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L'Illustration, No. 0058, 6 Avril 1844

Questions actuelles.--Réforme des Prisons.

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PROBLÈME A RÉSOUDRE

Une société étant donnée où la fortune et les jouissances qu'elle procure sont le but, le rêve, la religion de la plupart des hommes, où l'éducation morale n'est pas encore le droit de tous, où le travail lui-même n'est pas toujours assuré aux travailleurs, où la vie est une course au clocher dont le prix appartient souvent au plus habile et rarement au plus honnête; en un mot, dans une société qui développe tous les appétits sensuels, le goût du luxe, l'amour de l'oisiveté, et où rien n'est organisé pour assurer aux populations, en échange de leurs travaux, un minimum de bien-être matériel et moral; dans une société semblable, trouver le moyen, non de faire que chaque Tantale ait un fruit pour sa faim et une goutte d'eau pour sa soif, mais que chaque coupable soit emprisonné de façon qu'en rentrant dans le monde il se contente de peu ou de rien, et ne soit plus tenté de porter sa main vers les fruits défendus incessamment offerts à sa convoitise. Telle est, dans toute sa vérité et dépouillée de tout prestige et de tout ornement philanthropique, la question difficile que les nations de l'Amérique et de l'Europe se sont posée depuis un demi-siècle, et qu'elles sont loin encore d'avoir résolue. La difficulté est grande en effet, et d'autant plus grande, qu'on n'ose pas ou qu'on ne peut pas attaquer le mal à sa source, en combattre les causes. Tant qu'il en sera ainsi, on diminuera les effets du mal peut-être, mais on ne le guérira pas, et les sociétés impuissantes se condamneront elles-mêmes à l'un de ces tourments que l'antiquité a symbolisés dans le rocher de Sisyphe ou le tonneau des Danaïdes.

On ne se demande pas sérieusement quelles modifications, quelles réformes il conviendrait de faire subir à l'état social pour qu'il produisît moins de désordres; mais ces désordres étant produits, la société en ayant découvert et saisi les auteurs, on se demande comment on parviendra à moraliser les ennemis de la chose publique et des intérêts privés, à leur inspirer des goûts honnêtes, le respect de la propriété, l'amour du travail, pour je Jour où ils rentreront dans la société.

Hâtons-nous de le dire: tant qu'il sera posé dans ces termes, ce problème sera presque insoluble. Dans un pays où le nombre total des accusés et des prévenus, qui était en 1827 de 65,226 s'est élevé progressivement jusqu'en 1840 au chiffre de 98,336, on ne peut considérer comme le plus puissant remède à cette démoralisation croissante, le mode d'emprisonnement des coupables.

Il faut du reste rendre à nos législateurs cette justice, qu'ils ne se dissimulent ni la gravité du mal, ni l'insuffisance du remède qu'ils proposent. «Ce serait envisager une si grande question d'une manière bien étroite, dit M. de Tocqueville, rapporteur de la commission chargée d'examiner le projet de loi sur les prisons (3), que de prétendre qu'un si considérable accroissement des crimes n'est dû qu'au mauvais état des prisons. La commission n'est pas tombée dans cette erreur. Elle sait que le développement plus ou moins rapide de l'industrie et de la richesse mobilière, les lois pénales, l'état des mœurs et surtout l'affermissement ou la décadence des croyances religieuses, sont les principales causes auxquelles il faut toujours recourir pour expliquer la diminution ou l'augmentation des crimes chez un peuple. Il ne faut donc pas attribuer uniquement, ni même principalement à l'état de nos prisons l'accroissement du nombre des criminels parmi nous.» Cela est évident, cela frappe tous les yeux; et le gouvernement qui constate lui-même, par ses documents et ses relevés officiels, la profondeur du mal, se borne cependant à proposer comme remède, l'amélioration de l'état actuel des prisons qui n'est «ni la cause unique, ni même la cause principale de l'accroissement du nombre des criminels parmi nous.»

Mais alors pourquoi ne pas rechercher cette cause unique et principale? pourquoi ne pas porter votre scalpel là où est le siège de la maladie? Pourquoi? La réponse pourrait être longue et trop vive.

Restons dans les faits. Un fait officiel peut suffire à prouver que quand les masses se passionnent pour quelque grande chose, les natures perverties subissent elles-mêmes cette heureuse influence, et s'abstiennent du mal pour participer au bien.

