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L'Illustration, No. 0020, 15 Juillet 1843

Fêtes des Environs de Paris

Reading edition

(Suite.--Voir pag. 263.)

LE BAL DES SCEAUX.

Un spirituel dessinateur vous l'a dit il y a trois semaines avec ce prestigieux crayon que vous savez: Tout le monde court cette année danser au bal des Sceaux. Rien de plus vrai, et la réclame n'a de fantastique que le croquis où vous avez vu de jeunes seaux de si bonne mine faire vis-à-vis à de non moins pimpantes cruches. Le tout soit dit sans allusion à l'élégante clientèle qui, chaque jeudi et chaque dimanche, remplit la vaste et belle rotonde que, sérieusement peignant cette fois, l'Illustration vous représente.

La conclusion de cet exorde est que la vérité, si rare, nous dit-on, se glisse partout au contraire, et qu'à l'avenir on pourra, modifiant le proverbe connu, s'écrier: In rébus veritas!

La réputation du bal de Sceaux ne date pas d'hier. Son origine se perd, non pas précisément dans la nuit des temps, mais dans les nuages qu'amoncela, il y a cinquante ans, sur nos têtes la tourmente révolutionnaire. Ainsi, le bal de Sceaux eut le même berceau que la liberté nationale. Quel titre de sympathie aux yeux de tout ce qui porte un coeur français! Il faudrait vraiment ne posséder ni jarret ni patriotisme pour se refuser la douceur d'une contredanse égalitaire autour d'un excellent orchestre, emblème de l'harmonie et du parfait accord qu'a ramenés entre les citoyens la chute de la tyrannie. Quelques mois sur la fondation de cette fête où le civisme le dispute à la chorégraphie seront, nous l'espérons du moins, bien accueillis de nos lecteurs.

Planté sur les dessins de Le Nôtre et par l'ordre du grand Colbert, le parc de Sceaux faisait partie du fameux domaine de ce nom, apanage des princes de la famille royale. Au dix-huitième siècle, il appartenait à madame la duchesse du Maine, qui maintes fois, en parcourut les splendides charmilles et les sentiers fleuris, en compagnie de Volt aire, d'Helvétius, du baron d'Holbach, de Grimm, de Diderot, en un mot de tous les beaux esprits de l'école philosophique dont cette princesse préférait,--voyez un peu l'étrange goût!--l'entretien à celui des muguets et des roués de l'Oeil-de-Boeuf. Une vacherie-modèle établie dans le parc par madame du Maine qui, nouvelle de La Sablière, aimait d'une égale affection les bêtes et les gens d'esprit, avait fait donner à ce beau jardin le nom de Ménagerie, qu'il a porté depuis cette époque et conserve encore aujourd'hui.

Devenu propriété nationale en 1793, le parc de Sceaux fut vendu en l'an VII et allait être impitoyablement défriché, puis semé de blé et de luzerne, lorsqu'un certain nombre d'habitants de la commune formèrent une société par actions dont le but était d'acquérir cette promenade et d'en offrir gratuitement la jouissance il leurs concitoyens. Cette louable pensée reçut aussitôt son exécution, et la nouvelle destination fraternellement donnée au parc seigneurial fut attestée par le quatrain patriotique ci-après, gravé au-dessus de la grille:

De l'amour du pays Ce jardin est le gage: Quelques-uns l'ont acquis; Tous en auront l'usage.

Trouvez-moi quatre vers qui puissent, comme ceux-ci, délier hardiment toute critique et se passer de poésie pour plaire! Je pose en fait qu'il n'est pas un seul lecteur de ce quatrain qui ne l'ait trouvé admirable.

Un bal fut établi dans la promenade civique sous une vaste tente que bientôt remplaça la rotonde où les danses ont lieu aujourd'hui encore, et que représente notre gravure.

Les fondateurs de la société à laquelle nous devons le bal de Sceaux ne voulurent pas que les actions de l'entreprise fussent exposées à tomber en des mains étrangères au pays, et qui des lois ne seraient point intéressées au maintien de l'oeuvre commune. C'est pourquoi il fut décidé, par les statuts de la fondation, que les actions resteraient annexées aux propriétés possédées par les actionnaires primitifs. Ainsi, nul ne peut acquérir l'une de ces propriétés sans devenir par le fait même actionnaire du bal de Sceaux. Grâce à cette disposition tutélaire, la société s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans des conditions locales qui seules pouvaient en assurer l'existence et la prospérité.

