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L'esprit dans l'histoire

Note 510 — L

Reading edition

Notice sur madame de Maintenon, en tête des Conversations morales inédites, p. LXVI.—V. dans les extraits du Journal de Dangeau donnés par Voltaire (p. 162-163), les véritables paroles de Louis XIV à la marquise.—Médire de madame de Maintenon est un lieu commun dont tout le monde veut se passer l'envie. Il y a quelques années, un billet de six lignes, où une femme s'offre à vendre pour vingt mille écus, billet dont le titre surchargé porte le nom de madame de Maintenon, fut découvert à l'Arsenal, dans les Manuscrits de Conrart (t. IX, p. 151), et trois ou quatre érudits se hâtèrent de le publier, croyant en avoir la primeur. Il avait été publié depuis quatre ou cinq ans déjà par MM. de Goncourt, et le charme de l'inédit n'existait par conséquent plus pour lui. C'était le seul qu'il pût avoir, car il est outrageusement faux. M. L. Lalanne a pris la peine de le prouver (Correspondance littér., 20 fév. 1859, p. 130), et M. Chéruel s'est donné le même soin (Mémoires sur Fouquet, 1862, in-8º, t. I, p. 448); il suffisait pour s'en convaincre de rapprocher ces six lignes, indécemment indiscrètes, de la vie si continuellement réservée de madame de Maintenon, et de les confronter avec ses autres lettres, avec ses autres écrits, notamment ses Conversations, où, dans un passage, elle parle justement du danger des correspondances, «des cassettes trouvées, etc.» (Conversations morales inédites, publiées par M. de Monmerqué, 1828, in-12, p. 71.)—Dans la Journée des Madrigaux, réimpression d'ailleurs charmante et faite avec soin, l'on a publié, toujours d'après les inépuisables Manuscrits de Conrart, un madrigal adressé par mademoiselle de Maintenon à Villarceaux, avec la réponse de celui-ci, et l'on a voulu y voir une preuve décisive des relations galantes de l'ami de Ninon avec Françoise d'Aubigné. On avait oublié que la veuve Scarron ne s'appela madame (et non pas mademoiselle) de Maintenon (V. sa Lettre à madame de Coulanges), qu'en février 1675, c'est-à-dire lorsqu'elle avait quarante ans, et lorsque Villarceaux en avait cinquante-six, ce qui n'est plus guère l'âge d'envoyer des galants (faveurs) et de courir la bague, choses dont il est question dans le madrigal et dans la réponse. De qui donc alors s'agit-il ici? Du fils de Villarceaux, qui fut tué à Fleurus, en 1690, et de la jeune sœur de Charles-François d'Angennes, marquis de Maintenon, le même qui vendit sa terre et son titre à Françoise d'Aubigné, à la fin de 1674.—Je voudrais bien aussi que, d'après Saint-Simon (édit. Chéruel, in-12, t. VII, p. 43), l'on n'accusât plus madame de Maintenon d'avoir inspiré à Louis XIV l'idée de révoquer l'édit de Nantes. Au mois de mars 1665, c'est-à-dire quatre ans avant que la veuve Scarron eût été attachée à l'éducation des enfants de madame de Montespan, et fût ainsi entrée en relation, même très indirecte, avec le roi, cette révocation était déjà dans les projets de Louis XIV (V. une Lettre de Gui Patin à Spon, 3 mars 1665, et aussi, surtout, les Mémoires inédits de l'abbé Legendre, dans le Magasin de librairie, t. V, p. 115). Voltaire avait sur ce point protesté le premier et très justement. «Pourquoi dites-vous, avait-il écrit à Formey, le 17 janvier 1753, que madame de Maintenon eut beaucoup de part à la révocation de l'édit de Nantes? Elle toléra cette persécution, comme elle toléra celle du cardinal de Noailles, celle de Racine; mais certainement elle n'y eut aucune part, c'est un fait certain. Elle n'osait jamais contredire Louis XIV.»

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