usage des propriétaires: Que Dieu soit loué ainsi que toutes nos boutiques...!
** En 1793, on avait honte de passer pour orléaniste: aujourd'hui encore, on s'avoue franchement républicain ou légitimiste. Mais les gens du juste-milieu ne sont partisans que de la tranquillité publique; tous reculent devant l'épithète d'orléaniste. Preuve de moralité!
** Une requête a été présentée pour que les de Broglie (dont le nom, d'origine piémontaise, est Broglio) prissent désormais le nom d'Imbroglio.
** Il y a trop de perruques dans la Chambre haute, il nous faut maintenant des pairs verts.
** Le gouvernement aliène les forêts de l'État;--nous savons bien de quel bois il se chauffe.
** Les plus incrédules croient toujours à la faim du monde.
** En démasquant partout C... le directeur, Tu crois donc, pauvre sot, lui faire ôter sa place? Au temps où nous vivons, c'est le mettre en faveur: Dis-en beaucoup de bien, si tu veux qu'on le chasse!
** On désarme à force.--Qui donc? La garde nationale.
** Le juste-milieu a donné l'ordre de faire arrêter toute la France comme suspecte.
** Le baume que le juste-milieu promettait de verser sur la plaie des ouvriers lyonnais était du baume d'acier.
** M. Persil commence toutes ses lettres par ces mots: «Je saisis avec empressement...»
** Les républicains n'en veulent plus, les bonapartistes en veulent un autre, les royalistes n'en voudraient jamais...
Resté seul contre trois, que voudriez-vous qu'il fit?--Qu'il mourut.
** La France a beau rouler dans l'abîme; il y a toujours quelqu'un qui dit: fouette cocher.
** Pourquoi diable aussi n'avez-vous pas récusé les plus mauvais jurés?--Eh! mon ami, il aurait fallu les récuser tous.
** Le juste-milieu ayant résolu de faire quelque chose de nouveau, ne fit pas de bêtises.
** J'entends tous les jours dire; «la Francs fera ci, la France fera ça»; moi, je suis persuadé que la France ne peut rien faire de son chef.
** Je pose le trône; j'additionne la liste civile; je fais une soustraction de gloire, une multiplication de misère et une division nationale.
SALON DE 1873
Source de poésie
PAR M. GUILLAUME
SALON DE 1873.--Sculpture.--Source de poésie, par M. Guillaume.

Comme on l'écrivait ici la semaine dernière, M. Guillaume est un de ces artistes d'élite à qui la perfection de l'exécution ne ferait jamais oublier la nécessité de la pensée. Pour lui, nymphes et déesses doivent être plus que des créatures aux belles formes; la muse qu'il exposait au Salon sous le titre de Source de poésie en est une preuve nouvelle.
Majestueusement assise, la tête couronnée du laurier sacré, l'œil tourné vers les cimes célestes, elle s'appuie d'une main sur la lyre antique, primitivement faite d'une écaille de tortue, tandis que de l'autre elle tient l'urne sainte d'où découle l'eau castalide, boisson pure des poètes. Une foule de petits génies viennent s'y abreuver; leurs ailes font songer involontairement au mot de Platon: Le poète est chose légère et ailée.
Jamais l'immortelle inspiration du grand et du beau n'a été mieux représentée que par cette muse au regard calme et profond, au visage noble et fier, à l'attitude pleine de dignité. Femme par un je ne sais quoi de doux et d'attachant, elle est déesse par la sérénité de son profil olympien; la passion, avec ses désordres et ses entraînements, n'a jamais pu l'atteindre; elle la domine de toute la hauteur de son rocher, inaccessible aux profanes; seuls, les initiés peuvent s'élever jusqu'à elle, et on sent qu'en s'abreuvant de son onde pure, ils perdront le goût et le souvenir des choses périssables pour ne plus songer qu'aux jouissances éternelles de l'art.
SALON DE 1873
Le président Bonjean
BUSTE EN PLATRE PAR M. SOLLIER
SALON DE 1873.--Buste du président Bonjean, par M. Sollier,

Le nom de M. le président Bonjean, connu et estimé de tous pendant sa vie, est devenu aujourd'hui celui d'un martyr. Personne n'a oublié sa courageuse attitude pendant le siège de Paris et tors des événements qui suivirent; averti du danger qu'il courait en restant dans la capitale abandonnée aux mains d'une révolution sans but, il refusa de fuir, ne pouvant croire que son honorabilité et sa qualité de magistrat étaient des titres suffisants pour le désigner à la vengeance des soldats de la Commune. Arrêté comme otage avec Monseigneur Darboy, enfermé à Mazas et lâchement assassiné au moment de l'entrée des troupes de Versailles dans Paris, il ne cessa d'étonner ses compagnons et ses gardiens eux-mêmes par sa fermeté et sa résignation.
Homme de bien, savant magistrat, citoyen dévoué, sa mort a excité dans la France entière un frémissement d'horreur, et sa mémoire a laissé d'universels regrets. En reproduisant ici son buste, qui figurait à l'Exposition, nous ne faisons que rendre un légitime hommage à ce martyr, victime innocente des brutales férocités de la guerre civile.
M. Sollier l'a représenté avec le manteau d'hermine; sans doute le buste y gagne du caractère, au point de vue officiel; mais il faut bien reconnaître que les épaules, ainsi couvertes, acquièrent une largeur quelque peu exagérée qui gâte les proportions de l'œuvre et en compromet jusqu'à un certain point l'harmonie: la tête paraît trop petite. Nous ne doutons pas que l'artiste n'atténue ce léger défaut, lors de l'exécution en marbre.
RÉBUS
Explication du dernier rébus:
Si tu n'as pas d'esclave, tu n'es l'esclave de personne.