Le nombre des accusés et prévenus qui, ainsi que nous l'avons dit était en 1827 de 65,220, s'était élevé en 1829 au chiffre de 69,350.

1830 arrive avec ses agitations, ses passions politiques, «année exceptionnelle» dit M. de Tocqueville, «année glorieuse,» ajoutons-nous. Qu'arrive-t-il? Dans ce conflit universel, dans ce bouleversement, dans cette révolution qui ferme les ateliers et jette le peuple sur la place publique, sans doute la propriété va recevoir de plus nombreuses atteintes, les crimes et les délits vont se multiplier? Non; une grande passion enthousiasme ce peuple, il lutte, et ce n'est pas pour ses droits, il n'en a pas; pour ses biens: il est pauvre; mais pour les biens et les droits de la bourgeoisie, et sous l'influence de cette passion généreuse, les mauvais instincts sont comprimés, Paris voit à ses barricades des hommes qu'en d'autres temps la misère eut peut-être poussés en Cour d'assises, et le chiffre de 1820, 69,350, descend en 1830 à celui de 62,544. Dix ans plus tard, en 1840, il s'élevait à 98,336.

Ce fait est significatif, et nous le proposons comme sujet de méditation aux hommes que préoccupe d'une façon absolue la question de la réforme pénitentiaire.

En résumé, nous ne nions pas l'importance de l'amélioration que l'on propose de faire subir à notre système pénitentiaire; elle est certainement, parmi les choses immédiatement possibles, la plus praticable et la plus facile. Mais par cela seul que, suivant l'expression de M. de Tocqueville, l'état des prisons n'est pas la cause unique, ni même la cause principale du désordre profond que signalent les documents officiels, il convenait de rechercher cette cause unique et principale. C'était le plus pressé, c'était ce qui devait attirer toute la sollicitude des hommes d'État; ce n'était pas trop pour cela que de faire un appel à toutes les lumières de la religion et de la science moderne; mais on n'est pas allé au plus pressé, ou est allé au plus facile.

Le problème de la réforme pénitentiaire embrasse les plus grandes réformes sociales. Nous ne nous dissimulons pas l'immense difficulté des moyens que l'on a indiqués jusqu'ici, maison nous accordera que si les gouvernements ne devaient entreprendre que des choses faciles, la science politique ne constituerait plus le plus haut degré de l'enseignement humain, et c'est peut-être parce que depuis longtemps les pouvoirs publics n'osent pas aborder la solution des difficultés sociales, que tant d'hommes médiocres se croient appelés à devenir des hommes d'État.

Nous avons taché d'agrandir la question et de lui restituer sa haute importance sociale; mais il est évident que pour cela, nous avons dû sortir un moment du terrain pratique dans les limites duquel on a restreint la réforme pénitentiaire; du moins nous avons conscience de n'être pas sorti des limites du possible, et ce qui paraît utopie aujourd'hui pourra être réalisé demain par une administration active, intelligente et dévouée.

Hâtons-nous, toutefois, de rentrer dans le mouvement actuel, dans le cercle des améliorations qui sont sur le point d'être adoptées, et étudions la question du point de vue actuellement pratique.

BUT PROPOSÉ.--ÉTAT DES PRISONS.--DIFFÉRENTS SYSTÈMES.

Jusqu'ici l'emprisonnement des criminels avait été, de la part de la société, surtout un acte de vindicte publique; la prison était un enfer avec ses divers degrés de supplice: le cachot, le secret, la gêne, les fers, la paille humide, le défaut de nourriture. Les prisonniers vivant en commun, dans un horrible désordre, se livrant aux plus hideux excès, se corrompaient mutuellement par leur contact, et s'encourageaient aux vices les plus détestables. Chaque prison était une école de crime, de cynisme et d'effronterie, et aujourd'hui encore nos bagnes témoignent de l'état barbare de notre vieux système pénitentiaire. Les nations tendent, depuis longtemps, à effacer de leurs codes et de leur sol ces vestiges honteux de cruauté et de barbarie; mais les améliorations s'opèrent lentement, elles sont l'œuvre des siècles. Il faut le croire, car, en vérité, si les grands problèmes sociaux devaient tous être abordés, comme celui de la réforme pénitentiaire, aussi lentement et aussi indirectement surtout, ce serait à désespérer! de tout progrès, de toute création généreuse et populaire.

