Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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Mais rien n'égale en ce genre ce qu'il fit pour se moquer d'un vieux poëte nommé Baraballo, de Gaëte, dans le royaume de Naples. Ce poëte bouffon improvisait et chantait publiquement des vers italiens détestables, où le bon sens, la langue et la mesure étaient blessés à la fois, et il ne prétendait être rien moins que le rival de Pétrarque. Léon X l'enflamma si bien par ses louanges immodérées, qu'il finit par lui persuader de se faire couronner, comme Pétrarque lui-même, au Capitole. Baraballo demanda très-sérieusement le triomphe, et le pape le lui décerna tout aussi sérieusement. Le jour prescrit, et annoncé long-temps d'avance, cet homme sexagénaire et honnêtement né, dont la haute taille, la belle figure et les cheveux blancs, rendaient l'aspect vénérable, revêtu de la toge et du laticlave, couvert de pourpre et d'or, enfin paré de tous les ornements des anciens triomphateurs, fut conduit, au son des flûtes, à la table du pontife, qui célébrait dans un repas joyeux la fête de S. Cosme et de S. Damien, patrons de la famille des Médicis. Après y avoir long-temps fait pompe de son talent par les vers les plus ridicules, Baraballo descendit sur la place du Vatican. Là, sous les yeux du pape, il monta sur un éléphant tout caparaçonné d'or, et qui portait une chaire triomphale; mais cet animal, en quelque sorte plus sensé que lui, et d'ailleurs étourdi par le bruit des tambours, des trompettes et des acclamations de la foule immense du peuple, ne voulut jamais faire un pas au-delà du pont St.-Ange, et Baraballo revint à pied, aux huées de la populace et à la grande joie du pape et de ses cardinaux 43.