Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Jusqu'alors, la Chronique supposée de Turpin, d'autres histoires fabuleuses de Charlemagne 466, les poésies de quelques Troubadours et quelques vieux romans espagnols et français, tels que celui des quatre fils Aymon, avaient fourni la matière que chaque poëte avait traitée et modifiée, selon son caprice, et d'autant plus à son aise que l'art, jeté à sa renaissance dans une autre route que l'art des anciens, n'avait pour ainsi dire encore ni règles, ni modèles. La France attaquée par les Sarrazins d'Espagne et d'Afrique, l'empereur Charlemagne entouré de ses paladins, mais souvent privé du secours des plus braves par les expéditions lointaines où ils sont entraînés, les rivalités et les trahisons de la maison de Mayence, les enchantements de Maugis, sorcier chrétien, et ceux de quelques fées sarrazines, des armes merveilleuses et enchantées, des géants pourfendus, des tournois, des combats à outrance, des batailles à ne point finir, peu de galanterie, mais des aventures plus que galantes, peu d'invention et d'imagination réelle, mais un mouvement sans repos, une sorte d'agitation dans les événements qui se précipitent les uns sur les autres, une transmigration continuelle des parties du monde les plus éloignées, de Paris à Babylone, et de Jérusalem à Montauban, tels sont à peu près les matériaux et les ressorts employés par ces premiers poëtes.