L'héritier d'un beau nom militaire, M. le duc de Trévise, a entrepris de son côté de rendre toute son ancienne splendeur à une partie de l'ancien parc qui avait été mis en culture au moment de sa première vente, et il poursuit l'accomplissement de cette tâche avec une persévérance et une ferveur artistique bien dignes d'éloge par ce temps de vandalisme réfléchi et de spéculation étroite qui semble avoir pris pour devise: «Mort aux châteaux et aux ombrages!» Grâce au ciel, le moellon, ce dieu de notre époque, ne triomphe pas sur toute la ligne; il reste encore ça et là quelques coins de terre privilégiée ou les arbres séculaires et les ombreuses futaies peuvent lever fièrement la tête et épanouir leurs vertes feuilles sans redouter la cognée du sapeur du génie ou de l'avide défricheur. Sceaux est une de ces rares oasis; non-seulement il a pour lui son parc, mais de toutes parts des sites ravissants l'environnement. C'est Verrières avec sa majestueuse forêt percée de vastes avenues que sillonne, chaque beau jour d'été, une fastueuse procession d'équipages aristocratiques; c'est Aulnay avec sa vallée mystérieuse et ses secrets sentiers chers aux amants et aux poètes; Aulnay, où tant de délicieux ermitages s'entrevoient dans le clair-obscur d'un épais dôme de feuillage, où s'inspira Chateaubriand, alors que, dans le recueillement d'une de ces ravissantes retraites, il traça les lignée sublimes du Génie du Christianisme. Plus loin, c'est Châtenay, où naquit le chantre de la Henriade, O Banlieue! enorgueillis-toi d'avoir donné le jour à un tel fils! Je ne sais en vérité pourquoi on le traite de prosaïque, car on ne peut faire un seul pas dans tes méandres verdoyants sans y retrouver le souvenir ou la trace encore vivante des plus nobles penseurs, des plus brillants esprits dont s'honorent la France et le monde.

Mais je m'aperçois que l'enthousiasme est tout près de nous égarer: allons danser au bal de Sceaux. Depuis quelques années l'immense vogue qu'avait obtenu ce bal dès sa fondation, et qui n'avait fait que grandir jusques et y compris la fin de la Restauration, s'était ralentie sans que l'on pût assigner à cet injuste délaissement d'autre cause que l'inconstance de ce public ingrat et volage, si difficile à attirer, mais à fixer, bien plus encore. L'administration actuelle du bal a entrepris de le ramener à l'objet de son ancien culte, et nous devons convenir que le succès a pleinement justifié son attente. Il est vrai de dire qu'elle y a pris peine: magnifique restauration de la rotonde entièrement décorée à neuf, orchestre parfait, éclairage a giorno, brillantes illuminations, feux d'artifice, jeux de toute espèce, rien n'a été épargné dans l'espoir de faire reprendre au fugitif le chemin du parc de Sceaux; aussi s'est-il exécuté de la meilleure grâce du monde, tout satrape blasé qu'il est, et deux fois par semaine, il consent à jouir (voyez un peu le bel effort!) du triple charme de la campagne, de la musique et de la danse, sans parler d'une foule de menus agréments, et tout cela, pour un prix, d'une modicité véritablement fabuleuse, On se laisserait tenter à moins!

Entrée du Bal de Sceaux.

Illustration from L'Illustration, No. 0020, 15 Juillet 1843

Le nombre et la rapidité des moyens de transport ne contribuent sans doute pas peu à cette renaissance de l'antique prospérité du bal de Sceaux. Autrefois, quand on voulait se donner le plaisir de cette dansante solennité, il fallait se hisser dans le coucou classique, et essuyer, outre les cahots et l'incommodité du véhicule, l'inévitable plaisanterie du conducteur de ce char antédiluvien qui, avant de se décider à fouetter son unique et poussive haridelle, s'égosillait une heure durant à crier: «Encore un pour Sceaux!--ou deux,--ou trois.»--(Le nombre ne fait rien à la chose.) Il est bon d'ajouter que chaque pour Sceaux happé était exposé à subir une désagréable métempsycose en passant aussitôt à l'état de lapin sur le siège de l'automédon. Aujourd'hui, plus rien de semblable: quatre services de messageries se disputent l'honneur et le profit de vous conduire en un clin d'oeil au terme de ce voyage, ou, pour mieux dire, de cette promenade champêtre. Un entrain et une gaieté sans licence animent les jolies fêtes de Sceaux. Mais si trop de liberté en est proscrit, l'égalité y règne toujours. Fidèle à son origine populaire et patriotique, le bal admet toutes les classes, tous les rangs, toutes les parures: la merveilleuse y coudoie la villageoise, et le frac de Roolf ne dédaigne pas d'y offrir la main pour le quadrille au simple fichu de percale. Toutes les danseuses sont égale devant l'archet du chef d'orchestre, et ce n'est certes pas l'un des moindres attraits de la réunion que l'aspect de nos petites-maîtresses confondues avec les fraîches jeunes filles de Châtenay, de Bourg-la-Reine, de Fontenay-aux-Roses, uniformément vêtues de blanc et parées d'écharpes multicolores, indiquant le village auquel appartient chacune d'elle. C'est un coup d'oeil semi-citadin, semi-agreste, qui donne au bal un piquant tout particulier: on dirait du Lignen courant dans un coin du parc de Versailles. Cet hommage, ce droit de bourgeoisie accordé à la vie champêtre doivent faire tressaillir d'une douce joie les mânes du chantre d'Estelle et de Galatée, de ce bon Florian, qui repose à quelques pas de là, dans le cimetière de la ville.

