Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Nous ne ferons venir le nom de roman d'aucune des sources d'où le tirent les deux principaux auteurs italiens 221 qui ont écrit sur ce sujet. Giraldi 222 croit que ce nom est venu du mot grec rome 223, qui signifie force. On ne doit entendre, dit-il, par roman, autre chose qu'un poëme dont des chevaliers robustes sont les héros 224; d'autres, il en convient, veulent que ce nom vienne des Rhémois, ou habitants de Rheims, Rhemenses, et en italien Remensi, à cause de leur archevêque Turpin, qui donna plus que tout autre, par ses écrits, matière à ces sortes d'ouvrages appelés romanzi, romans 225; il croit enfin pouvoir dire, et c'est avec plus de vérité, que ce genre de poésie a pris chez les Français sa première origine, et peut-être aussi son nom 226. Selon Pigna 227, l'opinion commune est bien que l'on donnait, en vieux français, le nom de roman aux annales; que les guerres qui y étaient racontées furent aussi connues sous ce nom, et qu'ensuite on le donna, par extension, aux récits de ce genre, quelqu'éloignés de la vérité, ou quelque fabuleux qu'ils fussent; mais cette dérivation ne lui plaît pas; il en préfère une plus ancienne, et croit la voir dans le nom des Rhémois, Remensi 228, non pas à cause de leur archevêque, mais parce que ce peuple étant, selon Jules César, le plus fidèle et le plus brave de ceux qui, depuis, ont composé la France, les Provençaux, qui célébrèrent les premiers dans leurs poésies la valeur et la bonté du peuple français, donnèrent à leurs poëmes guerriers le nom de Remensi, qui était celui des principaux chevaliers de France; de même que les anciens appelaient héroïque ce même genre de poëmes, du nom des héros qui étaient alors les premiers parmi les gens de guerre 229. Il rejette également l'opinion qui fait venir ce nom de Romulus, à cause de l'enlèvement des Sabines, et celle qui le tire du mot grec romè, force. Mais si l'on veut le faire dériver du grec, il croit que ce nom vient de romei, qui signifie hommes errants, pélerins, de tels poëmes ne parlant que de guerriers qui voyagent, ou de chevaliers errants. On peut dire pourtant, selon lui, que le nom de romanci peut être donné aux poëtes mêmes qui font des poëmes de cette nature, l'usage ayant passé, de la Grèce en Occident, d'aller, de ville en ville et sur les places publiques, chanter au peuple rassemblé les faits d'armes et les aventures d'amour qui font le sujet ordinaire des romans 230. Sa conclusion définitive est que ce genre de poésie ayant été traité principalement en France, l'origine tirée de l'éloge donné par César aux Rhémois, n'est pas mauvaise; mais que la véritable doit être que ce furent les Rhémois eux-mêmes qui célébrèrent leurs propres exploits et ceux de leurs compatriotes, comme faisaient les Bardes chez les anciens Celtes, dont les Rhemenses étaient en quelque sorte la fleur 231; que le but des uns comme des autres était, en louant les grands exploits, d'engager à les imiter; que ce fut à peu près ainsi qu'écrivit l'archevêque Turpin, qui était Rhémois, et qui fut le premier et le principal auteur de romans 232.