Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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Castelvetro a dit le premier, dans son exposition de la Poétique d'Aristote, que le Bojardo, en créant des rois imaginaires, des Agramants, des Sobrins, des Mandricards, qui n'existèrent jamais, avait emprunté ces noms de ceux de quelques familles de laboureurs de son comté de Scandiano 469. Mazzuchelli l'a répété, en ajoutant les noms de Sacripant et de Gradasse, et nous apprenant de plus, d'après un autre auteur 470, que les mêmes noms existent toujours parmi le peuple de ces contrées. Il ajoute encore une anecdote qui montre dans le Bojardo un poëte plus qu'un seigneur féodal et un chevalier. Chassant un jour dans un bois nommé del Fracasso, à mille pas de Scandiano, il cherchait un nom de caractère pour un des plus redoutables héros de son poëme. Celui de Rodomonte lui vint tout à coup dans l'esprit; il en fut si enchanté qu'il remonta vite à cheval, courut à toute bride vers son château, et fit sonner en arrivant toutes les cloches du village, au grand étonnement de ce peuple qui était loin d'imaginer le motif d'un si grand tapage. 471 Mais ce trait ne détruit-il pas ce qu'on dit de l'emploi fait par le Bojardo des noms de famille de ses paysans; et les noms de Mandricard, de Gradasse et de Sacripant n'auraient-ils point plutôt été pris par ces bonnes gens, en mémoire de leur seigneur et de son poëme?