Note (retour) — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Albert Montémont translation
Celui qui, pour la première fois, ouvre Chaucer ou tout autre poète du moyen âge, est si frappé de l'orthographe surannée, de la multiplicité des consonnes, et de la forme antique du langage, qu'il veut jeter le livre de désespoir, comme trop empreint de la rouille des âges pour lui permettre de juger son mérite ou de sentir les beautés qu'il renferme. Mais, si quelque ami plus savant lui découvre que les difficultés qui l'effraient sont plus apparentes que réelles; si, en lui lisant à haute voix ou en réduisant les mots ordinaires à l'orthographe moderne, il lui prouve qu'il n'y a guère qu'un dixième des expressions qui soit tombé de fait en désuétude, le novice peut être aisément persuadé qu'il se rapproche de l'anglais vierge encore 10, et que dès lors un peu de patience le mettra à même de goûter les compositions tour à tour plaisantes et pathétiques par lesquelles le bon Geoffrey 11 émerveillait le siècle de Crécy et de Poitiers.