Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Les fictions orientales apportées en Espagne par les Arabes, au huitième siècle, se répandirent promptement en France et en Italie. Selon notre savant anglais 242, il paraît que, de toutes les parties de la France, l'ancienne Armorique ou la Bretagne fut celle où ces inventions furent le mieux reçues. Les preuves en subsistent dans le Musée britannique, où se retrouve un grand nombre de nos anciens titres littéraires qui manquent à nos propres bibliothèques. «Il y existe 243, dit-il, un recueil d'anciens romans de chevalerie qui paraissent composés par des poëtes bretons.» On connaît les communications intimes qui existèrent entre la Bretagne et quelques parties de l'Angleterre, principalement avec le pays de Galles. Ce pays fut le théâtre de la plupart des exploits célébrés dans les romans bretons; les chevaliers passaient fréquemment d'un pays à l'autre; le langage des deux contrées était le même et l'est peut-être encore 244. C'est un dialecte de l'ancien celtique, ou, comme le prétendent nos antiquaires bretons, c'est dans toute sa pureté la langue même des anciens Celtes. Mais il en résulte un argument contre la gloire littéraire que M. Warton veut attribuer à la Bretagne. Tous les romans en vers dont il cite des fragments, pour prouver qu'ils furent composés en Bretagne, sont écrits en vieux français, et non point en bas-breton ou celtique, qui n'y avait aucun rapport 245. Les auteurs de ces romans étaient donc des poëtes français qui racontaient les faits d'armes des chevaliers de Bretagne et du pays de Galles, et non des poëtes bretons proprement dits; à moins que les fragments rapportés par l'auteur anglais ne soient des traductions d'anciennes chroniques bretonnes, faites en vieux français, soit directement sur ces chroniques mêmes, soit d'après une première traduction latine 246. Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que le pays de Galles, ou Wales, et celui de Cornouailles furent souvent réunis sous les mêmes lois et le même prince; que les poëtes gallois célébraient souvent les héros cornouailliens dans leurs romans ou ballades; que les mêmes fables étaient populaires dans les deux pays, et que, notamment celle du roi Artus, ne l'était pas moins dans l'un que dans l'autre 247.