Note (retour) — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Albert Montémont translation
Sans doute je ne saurais ni ne veux prétendre à une observation exacte, même en ce qui touche le costume extérieur, et encore moins pour la langue et les moeurs; mais le même motif qui m'empêche d'écrire les dialogues de mon drame en anglo-saxon ou en normand-français, comme aussi de publier cet essai avec les caractères d'imprimerie de Caxton ou de Wynken de Worde 9, me défend également de me restreindre dans les bornes de la période où je fixe mon histoire. Pour exciter un intérêt quelconque, il est indispensable que le sujet choisi se traduise, pour ainsi dire, dans les moeurs et l'idiome du siècle où nous vivons. Jamais la littérature orientale n'a fait une illusion pareille à celle que produisit la première traduction, par M. Galland, des Mille et une Nuits, dans lesquelles, en conservant d'un côté la splendeur du costume, et de l'autre la bizarrerie des fictions de l'Orient, il mêla des expressions et des sentimens si naturels, qu'il les rendit intelligibles et intéressantes, en même temps qu'il abrégeait les longs récits, changeait les réflexions monotones, et rejetait les répétitions sans fin de l'original arabe. Aussi ces contes, bien que moins purement orientaux que dans leur source primitive, s'assortirent beaucoup mieux au goût européen, et obtinrent un degré de faveur populaire qu'ils n'eussent jamais atteint si les moeurs et le style n'avaient en quelque sorte été appropriés aux idées et aux habitudes des lecteurs d'Occident.