Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Quelques poëtes florissaient alors en France, Robert Wace, Chrestien de Troyes, et plusieurs autres. Wace était plutôt un historien, ou chroniqueur en vers, qu'un poëte; ses longs romans de Brut d'Angleterre et de Rou ou Rollon de Normandie, le prouvent 294. Chrestien était un poëte, un vrai romancier; il avait translaté en vers, non des histoires, mais plusieurs fables tirées d'Ovide, et même son Art d'aimer 295. Dès que cette traduction en prose du roman de Tristan lui fut connue, il s'empressa de la mettre en vers 296; il y mit aussi Perceval le Gallois; il commença Lancelot du Lac, mais la mort l'empêcha de l'achever 297. Il ne faut pas croire qu'il se bornât au rôle de simple versificateur; il ajoutait souvent du sien, disposait quelquefois les événements d'une manière toute nouvelle, ou tirait d'un seul épisode un roman tout entier 298. Mais enfin la filiation de ces romans est bien établie; l'original était né en Angleterre; écrit en langue latine, il fut traduit en prose française, au douzième siècle, par ordre de Henri II, et mis aussitôt en vers par un ou deux poëtes français. Le langage de ces longs poëmes ayant vieilli, la langue et la versification s'étant améliorées dans le quatorzième siècle, la lecture en devint plus fatigante par leur mauvais style, qu'attrayante par la singularité et la variété des événements et des fictions. On les remit en prose dans le quinzième siècle; ce fut sous cette nouvelle forme qu'ils furent imprimés dès la fin de ce même siècle, ou au commencement du seizième; et ils ont vieilli à leur tour.