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Histoire poétique des Mérovingiens

Note 699 — LIVRE III Les derniers Mérovingiens (continued 2)

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Je ne suis pas le premier à faire cette constatation. Déjà Fauriel, parlant des traditions fabuleuses relatives à Childéric, a émis l’avis que « Grégoire de Tours dut en avoir connaissance, car il semble s’en être défié et avoir eu le dessein formel de les faire disparaître de son récit. Mais, ajoute le même critique, ce n’est pas chose facile que ce départ de la vérité et de la poésie dans les documents primitifs où elles ont été une fois confondues, et il n’est pas étonnant que Grégoire y ait mal réussi. Il n’a donné un certain air de vraisemblance historique à son récit qu’en y laissant tout également dans le vague et dans l’obscurité. » (Hist. de la Gaule mérid. I, p. 273. Cf. ibid. II, p. 503.)

Loebell croit aussi qu’à part des cas isolés où les légendes se seront développées postérieurement à Grégoire de Tours, elles ont existé avant lui avec la plupart des ornements qu’on leur trouve dans Frédégaire et dans le Liber Historiae, mais qu’il n’a pas voulu les admettre, et qu’il s’est livré sur elles à un travail d’épuration destiné à les faire paraître plus vraisemblables, plus réelles, plus humaines. Selon lui, Grégoire montre une grande répugnance à accueillir les légendes populaires (eine grosse Scheu Sagen aufzunehmen) Gregor von Tours, 1re édit., p. 337 et 338.

Accentuant et développant ce point de vue, Giesebrecht écrit ces paroles remarquables : « Und nicht allein hier bemerken wir dass derselbe (Gregor von Tours) mit der sagenhaften Tradition der Franken bekannt war. Aber nicht destoweniger ist deutlich erkennbar, wie prüfend und zweifelnd er sich jener Volksüberlieferung gegenüber verhaelt, was um so bemerkenswerther erscheint, als er sonst in der Erzaehlung ihm naeher liegender Ereignisse gerade eine strengere Kritik vielfach vermissen laesst. Man müsste die Natur der Sage wenig kennen, wenn man annehmen wollte, dass die dürftigen Umrisse derselben, wie sie sich bei Gregor finden, das Ursprüngliche seien, was dann eine spaetere Zeit mannigfach ausgeschmückt habe. Vielmehr sind wir berechtigt, Gregor als den Umbilder des sagenhaften Stoffes anzusehen, der das phantastische auf das Maass des Alltaeglichen und glaublichen zurückführte, und wo ihm dies nicht gelingen wollte, lieber Stillschweigen beobachtete, als der Welt mittheilte wofür ihm selbst der Glauben fehlte. » (Giesebrecht, Zehn Bücher fraenkischer Geschichte von Gregor von Tours, 2e édition, II, p. 265, dans Geschichtschreiber der deutchen Vorzeit.)

Enfin, écoutons encore Gloel : « Viele Sagen, die er (Gregor von Tours) vorfand, benutzte er gar nicht, weil sie ihm zu unwahrscheinlich vorkamen, oder er verkürzte sie, indem er das, was dem menschlichen Verstande als allzu anstoessig erscheint, weglaesst. » (Dans Forschungen zur deutsche Gesch. t. IV, p. 198.)

Je partage entièrement l’avis des maîtres dont je viens d’invoquer le témoignage, et je crois en avoir mis la vérité dans une éclatante lumière au cours des recherches qui font l’objet de ce livre. Je rappellerai simplement ici les réticences de notre auteur sur la filiation de Mérovée, sur les stratagèmes employés par Wiomad vis à vis d’Aegidius, sur les principales circonstances des fiançailles et du mariage de Clovis, sur les aventures de Chararic, sur la cause de la mort d’Hermanfried, etc. Partout, dans ces récits, on voit affleurer la légende ; nulle part, il ne lui est donné de s’épanouir comme dans Frédégaire ou dans le Liber Historiae. C’est qu’elle est soumise chez Grégoire au contrôle sévère d’un esprit habitué aux lettres classiques, et plein de défiance pour la tradition barbare.

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