SCENE XVII.
Reading edition
MONDOR, AUGUSTE.
AUGUSTE.
Sérieusement, Monsieur, vous l'aimez éperdument?
MONDOR.
Cela vous étonne?
AUGUSTE.
Au contraire, Monsieur; mais c'est que votre amour…..
MONDOR.
Mon amour?…
AUGUSTE.
C'est que votre amour…..
MONDOR.
Ne s'accorde peut-être pas avec vos désirs secrets? A votre âge, Monsieur, on aime facilement: à votre âge, on est fort aimable; mais à votre âge, on ne se marie pas, ou on a tort.
AUGUSTE.
On se marie bien au vôtre, Monsieur.
MONDOR.
On a peut-être tort aussi: cependant la comparaison n'est pas juste.
AUGUSTE.
Pour ceux qu'elle humilie.
MONSOR, avec une feinte colère.
Monsieur, vous me tenez des propos…..
AUGUSTE, avec fierté.
Vous blessent-ils, Monsieur?
MONDOR, à part.
Il est brave; voyons s'il est délicat. (Haut.) Avant de nous brouiller tout-à-fait, ne serait-il pas prudent de nous entendre, et de nous expliquer?
AUGUSTE.
Soit, Monsieur, expliquons-nous: vous aimez Hortense, et je l'adore; vous l'épousez, et moi……
MONDOR.
Jusqu'ici je ne vois pas de raisons qui puissent me faire renoncer à sa main.
AUGUSTE.
Vous n'en voyez pas, Monsieur?… Moi, j'en vois mille.
MONDOR.
Ah! ah!
AUGUSTE.
Et une seule doit suffire.
MONDOR.
Eh bien! Monsieur, voyons cette raison.
AUGUSTE.
C'est que…. (A part.) Non, elle ne me le pardonnerait jamais.
MONDOR.
Enfin, cette raison?
AUGUSTE.
C'est que…..
MONDOR.
C'est qu'Hortense vous aime, peut-être?
AUGUSTE, vivement.
Je ne dis pas cela.
MONDOR.
Elle a agréé ma recherche, l'instant de notre hymen est fixé; c'est un sentiment de préférence qui la détermine. (Ici Auguste fait un mouvement.) Oui, Monsieur, un sentiment de préférence, ce sont ses propres expressions. Je la crois, parce que je l'estime. Si elle vous eût aimé, peut-être eussé-je sacrifié mon amour.
AUGUSTE, très-vivement.
Vous l'eussiez sacrifié!…. vous l'eussiez sacrifié!…. Ah ! Monsieur.
MONDOR.
Mais Hortense ne vous aime pas, n'est-il pas vrai, elle ne vous aime pas? Prenez garde, Monsieur, qu'un mot hasardé peut nuire à la réputation d'une femme estimable.
AUGUSTE.
Eh! Monsieur, que me demandez-vous? Je vais vous dévoiler mon ame, vous y lirez comme moi. Qu'importe que je sois aimé d'Hortense, que vous importent ses sentimens secrets, puisque vous connaissez sa vertu? Mais, Monsieur, c'est à la dernière extrémité que je vous implore. A votre âge, on surmonte l'amour: au mien, c'est un poison qui brûle, qui dévore. Vous avez toute votre raison, et la mienne n'est qu'à son aurore. Je voudrais vous aimer, je le désire, je le puis; ayez pitié de mes tourmens, ne me forcez pas à vous haïr.
MONDOR.
Monsieur, vous me dites là des choses très-intéressantes, très-vivement senties, mais qui éludent ma question. Répondez net, s'il vous plaît. Si Hortense vous aime, si seulement elle vous a donné lieu de le croire, je vous la cède; elle m'a trompé, et je la méprise. Si au contraire……
AUGUSTE, avec force.
Monsieur, estimez ma cousine, et épousez-la.
MONDOR, à part.
C'est un honnête homme, et je suis content de lui.