Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Du moment où, pour la première fois, ils avaient été traduits du latin, c'est-à-dire, dès le douzième siècle, la fable du roi Artus, de la Table ronde et de ses chevaliers, avait pris en Angleterre même une vogue que n'avaient pu lui donner l'histoire prétendue de Geoffroy de Monmouth et les autres chroniques latines faites à l'imitation de la sienne. Elle en eut aussi dès-lors en France, et dans un temps où, à ce qu'il paraît, le roman national attribué à Turpin n'y en avait pas acquis une fort grande. Il était alors regardé comme une histoire, et traduit comme tel en français, si même il l'était déjà, par Michel de Harnes 299; encore est-il bon d'observer que les récits fabuleux de cette chronique, loin d'embrasser tous les exploits de Charlemagne, ne commencent qu'à sa dernière expédition en Espagne. Le plus ancien roman français dont la famille de Charles ait été le sujet, est celui de Pepin son père et de sa mère Berthe au grand pied; l'auteur, nommé Adenès 300, ne florissait que fort avant dans le treizième siècle 301, sous le règne de Philippe-le-Hardi. Quelques traits romanesques de la jeunesse de Charlemagne se trouvent aussi dans le roman de Girard d'Amiens 302, qui écrivait ou en même temps qu'Adenès, ou quelques années auparavant 303. Bientôt les héros de Montauban, Renaud et ses trois frères, figurèrent dans des romans, soit de la même main que Berthe et Pepin, soit de différents auteurs. Charlemagne reparut dans tous ces romans entouré de sa pairie, toujours engagé dans des aventures nouvelles, et ajoutant à ses exploits fabuleux d'autres exploits, c'est-à-dire, d'autres fables. Dès-lors l'attention publique se partagea entre Charlemagne et ses Pairs, Artus et sa Table ronde; mais il est certain que le succès poétique de cette dernière fiction avait précédé de plus d'un siècle, même en France, celui de l'autre.