Aujourd'hui, la société veut que l'expiation qu'elle inflige ait le double but de châtier et de moraliser; elle veut que la prison cesse d'être un lieu d'orgie, de corruption et de débauche; elle veut en faire, non un lieu de délices, tant s'en faut! mais un asile de silence, de solitude, de travail et de méditation. Cette pensée est belle et grande. Voyons quels sont les moyens de la réaliser.

Deux systèmes, essayés tous deux en Amérique, sont en présence: l'un, connu sous le nom de système d'Auburn, consiste à séparer les prisonniers pendant la nuit, en les enfermant chacun dans une cellule, et à les réunir pendant le jour dans un atelier et pour un travail commun, en leur imposant la loi du silence absolu.

Le second, connu sous le nom de système de Philadelphie, consiste à emprisonner le condamné pendant toute la durée de sa peine dans une cellule, d'où il ne sort ni nuit ni jour, où il n'est jamais un contact avec aucun prisonnier, et où il ne reçoit d'autre visite que celle des gardiens, du directeur, de l'aumônier, de l'instituteur, etc.

Le système d'Auburn, qui compte aujourd'hui vingt-cinq ans d'expérience, en réunissant les prisonniers pendant le jour, a l'avantage de ne pas enfermer l'homme vivant dans un tombeau, de ne pas le priver de la vue de ses semblables. La loi du silence, qui l'empêche de communiquer avec les prisonniers, est un obstacle à la corruption, a contribué à étendre et à maintenir les habitudes de réflexion et d'obéissance. Mais que d'inconvénients!

L'une des causes les plus fréquentes de récidive jusqu'ici pour les réclusionnaires libérés, est la rencontre d'un ancien compagnon d'infortune, qui ébranle les résolutions honnêtes, réveille les mauvais penchants, menace, domine par la crainte d'une révélation, et entraîne au crime l'homme qui était le plus près de s'en éloigner pour toujours. Que d'histoires touchantes ont été racontées à ce sujet! Vous rappelez-vous celle-ci?

Un malheureux jeune homme, sorti de la maison centrale de Clairvaux, où il venait d'expier un coupable entraînement plutôt qu'un crime, arrive à Paris avec quelques économies, et trouve sa vieille mère mourante de misère et de chagrin. Une jeune fille, à qui le prisonnier avait été fiancé avant sa faute, était seule auprès du chevet de la pauvre femme. L'ouvrier prodigue ses soins à sa mère, et dépense son petit pécule; il veut travailler, l'ouvrage manque; un atelier s'ouvre enfin, et, en travaillant rudement pendant tout le jour et une partie de la nuit, le pauvre jeune homme subvient aux besoins du pauvre ménage. L'espoir ranime les forces de la vieille mère; elle revient à la vie, elle bénit son fils et l'ange tutélaire qui l'a soignée. Au premier rayon du bonheur, les doux projets d'union, les beaux rêves d'amour reviennent dans le cœur des jeunes gens; ils vivront pauvres et obscurs; le mariage est arrêté. Un dimanche, en sortant de la mairie du onzième arrondissement, où il était allé faire publier les bans, notre amoureux rencontra un des prisonniers qu'il avait connus à Clairvaux. Il se trouble, il fuit; l'autre suit ses pas, et le rejoint sur le seuil de la porte. Pâle et fondant en larmes, l'ouvrier monte dans sa mansarde; les caresses de son amie, les baisers de sa mère, ne peuvent le rendre à lui-même. Le lendemain il se présente à l'atelier, le maître le repousse brutalement, en lui disant qu'il ne veut pas de voleur chez lui. Plus de travail! La misère arrive plus effrayante que jamais; on veut l'entraîner au crime, il résiste, il résiste sans cesse; n'a-t-il pas deux anges qui veillent sur lui? La mère retombe malade et meurt; l'ouvrier cherche partout de l'ouvrage, partout il est repoussé avec mépris. Fallait-il voler? fallait-il que sa fiancée se prostituât? Un jour ils sortent tous deux, souriant, l'œil animé par la fièvre; ils vont, ils vont... et le lendemain on rapportait à la Morgue leurs deux cadavres étroitement liés ensemble.

Cet écueil de toutes les anciennes prisons se retrouve dans le système d'Auburn. Et puis, quelle cruauté dans cette loi rigoureuse du silence, imposée par la force à des hommes constamment placés les uns auprès des autres! A quelle tentation ces malheureux sont incessamment soumis! Les prisonniers doivent travailler les yeux baissés, et ne correspondre entre eux de quelque manière que ce soit: un geste, un regard, un instant de distraction, sont autant de crimes. Les gardiens, chargés de surveiller les prisonniers et de faire observer la loi sévère de l'établissement, sont armés d'un nerf de bœuf, et la moindre infraction est instantanément punie d'un certain nombre de coups, que le gardien applique suivant sa fantaisie et son humeur, sans qu'il ait besoin d'en référer à une autorité supérieure à la sienne.

