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L'Illustration, No. 0006, 8 Avril 1843

DESCRIPTION DE LA MACHINE A VAPEUR AÉRIENNE DE M. HENSON.

Reading edition

(Machine à vapeur aérienne de M. Henson.--Voyez l'explication des renvois sous la deuxième figure.)

Illustration from L'Illustration, No. 0006, 8 Avril 1843

A. Châssis ou ailes--BB. Poteaux d'où partent des chaînes de fer qui soutiennent les divers parties du châssis--C. Pièce longitudinale qui forme la limite extérieure de l'espace réservé pour les roues à vannes.--DD. Les roues à vannes mues par la machine à vapeur.--EE.. La queue tournant à F sur une charnière.--G. Le char contenant la machine à vapeur, la cargaison et les passagers.--II. Le gouvernail.

Illustration from L'Illustration, No. 0006, 8 Avril 1843

(Machine aérienne à vapeur de M. Henson. --Port de Douvres.)

Illustration from L'Illustration, No. 0006, 8 Avril 1843

Construire une machine à vapeur qui puisse se mouvoir dans l'air au gré de son conducteur, et transporter avec elle à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sol des dépêches, des marchandises et des passagers, tel est le problème mécanique que M. Henson s'est proposé de résoudre.--Réussira-t-il? On l'ignore encore, mais les moyens qu'il emploie pour atteindre ce but sont entièrement différents de ceux dont on a essayé de faire usage jusqu'à ce jour, et il est permis d'espérer que quelque succès viendra tôt ou tard récompenser ses efforts.

Que le lecteur se représente un vaste châssis en bois de 50 mètres de longueur et de 10 mètres de largeur, solide quoique léger, recouvert de soie ou de drap, remplissant l'office d'ailes, bien qu'il n'ait ni jointures ni mouvement, et s'avançant dans l'atmosphère, un de ses côtés plus élevé que l'autre. Au milieu du côté inférieur s'attache une queue de 15 à 16 mètres de longueur, construite comme ce châssis; au-dessous de cette queue est un gouvernail.

Enfin, au-dessous du châssis se trouvent suspendues la voiture destinée au transport des marchandises et des voyageurs, et une machine à vapeur aussi puissante qu'elle est petite et légère, qui met en mouvement deux espèces de roues à vannes, semblables à des ailes de moulin à vent, de 7 mètres environ de diamètre et situées sous le châssis.

Une semblable machine, avec son charbon, son eau, sa cargaison et ses passagers, ne pèsera pas plus de 1.500 kilogrammes; or, comme sa superficie est d'environ 1.500 mètres carrés, elle occupe 52 centimètres carrés pour 170 grammes de poids; elle est par conséquent plus légère que beaucoup d'oiseaux.

Cependant, malgré sa légèreté, elle ne pourrait pas se soutenir longtemps sur l'air, elle descendrait peu à peu jusqu'à terre; mais on remarquera, d'une part, qu'elle s'avance au milieu de l'atmosphère, sa partie antérieure! légèrement élevée. Dans cette position, elle présente sa surface inférieure aux couches d'air qu'elle traverse; la résistance que ces couches lui opposent l'empêche de tomber. D'autre part, elle est également soutenue par la rapidité de sa marche.

Mais, dira-t-on, qu'arriverait-il si la vitesse diminuait, et comment obtenir une vitesse suffisante? Toutes les tentatives faites jusqu'à ce jour ont échoué, parce qu'il n'existait aucune machine à la fois assez légère et assez, puissante pour élever son propre poids dans l'air avec la vitesse nécessaire. Cette double difficulté, M. Henson prétend l'avoir vaincue: 1° par l'invention d'une nouvelle machine à vapeur aussi puissante que légère, et 2º par un procédé très-singulier qui demande une explication particulière.

Les divers inventeurs de machines aériennes ont cru jusqu'à ce jour que leur machine devait avoir en elle-même la force nécessaire pour se mettre en mouvement, s'élever et se soutenir dans l'air. M. Henson croit que cette erreur a empêché leurs entreprises de réussir; l'ait seul étant impuissant, il a recours à la nature: sa machine, prête à partir, est lancée dans l'air de l'extrémité supérieure d'un plan incliné. A mesure qu'elle descend, elle acquiert la vitesse qui lui est nécessaire pour qu'elle puisse se soutenir sur l'atmosphère durant le reste de son voyage. La résistance que l'air lui oppose ralentirait peu à peu sa vitesse; la machine à vapeur n'a d'autre but que de réparer constamment cette perte de vitesse. Un oiseau prend-il son vol du haut d'un arbre ou d'un rocher, d'abord il plonge dans l'air pour acquérir une certaine vitesse. Une fois ce mouvement imprimé, il a peu d'efforts à faire pour monter plus haut et augmenter la rapidité de sa course. Avec quelle peine, au contraire, le même oiseau ne s'élève-t-il pas de terre au sommet d'un arbre ou d'un rocher! Ce fait est une conséquence nécessaire d'un axiome mécanique bien connu: une fois en mouvement, un corps continue à se mouvoir, si sa force égale celle des obstacles qu'il rencontre. M. Henson ayant lancé sa machine, lui donne, à l'aide de sa machine à vapeur, une force égale à celle des obstacles qu'elle doit surmonter.

On demandera encore, nous le savons, si la machine à vapeur de M. Henson est suffisante pour obtenir ce résultat.

Cette question en soulève deux autres, à savoir: quelle est la puissance de cette machine, et quels obstacles aura-t-elle à surmonter? Il est plus facile de répondre à la première de ces deux questions qu'à la seconde. La puissance d'une machine à vapeur dépend principalement de la quantité de vapeur que produit le générateur; or, d'après les expériences faites, la machine de M. Henson représentera une force de 20 chevaux. Le générateur et le condensateur sont aussi nouveaux qu'ingénieux: le premier se compose d'une cinquantaine de cônes de cuivre tronqués et renversés, disposés au-dessus et à l'entour de la fournaise; le condensateur est formé d'un certain nombre de petits tuyaux exposés au courant d'air produit par la course de la machine. Enfin le poids total de la machine, avec l'eau nécessaire pour l'entretenir, ne dépasse pas 600 livres.

Quelle résistance cette machine rencontrera-t-elle? Sera-t-elle assez forte pour en triompher? L'expérience qui sera faite prochainement permettra seule de répondre à cette dernière question.

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