Note (return) — ÉPOPÉE PERSANE
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Kourroglou le vit et lui dit: «Tu vas et viens comme si tu étais malade; de quoi as-tu besoin?» Le Turc prit une piastre dans sa poche, et demanda un demi-okha de viande. Kourroglou lui dit de mettre l'argent sur l'étal et d'entrer dans la boutique. Ayant choisi une tranche de la meilleure viande: «Prends-la toute!» lui dit-il. Le Turc, pensant qu'il y avait quelque tricherie là-dessous, ou bien qu'on voulait se moquer de lui, répondit: «Tout ce que j'ai à recevoir, c'est un demi-okha de mouton, et je n'en prendrai pas davantage.» Kourroglou leva sa massue sur lui, et s'écria: «Es-tu sourd ou stupide? Je te dis de prendre tout.» Le Turc dit dans son âme: «Il faut toujours profiter de l'occasion; je vais essayer de prendre tout. S'il ne me dit rien, il aura évidemment perdu le sens; si c'est le contraire, je jetterai la viande par terre, et je me sauverai.» Il entra dans la boutique lentement, et avec timidité prit la viande, la mit sur son épaule, ayant, pendant tout ce temps les yeux fixés sur Kourroglou; ensuite il quitta la boutique et commença à courir, et, tout en fuyant, il regardait souvent derrière lui; mais personne ne le suivait. Il avait toujours quelque appréhension, et il courait aussi fort que la vitesse de ses jambes le lui permettait. Il n'était pas loin de sa maison quand il rencontra quelques amis, qui lui demandèrent la raison de cette hâte. «Oh! puisse votre maison ne tomber jamais en ruine! Un fou est assis dans la boutique d'Ayvaz; pour une piastre, il m'a donné toute une épaule de mouton; quel beau trafic! Il y a encore onze quartiers dans la boutique; allez vite, et il vous les donnera sûrement.» Pendant que Kourroglou vendait ainsi toute la viande d'Ayvaz pour douze piastres, ce dernier arrivait à la maison de son père transporté de joie, et il dit: «Il est venu à notre boutique un berger qui a neuf cents moutons; je l'ai retenu, et nous achèterons son troupeau.» Son père, Mir-Ibrahim, le boucher, se rendit promptement à la boutique, et dès qu'il vit Kourroglou, il lui jeta ses bras autour du cou, et l'accueillit avec de grands embrassements, l'appelant beg, et ami, et frère en même temps. Kourroglou pensa en son coeur: «Je t'entends, coquin, tu veux m'attraper.» Mir-Ibrahim dit: «Beg, votre nom a échappé de ma mémoire; tout ce que je sais, c'est que vous aviez coutume de m'honorer de votre présence quand vous nous ameniez des moutons. Il y a longtemps que nous ne nous sommes vus; mes yeux vous cherchaient et vous désiraient.» Kourroglou pensait dans son coeur: «Fripon! tu achètes le pain du boulanger, et puis tu le lui revends ensuite13.» Et alors il dit: «Mon nom est Roushan.» Il ne disait pas un mensonge, car tel était vraiment son nom. Le boucher sur cela commença à se plaindre: «Comment! nous aviez-vous oublié? et pourquoi être resté si longtemps sans voir votre ami et votre frère?» Kourroglou répondit: «Les moutons que j'avais coutume d'amener ici venaient tous de la Perse; maintenant Kourroglou demeure sur les frontières, à Chamly-Bill. La crainte de ce voleur m'a retenu; mais, grâce à Dieu! Kourroglou étant mort, je te fournirai désormais autant de moutons que tu peux désirer.» Mir-Ibrahim, le boucher, demanda: «Est-il donc vrai que Kourroglou soit mort?—Mort et enterré! J'ai moi-même assisté à ses funérailles.» Le boucher dit: «Dieu soit loué! car vous saurez que notre pacha, ayant entendu parler de ce bandit, a défendu à mon Ayvaz de sortir de la ville, de peur que Kourroglou ne l'enlève et ne le couvre d'infamie. Depuis sept ans, Ayvaz n'est jamais sorti de la forteresse.» Kourroglou disait en lui-même: «Voyez cette sale tête; il m'a enterré vivant, mais je l'aurai bientôt moi-même mis au tombeau; de sorte que chacun se moquera de lui jusqu'à la fin du monde.»