On comprend à quels révoltants abus un pareil état de choses doit donner lieu. Les rapports officiels adressés à plusieurs reprises à la législature de New-York, par diverses commissions chargées de constater l'état du pénitencier d'Auburn, sont pleins de faits révoltants. Un condamné, nommé Beeman, fait un signe, il reçoit huit coups de fouet; on acquiert un instant après la conviction que le malheureux n'avait fait un signe que pour avoir un outil dont il avait besoin. Un autre, nommé Clark, parce qu'il ne sortait pas assez tôt de sa cellule, est renversé d'un coup de bâton et foulé aux pieds par le gardien. Une femme enceinte, Rachel Welsh, à la suite d'un châtiment barbare que nous ne pourrions décrire ici, meurt peu de temps après dans les douleurs de l'enfantement; et on appelle cela une réforme pénitentiaire!

Tel est le système d'Auburn. Isolement pendant la nuit, travail en commun pendant le jour, et en silence; répression arbitraire et immédiate de toute infraction par le nerf de bœuf du gardien.

Le système de Philadelphie est plus rationnel; il n'expose pas du moins le condamné à une tentation continuelle. Ce système consiste à renfermer, nuit et jour, le prisonnier dans une cellule solitaire où n'arrive aucun bruit du dehors, où le condamné ignore même si d'autres malheureux vivent sous le même toit que lui, où il ne voit d'autre visage que celui du gardien qui lui apporte du travail, celui de l'inspecteur et de quelques autres personnages officiels. Des ouvertures pratiquées dans la cellule permettent aux regards du gardien d'y pénétrer à chaque instant sans que le prisonnier s'en doute.

Ce système, poussé d'abord jusqu'à ses dernières rigueurs, avait produit des résultats déplorables. La solitude absolue avait engendré la folie et la mort. Aujourd'hui, les modifications apportées au régime de l'emprisonnement individuel ont éloigné d'aussi tristes effets. Le dernier rapport du pénitencier de Philadelphie constate que la santé des détenus s'y établit plutôt qu'elle ne se détériore. Dans la prison de Glasgow, en Écosse; dans celle de la Roquette, à Paris, où emprisonnement individuel est en vigueur, l'état sanitaire est satisfaisant.

C'est donc à ce dernier système que le gouvernement et la commission de la chambre des députés ont donné la préférence.

Le plus important résultat de l'emprisonnement cellulaire, sans contredit, sera d'éviter la corruption morale que les condamnés se communiquaient entre eux comme une gangrène et d'empêcher toutes les relations criminelles que le contact mutuel engendrait. Mais de deux choses l'une: ou le condamné s'amendera et deviendra un citoyen honnête et actif quand vous le rendrez à la société, et pour cela il faudra que votre sollicitude veille sur lui, que vous lui assuriez du travail, toutes choses que vous ne faites pas pour l'ouvrier honnête, et qui, si vous les eussiez faites plus tôt pour le criminel, eussent peut-être empêché défaillir; ou il ne s'amendera pas, et la mort, lui paraissant préférable au supplice de l'isolement, de voleur il deviendra assassin. Alors peut-être la société se sera obligée d'abolir la peine de mort, mais la cause principale de l'accroissement des crimes n'en subsistera pas moins, et c'est là qu'il faudra inévitablement remonter un jour, car c'est là qu'est la vraie réforme pénitentiaire.

PROJET DE LOI SUR LES PRISONS.