Le Bal de Sceaux.

Illustration from L'Illustration, No. 0020, 15 Juillet 1843

On nous annonce qu'une grande fête se prépare dans le parc de Sceaux. Il ne s'agit de rien moins, nous dit-on, que d'une Nuit Vénitienne travestie, donnée, à la demande de l'élite de la population, au profit des pauvres victimes du tremblement de terre de la Guadeloupe. Nous ne pouvons qu'applaudir à cette heureuse pensée qui satisfera tout le monde, et nous promettons, pour le jour où elle se réalisera, une ample colonie parisienne à la belle rotonde et aux frais ombrages de Sceaux.

Fête communale de Douai.

Allons, veux-tu venir, compère, A la procension de Douai? Al est si joulie et si guaye, Que de Valencienne et Tournay, De Lisle, d'Orchie et d'Arras, Les plus pressés vien'nt à grans pas.

Telle était la chanson que, le dimanche 9 juillet, entonnaient sur les routes de la Flandre des choeurs de paysans et d'ouvriers, il en venait de tous les pays circonvoisins, d'Anzin, de Roubaix, de Béthune, de Bouchain, de Pont-à-Marcq, de Cambray, voire même de Courtrai, de Menin et de Mons, et la ville de Douai était le rendez-vous de cette multitude. Ladite ville s'était coquettement parée; les maisons, qu'on lave d'ordinaire tous les samedis, avaient subi des ablutions supplémentaires; les habitants avaient la physionomie radieuse; la foule ondulait dans les rues; la bière ruisselait dans les tavernes; la place du Barlet était diaprée de bimbelotiers et d'acrobates; la Bibliothèque, les Galeries de tableaux, d'archéologie, d'anatomie et d'histoire naturelle étaient ouvertes au public, qui, à vrai dire, ne profitait guère de cette faveur municipale. Dès sept heures du matin, la grosse cloche du beffroi tintait, et le carillon, mis en jeu par des mains habiles, substituait des airs variés à son éternel suoni la tromba. Et pourquoi ce dérangement, cette agitation inusitée, ces émigrations, ce bruit de cloches et de voix? Quel aimant irrésistible entraînait Flamands et Belges vers la cité douaisienne? Le désir de contempler cinq énormes mannequins d'osier.

Douai, comme toutes les villes du Nord, a sa fête communale, appelée dacace ou kermesse en dialecte du pays; dacace par abréviation de dédicace, kermesse de kerk mess (foire d'église); mais elle a de plus une spécialité importante, un divertissement exceptionnel, assez curieux pour être raconté à nos lecteurs des quatre-vingt-six départements. Tous les ans, le premier dimanche qui suit le 6 juillet, une figure colossale, connue sous le nom deGayant, sort à onze heures du jardin du Musée, où on lui a construit une remise. Gayant, haut de vingt-deux pieds, coiffé d'un casque à blancs panaches, est soutenu par des porteurs cachés, dans ses flancs. Sa femme, Marie Caqenon, moins grande de deux pieds seulement, l'accompagne, habillée en dame de la cour de Marguerite de Valois. M. Jacquot, le fils aîné, d'une taille de douze pieds, porte fièrement une toque de velours, un manteau espagnol et un pourpoint à crevés. Mademoiselle Filion, la cadette, de dix pieds de hauteur, reproduit la toilette et les grâces maternelles. Le ptiot Binbin, enfant d'environ huit pieds, le plus jeune rejeton de la famille, a la tête garnie d'un bourrelet, et tient à la main des hochets. Derrière ces cinq grandes poupées roule un char à la cime duquel est posée la Fortune, dans l'exercice de ses fonctions distributives. Sur le plateau circulaire de ce véhicule, sont rangés un seigneur espagnol, une dame, un soldat suisse, un financier, un paysan avec une poule à la main, et un procureur, dont la poche gauche est bourrée de contrats. Le plateau tourne à l'aide d'une lanterne fixée à l'une des roues, de sorte que les six types d'états occupent alternativement l'extrémité supérieure ou inférieure du plan incliné. La chanson de Gayant, dont nous avons cité le premier couplet, nous explique ce balancement symbolique:

