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Kourroglou

Note (return) — ÉPOPÉE PERSANE

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Alors, Kourroglou prit la cuiller et ce mit à l'oeuvre; ses énormes et rudes moustaches gênaient le passage; et le pain lui sortait de la bouche tandis que le lait coulait dans sa poitrine. Kourroglou, en colère, jeta la cuiller, et relevant ses moustaches qui allaient par-delà ses oreilles, il ouvrit une bouche semblable à l'entrée d'une caverne, et, prenant l'écuelle de ses deux mains, il avala le contenu jusqu'à la dernière goutte. Le berger le regardait avec stupeur, si disait en lui-même: Par le saint nom d'Allah! ce ne peut être là un homme, car aucun être humain ne pourrait avaler une telle quantité de nourriture. Encore une fois, je le répète, voyons, au nom d'Allah! ce qui va arriver. S'il s'enfuit maintenant, ce sera la vampire du désert8, ou Satan lui-même; s'il reste, c'est un fils des hommes. On dit que la famine incarnée est arrivée sur la terre; c'est là sûrement la famine, il vient de manger tout le lait de mes brebis; mais au bout d'une heure, il aura faim de nouveau, et alors il me dévorera moi-même.» Kourroglou pensait en lui-même: «Comment vais-je faire pour me rendre à Orfah et voir Ayvaz? Si je me montre sous ce costume, et monté sur ce cheval, mon nom et ma gloire sont trop bien connus en tous pays pour que je ne sois pas découvert. Prenons plutôt les habits du berger, et entrons ainsi dans la ville.» Il dit donc au berger: «Viens là, et faisons l'échange de nos habits» Le berger se mit à rire et lui dit: «Pourquoi me railler ainsi sur ma pauvreté? Le châle seul qui est sur ta tête, ou celui qui entoure tes reins, ou bien encore le poignard qui est passé dedans, seraient chacun suffisant pour racheter mon sang9 et mon troupeau avec. Pourquoi te moquer ainsi de moi?» Cela dit, il cracha dans la paume de ses mains, saisit sa massue, et, la brandissant d'une façon menaçante, il dit à Kourroglou: «Toi, si confiant dans la largeur de tes épaules, regarde aussi la largeur de mon cou.» Kourroglou sourit et lui dit «Berger, je te jure devant Dieu que je ne me ris pas de toi; il y a dans cette ville un marchand qui me doit quinze cents tumans10. Si je parais devant lui sur ce cheval et dans ce costume, il m'échappera. Je suis venu pour une raison importante; faisons vite notre échange. Si je reviens, je te rendrai tes habits et reprendrai les miens; si je ne reviens pas, tu pourras conduire ce cheval au bazar et le vendre. Son prix est de deux mille tumans; profites-en, et ne m'oublie pas dans tes prières. Tu garderas aussi les autres choses qui m'appartiennent.» Le berger dit: «A coup sûr cet homme est fou; je ne puis expliquer autrement tout ce que j'entends. Allons, Beg, déshabille-toi.» Kourroglou détacha sa ceinture et ôta tous ses habits. Le berger en lit autant de son côté, et mit les vêtements de Kourroglou, auquel il donna son manteau de feutre grossier. Kourroglou le jeta sur ses épaules, et ayant mis aussi le bonnet de feutre du berger, il lui dit: «Maintenant donne-moi ta massue;» car il voyait qu'en cas de besoin elle pourrait lui être aussi utile qu'un sabre. La prenant à sa main, il dit: «Berger! ton âme et l'âme de mon cheval.11»

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