Le projet de loi nous promet une amélioration impatiemment attendue par l'opinion publique: les bagnes seront supprimés. Les frais de construction et d'appropriation pour 17,000 cellules nécessaires au service du nouveau régime pénitentiaire, s'élèveront à la somme énorme de 69,223,430 fr., c'est-à-dire qu'en moyenne la cellule de chaque prisonnier coûtera 2,750 fr. Qu'on se demande combien d'entre eux, combien de pères de famille, avec le dixième de cette somme, eussent pu être arrachés au crime et devenir de bons citoyens! Sans doute, avec ces 69 millions, vous ferez une bonne œuvre, nous l'espérons mais, encore une fois pourquoi, puisque vous reconnaissez vous-même que vous n'attaquez ainsi ni la cause unique, ni la cause principale du mal, pourquoi hésitez-vous, quand il s'agit d'employer les fonds de ceux des départements et des communes, à des créations qui auraient pour objet de remonter à cette cause, et de porter au désordre que vous signalez vous-même un remède efficace? Chaque commune de France n'a pas encore un desservant et son instituteur, et partout ces fonctionnaires éminemment utiles sont si faiblement rétribués qu'ils ont peine à vivre. Les salles d'asile, les ouvroirs, sont un luxe des grandes villes; les hôpitaux ne suffisent pas à contenir nos malades indigents, vous n'avez pas une école professionnelle pour les enfants du peuple! Avez donc le cœur de demander aux pouvoirs publics quelques millions aussi pour commencer cette réforme positive, charitable, vraiment chrétienne, en même temps que vous demandez 69 millions pour une réforme négative et douteuse, et vous aurez fait vraiment alors œuvre de philanthropie et de bonne politique.

Entre autres améliorations introduites par le projet de loi, nos signalerons celle-ci; la surveillance immédiate des prisons ou quartiers affectés aux femmes, sera exercée par des personnes de leur sexe. Les prisons seront divisées en trois catégories: maisons de travaux forcés, maisons de réclusion, maisons d'emprisonnement. Un ministre appartenant à l'un les cultes non catholiques sera attaché au service de la maison lorsque les besoins l'exigeront. Deux heures au moins par jour seront réservées aux condamnés pour l'école, les visites et la lecture de livres, dont une commission de surveillance déterminera le choix. Les condamnés âgés de soixante-dix ans et ceux qui auront subi pendant douze ans la peine le l'emprisonnement cellulaire, continueront à être séparés pendant la nuit, mais ils travailleront en commun et en silence pendant le jour. La bastonnade, en vigueur encore dans nos bagnes, sera supprimée; les punitions que le préposé en chef de chaque prison pourra infliger sont celles-ci: la cellule obscure, la privation du travail, la mise au pain et à l'eau, une retenue sur la part qui aurait été allouée au condamné sur ses travaux.

Il y a, dans ce projet de loi, un mélange des deux systèmes sur la valeur duquel il est impossible de se prononcer; l'expérience seule pourra démontrer ses avantages et ses inconvénients. Mais s'il est vrai que le plus grave reproche adressé au système d'Auburn soit le contact des condamnés et la funeste influence qu'ils pourront exercer l'un sur l'autre en rentrant dans le monde, pourquoi y exposer précisément les plus grands coupables? Si la loi du silence est si difficile à faire observer, même à l'aide des répressions immédiates et corporelles, sur quels moyens compte-t-on pour y soumettre des hommes, chez lesquels la tentation de parler, la curiosité seront d'autant plus éveillées, que leur séquestration aura été plus longue?

Mais ne faisons pas de probabilités, elles sont inutiles. Le projet de loi adopte un système d'emprisonnement tellement rigoureux, qu'il faut y renoncer après douze ans de pratique. Pour appliquer ce système, une somme immense est demandée. Nous ne voulons pas rechercher si, en éveillant chez les prisonniers les sentiments de l'honneur et du devoir; si, en distribuant des médailles de bonne conduite, comme le faisait M. Marquet-Vapelot quand il dirigeait la prison centrale de Loos; si, en passionnant les condamnés pour le devoir, comme le fit M Elam-Lynds, directeur du pénitencier d'Auburn, qui fait bâtir, sur les bords de l'Hudson, la vaste prison de Sing-Sing par les prisonniers eux-mêmes, qui devaient y être renfermes; si, par un système de sociabilité enfin, plutôt que par un système contraire, il eût été possible de moraliser les criminels; ce serait là, en tout cas, une chose fort difficile, et on ne se soucie guère d'aborder de pareilles difficultés. Mais le système du gouvernement et de la commission une fois adopté, nous demandons si l'heure n'est pas venue de commencer en même temps la réforme pénitentiaire par les améliorations sociales, et si après s'être occupé, tant bien que mal, de l'homme qui a failli, il ne faut pas s'occuper enfin de celui qui est sur le point de faillir, il est beau sans doute de s'efforcer de faire du criminel un honnête homme, mais il serait mieux encore d'empêcher l'homme encore honnête de devenir criminel.

Notes in this chapter

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