Note (retour) — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Albert Montémont translation
Voilà, mon cher ami, la partie la plus difficile de ma tâche; et, à vous parler franchement, je n'ose espérer de satisfaire votre jugement moins partial et votre science plus étendue, puisque j'ai eu de la peine à me contenter moi-même. Je sens d'ailleurs qu'on me trouvera encore plus défectueux touchant les moeurs et les costumes; ceux qui seront disposés à examiner rigoureusement mon histoire sous ce rapport voudront du moins, peut-être, me juger de la sorte. Il se pourra que j'aie introduit peu de choses qu'on eût droit d'appeler positivement modernes; mais, d'un autre côté, il est très probable que j'aurai confondu les usages de deux ou trois siècles, et introduit pendant le règne de Richard II des circonstances appropriées à une période plus ancienne ou plus voisine de nous. Ce qui me rassure, c'est que des erreurs de cette nature échapperont à la classe la plus nombreuse de mes lecteurs, et que je partagerai la gloire si peu méritée de ces architectes qui, dans leurs constructions gothico-modernes, ne balancent pas à introduire, sans règle ni méthode, les ornemens de différens styles et de différentes époques. Ceux à qui de plus vastes recherches ont donné les moyens d'être plus sévères seront sans doute plus indulgens, en proportion de la connaissance qu'ils auront des difficultés de ma tentative audacieuse. Mon digne ami Ingulphe, trop négligé, m'a fourni plus d'une indication utile; mais la lumière que nous offrent le moine de Croydon et Geoffroy de Vinsauff 15 est obscurcie par une telle masse de matériaux informes, que nous cherchons volontiers un refuge dans les intéressantes pages du brave Froissard 16, quoiqu'il ait fleuri à une époque bien plus éloignée de la date de notre histoire. Si donc, mon digne ami, vous êtes assez généreux pour excuser ma présomption d'avoir voulu me faire une couronne de ménestrel, en partie avec les perles de la pure antiquité, et en partie avec les pierres et la pâte de Bristol, au moyen desquelles on les imite, je nourris l'espérance que la difficulté de l'entreprise vous engagera, mon cher docteur, à en tolérer l'imperfection.