Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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Hercules II, fils et successeur d'Alphonse, vécut dans des temps plus calmes, et put donner plus facilement l'essor à son penchant généreux pour les sciences, les arts et les lettres. Il les cultivait lui-même; il écrivait avec élégance en prose et en vers. Curieux d'antiquités, il rassembla une collection de médailles admirable pour ce temps-là, et il peut être regardé comme le premier auteur du célèbre musée de Ferrare 179. Les édifices et les palais dont il embellit sa capitale, les accroissements considérables qu'il fit à la ville de Modène, prouvent son goût pour les arts, ses inclinations grandes et libérales. S'il eût eu besoin d'y être excité, il l'eût été sans doute par la duchesse sa femme, Rénée de France, fille de Louis XII. Douée d'un esprit aussi pénétrant qu'élevé, Rénée aimait l'étude et les sciences, savait le grec et le latin, et fit instruire dans ces deux langues ses deux filles, Anne et Lucrèce. On parle peu des talents et des connaissances de Léonore, leur troisième sœur, et cependant elle est en quelque façon plus connue dans l'histoire des lettres. Elle l'est par la passion qu'elle inspira, dit-on, à un grand poëte, et par les malheurs mêmes du Tasse dont on croit qu'elle fut en partie la cause. Rénée, leur mère, fut la bienfaitrice de tous les hommes célèbres qu'elle put rassembler à sa cour, ou que ses libéralités purent atteindre. En avançant en âge, elle s'enfonça dans des études plus abstraites; elle eut le malheur d'aller jusqu'à la théologie. Calvin, qui fut quelque temps caché à Ferrare, accueilli d'elle comme l'étaient tous les savants, s'empara de son esprit, lui souffla ses hérésies: elle était aussi instruite qu'il le fallait pour croire les comprendre. Les désagréments que son entêtement, pour les erreurs de Calvin, lui firent éprouver du vivant de son mari et après sa mort, ne sont pas de mon sujet 180; mais il m'est permis de déplorer le malheur de ces temps, où des opinions inintelligibles, qui faisaient ailleurs couler le sang, portaient le trouble dans une cour paisible, et pouvaient rendre misérable la fin d'une vie si utilement employée à cultiver et à encourager les lettres.