Te vera chelle biet reu de furteune, Queurir et marquier à grans pas; Ché pour le dir' qué tout l'mond' va Et tantôt haut et tantôt bas. Argentier, avocat, paysan, Chacun ju son rôle en courant.

Autour de cortége, les jambes passées dans la carcasse d'un cheval d'osier, galope le maître des cérémonies, le sot de l'ex-corporation des canonniers, appelé Carrocher, du nom du titulaire actuel. Ses vêtements sont ceux des fous en titre d'office. Il court à travers les masses compactes, menace de sa marotte ceux qui ne livrent point passage à la procession, et reçoit des dons volontaires au bénéfice des porteurs. A ce spectacle le peuple bat des mains; c'est toujours avec un nouveau plaisir que les Douaisiens, revoient leur cher Gayant; ils éprouvent pour lui une tendresse inimaginable; la joie que leur cause sa présence va jusqu'à l'attendrissement; la marche de Gayant et leur Ranz, leur Marseillaise locale; l'attente de Gayant les tient en éveil, la présence de Gayant les électrise, le souvenir de Gayant les poursuit. On vit, le 10 juin 1743, une compagnie d'artilleurs douaisiens, campée devant Tournai, déserter tout entière avec armes et bagages. Grande fut l'alarme: le prévôt voulait mettre la maréchaussée en campagne; mais le capitaine. M. de Breande lui dit: «Soyez tranquille, j'sais où ils sont allés; il faut qu'ils voient danser leur grand-père Gayant; mais vous les reverrez, après la kermesse. Et quelque, jours plus tard, la compagnie rentrait au camp, ramenant de Douai bon nombre de nouvelles recrues.

Promenade de Gayant, le géant de Douai, le 9 juillet.

Illustration from L'Illustration, No. 0020, 15 Juillet 1843

Toutefois de ce Gayant si aimé, si fêté, si applaudi, nul ne connaît la généalogie. Suivant les uns, c'est la personnification d'un seigneur qui, vers 881, aida le comte Baudouin II à repousser les Normands. Au dire des autres, c'est un certain Jehan Gelon, seigneur de Cantin, qui chassa les Barbares au neuvième siècle. J. B Gramaye, autour des Antiquitates Flandriae (1688, in-8.), dit que la tour du Vieux-Tudor, partie encore subsistante de l'ancien château de Douai, fut jadis habitée par des géants, mais il ne signale aucune corrélation entre eux et notre héros. D'après une autre version, Gayant aurait pris naissance dans une procession instituée en l'honneur de Dieu, de toute la cour célestiale, et de monsieur saint Maurant, pour rappeler la défaite des Français assiégeants, le 16 juin 1119. Ce qui peut confirmer cette opinion, c'est que Gayant parut annuellement le 16 juin jusqu'en 1770. M. de Conzié, évêque d'Arras, suspendit alors la procession, sous prétexte du jubilé. Son mandement causa presque une émeute; le peuple, attroupé sous les fenêtres de l'intendant de Flandre, cria: «Rendez-nous Gayant! rendez-nous notre père!» Les échevins s'assemblèrent pour protester; des commissaires délégués en appelèrent au Parlement; mais des lettres closes du 6 juin 1771 donnant raison à l'évêque, abolirent la cérémonie du 16 juin, et instituèrent une autre procession générale en commémoration de la prise de Douai par Louis XIV, le 6 juillet 1667. Attaqué par les puissances spirituelles et temporelles, Gayant se tint prudemment muchié pendant six ans, il reparut en 1779, et l'on trouve dans le registre des dépenses de cette année: «A David, menuisier, pour bois et façon employés à la réparation des figures de Gayant et de sa famille: 65 florins 13 pastards.»

