SOCIÉTÉ DE 1789.
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La Société de 1789, toujours occupée de son objet principal, qui est de développer les principes d’une constitution libre a célébré d’une manière particulière le retour annuel de l’époque où les représentans du peuple françois se constituèrent en assemblée nationale, et décidèrent ainsi du sort de la France.
Le 17 juin, 200 membres de la Société, réunis dans un repas civique, ont rappelé la mémoire de ce beau jour. MM. Bailly, la Fayette, Sieyes, le Chapelier, avoient au milieu d’eux le général Paoli, ce généreux martyr de la liberté qui avoit été invité au nom de la Société.
Ce n’étoit point une fête de luxe, c’étoit une commémoration patriotique de l’époque de la liberté françoise, l’assemblée nationale elle même en avoit fait une pareille, et son président étoit M. Sieyes. Il présida aussi au dîné de la Société, dont il est membre.
M. Bailly y porta les santés suivantes.
1o. A la constitution de la chambre des communes, le 17 juin, en assemblée nationale, et celui qui en a conçu l’idée.
2o. Celui qui a provoqué l’institution des gardes nationales, et de ceux qui l’ont propagée.
3o. A la grande fédération du 14 juillet.
4o. A tous ceux qui ont voulu la liberté de leur pays et qui ont souffert pour elle.
5o. Hommage aux mânes de Franklyn, compagnon imprimeur, ministre plénipotentiaire en France, et principal fondateur de la liberté américaine.
6o. A ceux qui ont le courage de faire respecter les loix établies par les représentans d’un peuple libre.
7o. A tout ami de l’humanité.
8o. Aux amis de la constitution et de la tranquillité publique.
9o. Aux mesures bienfaisantes qui conduiront à la destruction de la mendicité.
Un membre proposa qu’on fît, sur-le-champ, une contribution pour la délivrance des prisonniers détenus pour mois de nourrice. Une acclamation générale accueillit ce vœu, et on remit entre les mains de M. le maire la somme destinée à cet acte de bienfaisance.
Les prisonniers délivrés seront rendus à leurs familles, dans le sein desquelles ils sont nécessaires, sans être montrés en procession au peuple: les secours à l’humanité doivent être dégagés de tout apareil affligeant pour la sensibilité des infortunés qui les reçoivent.
Les dames de la halle ont demandé à être introduites, et elles ont présenté, avec des bouquets, l’adresse suivante.
Messieurs,
«Dans ce jour qui nous rappelle une des plus belles époques de la nation françoise, permettez à de bonnes citoyennes de vous faire agréer et leurs hommages et leurs respects.
»Quoique nous soyons dans la saison des fleurs, nous n’aurions pu en trouver suffisamment, s’il avoit fallu donner une couronne à tous ceux d’entre vous qui en ont mérité. Nous n’en avons qu’une; nous la placerons sur la tête de M. l’abbé Sieyes, président de l’assemblée nationale, et nous croirons ainsi couronner l’assemblée entière.
»Nous avons, en outre, un bouquet à lui offrir, comme au père de notre constitution.
»Nous en avons un pour notre bon maire, qui, par son génie et son patriotisme, a préparé, a aidé la formation de cette constitution.
»Nous en avons un pour notre bon général, à qui cette constitution doit une nouvelle vie. Sans lui, sans son activité, de belles loix n’auroient pas été exécutées.
»Nous avons un bouquet pour M. de Mirabeau; il parle trop bien, il dit tous les jours de trop belles choses, pour que nous ne soyons pas intimidées quand nous cherchons à faire son éloge.
»Nous en avons un pour M. le Chapellier, qui, sans cesser d’être Breton, est devenu bon Parisien, et a fait souvent des demandes utiles en faveur du bon peuple de Paris.
»Nous en avons un pour M. l’évêque d’Autun, le seul de sa classe qui se soit rappelé que nous étions ses frères, et qui a su sacrifier son intérêt particulier à l’intérêt général.
»Nous en avons un pour ce général étranger, qui ne l’est pas parmi vous; toute sa vie a été un combat pour la liberté, contre le despotisme; et le général Paoli, sous ce rapport, figure bien auprès du général de la Fayette.
»Nous en avons un.... Hélas! non, messieurs, je me trompe, nous n’en avons plus, nos fleurs sont épuisées avant que nous ayons pu vous exprimer les sentimens de nos cœurs.
»Jamais vos noms ne seront oubliés; nous les rappellerons à nos enfans, comme celui de leurs plus grands bienfaiteurs; il ne sortira jamais de notre mémoire le souvenir agréable d’avoir vu réunir dans un même jour, dans un même lieu, à la société de 1789, tous les illustres membres de l’assemblée nationale, à qui nous devons une constitution que nous bénirons tous les jours de notre vie».
Une chanson patriotique a été chantée d’abord dans la grande salle du club, et répétée ensuite à la fenêtre, d’après la demande d’un peuple immense rassemblé dans le Palais-Royal. Cette chanson, pleine de traits saillans et analogues à la circonstance, a eu le plus grand succès.
Air des Dettes. Les traîtres à la nation Craignent la fédération, C’est ce qui les désole; Mais aussi depuis plus d’un an La liberté poursuit son plan, C’est ce qui nous console. L’instant arrive où pour jamais Vont s’éclipser tous leurs projets, C’est ce qui les désole; Et l’homme enfin va pour jamais Rétablir l’homme dans ses droits, C’est ce qui nous console. Il arrive souvent qu’au bois On va deux pour revenir trois, Dit la chanson frivole; Trois ordres s’étoient assemblés, Un sage abbé les a mêlés, C’est ce qui nous console. Quelques-uns regrettent leurs rangs, Leurs croix, leurs titres, leurs rubans, C’est ce qui les désole; Ne brillons plus, il en est tems, Que par les mœurs et les talens, C’est ce qui nous console. Sans doute on fera moins de cas Et des cordons et des crachats, C’est ce qui les désole; Mais les lauriers, mais les épis, Les feuilles de chêne ont leur prix, C’est ce qui nous console. On en a vu qui, tristement, N’ont fait qu’épeler leur serment, C’est ce qui nous désole; On va le faire à haute voix, De bouche et de cœur à la fois, C’est ce qui nous console.
La veille de ce dîner, la Société a arrêté que ceux de ses membres qui pourroient donner des logemens aux députés à la fédération générale, s’inscriroient sur un registre, et que ce registre seroit ensuite envoyé à l’hôtel de la mairie, pour que les districts qui ont tous montré le même zèle, fussent soulagés d’autant. Le concours des citoyens de toutes les parties du royaume sera sûrement plus grand qu’on ne croit; le patriotisme des membres de la société, dans cette occasion, a déjà formé une liste assez considérable de logemens à donner.
Les discussions les plus intéressantes sur les différens objets de la constitution, ont lieu plusieurs fois la semaine dans les assemblées de la société; nous nous proposons d’en donner incessamment le précis à nos lecteurs.