Note (retour) — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Albert Montémont translation
Il est vrai qu'en l'un et l'autre cas cette licence est resserrée dans de raisonnables limites. Le peintre ne doit introduire aucun ornement étranger à la contrée, au climat où il a mis son paysage. Il ne faut pas qu'il plante des cyprès sur l'Inch-Mervin 14, ni des sapins d'Écosse parmi les ruines de Persépolis. L'auteur se trouve assujéti à des lois identiques. Bien qu'il lui soit facultatif de peindre les passions et les sentimens avec plus de détail qu'il n'en existe dans les anciennes compositions qu'il imite, il faut qu'il n'introduise rien d'étranger aux moeurs du siècle; ses chevaliers, ses écuyers, ses varlets, ses hommes d'armes, peuvent être plus largement dessinés que dans les sèches et dures esquisses d'un ancien manuscrit enluminé; mais les costumes et les caractères doivent demeurer inviolables. Il faut que les figures soient les mêmes, mais tracées par un meilleur pinceau, ou, pour parler avec plus de modestie, exécutées dans un siècle où les principes de l'art sont mieux compris. Son langage ne doit pas être exclusivement suranné et inintelligible; mais on ne doit admettre, s'il est possible, aucun mot, aucune tournure de phrase qui trahirait une origine purement moderne. C'est une chose que d'employer l'idiome et les sentimens qui nous sont communs à nous et à nos ancêtres, et c'en est une autre de leur affecter des sentimens et un dialecte exclusivement propres à leurs descendans.