Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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Charles, déguisé en pélerin, va dans les cuisines du palais, demande à manger, se fait une querelle avec les cuisiniers, les rosse avec son bourdon et son bâton, est mis dehors, et trouve enfin un jeune officier à qui il dit qu'il vient de St.-Jacques en Galice, et qu'il apporte des nouvelles de l'empereur et de son armée. Cet officier le conduit auprès de la reine, avec laquelle il a un long entretien. Cette imitation de l'Odyssée, quelque défigurée qu'elle soit, ne serait pas sans intérêt, si elle était mieux amenée. L'auteur n'a pas oublié le trait touchant du chien d'Ulysse, mais il l'arrange à sa manière. La reine avait une petite chienne que l'empereur aimait beaucoup; pendant seize années, on la lui avait conduite tous les matins: il la caressait, et jamais elle ne souffrait d'autres caresses que les siennes et celles de la reine. Dès que cette petite chienne voit le pélerin assis auprès de sa maîtresse, elle court à lui, lèche ses pieds, son visage, et le parcourt ainsi de la tête aux pieds, avec tous les signes de la joie. La reine surprise demande à l'inconnu s'il a autrefois fréquenté ce palais, s'il a été domestique ou écuyer de Charlemagne; si, enfin, il a vu quelque part ce petit animal, qui ne faisait jamais un tel accueil qu'au roi son époux. Charles lui répond avec une simplicité homérique: «Je ne suis point, et n'ai jamais été ce que vous dites. Faut-il qu'une bête me reconnaisse, et que vous, qui êtes ma femme, vous ne me reconnaissiez pas? Je suis Charles, fils de Pepin, empereur de Rome et roi de France 342.» La dame le regarde de tous ses yeux: il est si défiguré qu'elle ne le reconnaît pas encore. Prudente comme Pénélope, elle lui demande quelques signes, et entre autres l'anneau qu'elle lui avait donné, et la marque d'une croix que l'empereur avait sur l'épaule droite. Charles lui présente l'anneau, dépouille son épaule, et montre la petite croix. Alors tous les doutes sont dissipés, et les deux époux se livrent au plaisir de se revoir.