Note (retour) — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Albert Montémont translation
Je dois donc vous rappeler que, lors de l'entretien que nous eûmes ensemble pour la première fois sur cette nature de productions, dans une desquelles les affaires privées de notre sage et docte ami d'Écosse, M. Oldbuck de Monkbarns 1, ont été si inconsidérément publiées, il s'éleva entre nous une discussion sur la cause de la vogue dont jouissent dans ce siècle frivole ces livres qui, nonobstant leur mérite intrinsèque, doivent être regardés comme écrits à la hâte et en violation de toutes les règles de l'épopée. Il vous parut alors que le charme venait entièrement de l'art avec lequel l'auteur, comme un autre Macpherson 2, avait mis à profit les trésors épars de l'antiquité, suppléant à sa paresse ou à son indigence d'invention par les incidens qui avaient marqué dans l'histoire nationale à une époque peu éloignée, et introduisant des personnages réels, sans même avoir eu soin de changer les noms. Il n'y a pas soixante-dix ans, me fîtes-vous observer, que tout le nord de l'Écosse vivait sous un gouvernement aussi simple et aussi patriarcal que ceux de nos bons alliés les Mohawks et les Iroquois 3. En admettant que l'auteur ne puisse être supposé d'avoir été le témoin de ces temps-là, il doit avoir vécu, observiez-vous, au milieu des personnes qui y ont joué un rôle; et même, depuis les trente années qui viennent de s'écouler, les moeurs écossaises ont éprouvé de tels changemens, que nous ne trouvons pas plus étranges les habitudes sociales de nos ancêtres que celles du règne de la reine Anne. Ayant ainsi des matériaux de toute sorte épars autour de lui, l'auteur n'avait plus guère, ajoutiez-vous, que l'embarras du choix: de là cette conclusion naturelle, que, possesseur d'une mine aussi féconde, ses ouvrages lui avaient nécessairement rapporté plus de profit et de gloire que n'en méritait la facilité de ses travaux.