Note 319 — LIVRE II Clovis et ses fils
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Frédég. III, 15. Les raisons pour lesquelles il était amené à choisir ce titre sont multiples : 1o Syagrius, à ses yeux, sans être un souverain, occupait cependant en Gaule la plus haute position politique possible, la souveraineté exceptée. Or, dans la hiérarchie impériale, c’était précisément la situation du patrice : sublimem patriciatus honorem, qui ceteris omnibus anteponitur, dit une loi de l’empereur Zénon dans le Code de Justinien XII, III, 3. (V. Gasquet, o. c. p. 150-153.) Aussi les barbares estimaient-ils fort le titre de patrice : Gelimer, en se rendant à Bélisaire, et Odoacre, en renvoyant les insignes impériaux à Constantinople, le demandèrent à l’empereur. 2o En Bourgogne, où l’on avait gardé des relations hiérarchiques assez suivies avec l’Empire, le titre de patrice était resté en vigueur : il avait été porté d’abord par le roi, qui était ainsi le premier dans l’empire après l’empereur, il le fut ensuite par des grands, qui se trouvèrent les premiers dans le royaume après le roi. Frédégaire, qui était Burgonde, a donc pu trouver dans le vocabulaire politique de son pays le titre qu’il donne à Syagrius. 3o Aétius avait porté le titre de patrice ; or, en Gaule, Syagrius et son père Aegidius avaient été les continuateurs et comme les héritiers politiques de ce grand homme ; bien plus, on a vu que de bonne heure la tradition avait établi entre lui et eux un lien de filiation : dès lors, on comprend facilement que les contemporains de Syagrius lui aient attribué le titre porté par son ascendant supposé. On voit combien Ranke est mal inspiré, lorsque, raisonnant sur le rex de Grégoire et sur le patricius de Frédégaire, il en conclut à la supériorité des informations du dernier (o. c. p. 346). A ce prix, Hincmar, qui donne à Syagrius le titre de duc, devrait avoir le pas sur Frédégaire, puisque ce titre se rapproche davantage de la vérité. (Cf. G. Kurth, L’hist. de Clovis d’après Frédégaire, p. 68.)