Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ. (continued 2)
Albert Montémont translation
«Rébecca, répliqua-t-il, tu ignores combien il est triste pour quelqu'un qui a été nourri dans les principes de la chevalerie de rester inactif comme un prêtre, ou comme une femme, tandis que tout ce qui l'entoure est engagé dans des actions d'éclat. L'amour des combats est l'aliment de notre vie; la poussière qui s'élève du milieu de la mêlée est l'atmosphère que nous aimons à respirer. Nous ne vivons, nous ne désirons de vivre qu'aussi long-temps que nous sommes victorieux et renommés. Telles sont, jeune fille, les lois de la chevalerie que nous avons juré d'observer, et auxquelles nous sacrifions tout ce que nous avons de plus cher.»--«Hélas! dit la belle juive, qu'est-ce autre chose, vaillant chevalier, qu'est-ce autre chose qu'un sacrifice fait au démon de la vaine gloire, qu'une offrande passée par le feu pour être présentée à Moloch17? Et que vous restera-t-il pour prix de tout le sang que vous aurez répandu, de tous les travaux et de toutes les fatigues que vous aurez endurés, de toutes les larmes que vos triomphes auront fait couler, lorsque la mort viendra briser la lance du fort, et aura dépassé la vitesse de son cheval de bataille?»--«Ce qui restera, jeune fille, s'écria Ivanhoe, la gloire, oui la gloire, qui dore le tombeau qui renferme notre dépouille mortelle, et qui embaume ce qui survit à ces débris, la renommée.»--«La gloire! continua Rébecca; hélas! la cotte de mailles à demi-rongée de rouille, qui est suspendue comme un trophée au dessus du tombeau noirci par le temps et tombant en ruine; l'inscription presque effacée, et que le moine ignorant peut à peine lire au pèlerin dont elle excite la curiosité, regardez-vous tout cela comme une récompense suffisante pour le sacrifice des plus douces affections, pour une vie passée misérablement à rendre les autres misérables? ou bien, trouvez-vous, dans les vers grossiers d'un barde errant, un charme tel qu'il vous faille inconsidérément échanger l'amour de tout ce que la nature a dû vous rendre cher, les sentimens les plus doux, la paix et le bonheur, au plaisir de devenir le héros de ces ballades que des ménestrels vagabonds viennent le soir chanter aux oreilles d'un rustaud à moitié ivre?»