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Ivanhoe (4/4)

Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ. (continued 2)

Albert Montémont translation

«Alors, dit Robin, si votre majesté daigne encore honorer de sa présence un des lieux de rendez-vous de Robin-Hood, la venaison ne manquera pas, non plus que l'ale (la bière), et peut-être bien un vin passable.» Le braconnier se mit en marche, suivi du joyeux monarque, plus content peut-être de cette rencontre fortuite avec Robin-Hood et ses compagnons, qu'il ne l'aurait été dans sa royauté au milieu d'un cercle brillant de pairs et de nobles. Tout ce qui était nouveau en fait de société ou d'aventures faisait le bonheur de Richard Coeur-de-Lion, et il n'était jamais si content que lorsqu'il avait rencontré quelque danger, et qu'il l'avait surmonté. Dans ce roi à coeur de lion se réalisait le caractère brillant, mais dans le fond bon à rien, d'un vrai chevalier de roman; la gloire personnelle qu'il s'acquérait par ses propres faits d'armes était plus précieuse à son imagination exaltée que celle que lui aurait valu dans son gouvernement la politique et la prudence d'un homme d'état: aussi son règne fut-il semblable à un météore éclatant et rapide, qui s'élance tout à coup sur la face des cieux, en y répandant une lumière éblouissante, mais vaine, qui est aussitôt ensevelie dans une nuit profonde. Ses hauts faits de chevalerie fournissaient des sujets aux bardes et aux ménestrels, mais il n'en résultait pour son pays aucun de ces avantages réels, de ceux que l'histoire aime à rapporter et donne pour exemples à la postérité. Dans sa compagnie actuelle, Richard se montrait sous les plus aimables apparences; il était gai, de bonne humeur, et passionné pour le courage dans quelque personne qu'il se rencontrât. Ce fut sous un énorme chêne qu'on prépara à la hâte un repas champêtre pour le roi d'Angleterre. Il était entouré d'hommes que son gouvernement avait proscrits récemment, mais qui composaient pour l'instant sa cour et son escorte: à mesure que le flacon circulait, ces hommes grossiers oubliaient la contrainte que leur avait imposée le présence d'une Majesté; bientôt on en vint aux chansons et aux plaisanteries. Ils racontaient avec emphase l'histoire de leurs entreprises, et tout en se faisant gloire du succès avec lequel ils avaient violé les lois, pas un ne se rappelait qu'il parlait devant celui qui devait les faire respecter. Le roi lui-même, oubliant sa dignité aussi bien que toute la compagnie, riait, plaisantait avec la bande joyeuse25. Le bon sens naturel et grossier de Robin-Hood l'avertit qu'il fallait finir la scène avant que rien n'en eût troublé l'accord, d'autant plus qu'il remarquait sur le front d'Ivanhoe une ombre d'inquiétude. «Nous sommes honorés, dit-il à part au baron, par la présence de notre loyal souverain, mais je ne voudrais pas qu'il abusât de son temps, que les circonstances actuelles rendent si précieux.»

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