La Flandre au Moyen-Age, comptait les géants par douzaine. On avait à Lille Lyderic, Phinart et les quatre fils d'Aymon sur le cheval Bayard; à Anvers, Druou-Antigon; à Louvain, Hercule et sa femme Megera; à Bruxelles, Ommegan et sa famille; à Hazebrouck, le comte de la Mi-Carême; à Cassel, Reusen et son binbin; à Malines, le grand-père des géants et ses enfants; à Ath, le géant Goliath; à Hassell, Lange-Man; à Dunkerque, Reusen, sa femme et Cupido, leur fils, armé de pied en cap et portant un binbin dans sa poche. Quelques-uns de ces éminents personnages ont tenté de reparaître dans des cérémonies récentes; mais le Gayant de Douai est demeuré le plus grand par la stature et la renommée. Il est fâcheux qu'on manque de documents pour déterminer l'origine d'un colosse aussi intéressant, et qu'on n'ait point de traces de son existence antérieure au dix-septième siècle. On lit dans un compte du 20 juin 1665: «A cinq hommes ayant porté le géant, payé à chacun 30 pastards.--A ceulx ayant porté la géante: 30 pastards.--A Marie-Jenne Paul, pour avoir faict la perruque de la géante, raccommodé celle du géant et saint Michel, payé pour réduction: 17 florins.» Il appert de la même pièce, dont on conserve l'original aux archives de Douai, que Gayant se montrait pour la première fois en compagnie d'une épouse: «Aux Pères Dominicains, pour avoir moutlé la teste de la géante, construit ses mains, son collier, sa rose de diamant et diverses aultres pieches d'ornement: 40 florins.--A Antoine Denher, foureur, pour vingt et une cordes de perles appliquez, à la coiffure de la géante: 63 pastards.--A Guillaume Gourbé, mandelier, pour la façon et livreson d'osier pour la géante: 31 florins,» Après avoir marié Gayant, le corps municipal trouva tout simple de lui donner des enfants, et M. Jacquot, mademoiselle Filion et Binbin sortirent tout armés de son cerveau. L'acte de naissance du ptiot est ainsi dressé dans un compte de 1703: «A Wagon, pour avoir abilié le petit enfant géan: 1 florin, 4 past.» Le même compte mentionne la roue de fortune, symbole emprunté à la corporation des charrons et tonneliers. La famille briarienne a fait, cette année, son excursion avec la pompe accoutumée. Les fêtes, commencées le 9 juillet, se sont prolongées jusqu'au 13. De nombreux amateurs se sont disputé, avec une adresse rivale, les prix du tir à l'oiseau, du jeu d'arc au berceau, de l'arbalète, du tir à la fléchette, du jeu de balle, de la cible chinoise et de la cible horizontale. Le 2, un bal splendide a rassemblé, dans la grand salle de l'hôtel-de-ville, l'élite des Douaisiens, pendant d'autres danseurs s'évertuaient au Jardin Royal et sous les peuplier de Chambord. Une exposition publique de plantes en fleurs, faite dans les bâtiments de la Société d'Agriculture, Science et Arts, a montré que l'horticulture était plus que jamais en honneur dans le Nord, terre classique des fous tulipiers. La musique, cet art cher des Flamands, n'avait pas été omise dans le programme: le dimanche, vers midi, deux, cents membres des Sociétés de musique sacrée et des Amateurs réunie ont exécuté dans la cathédrale de Saint-Pierre une messe de M. Ferdinand Lavainne, musicien Lillois. Dans la journée du 10 la Société philarmonique donné un concert, où MM. Roger et Grard, mademoiselle Lavoye, tous trois du théâtre Favart, ont obtenu des applaudissements bien mérités. Mais ce que les Douaisiens ont admiré le plus après Gayant, ç'a été un monument de bois et de tuile, érige sur la Place-d'Armes, et rappelant à sa partie supérieure l'ancien beffroi incendié en 1171. Sur la base étaient inscrits les noms des Douaisiens morts, à Mons-en-Puèle, en 1301, en combattant contre Philippe-le-Bel On eut pu choisir des héros plus récents et plus Français; néanmoins cette réminicence de gloire indigène a chatouillé l'amour-propre flamand, et les spectateurs ont trépigné d'enthousiasme quand, le 12 juillet, à dix heures et demie du soir, l'édifice, embrasé par des fusées, a fourni la matière d'un feu de joie.

A l'heure où nous écrivons, la famille Gayant est rentrée dans sa remise; les couverts d'argent, marabouts, cuillers, timbales, pistolets et fusils ont été distribués aux vainqueurs des jeux. La ville, l'une des plus mornes de France, est rentrée dans sa torpeur; l'herbe des rues a redressé ses brins un moment inclinés, et le carillon, renonçant aux fioritures, répète à chaque heure la marche des Puritains.

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