Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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On sait comment ce jeune insensé usa de son pouvoir, et comment il le perdit avec la vie. On a voulu faire de son meurtrier un Brutus; un grand poëte tragique l'a pris pour héros d'une épopée conçue dans le même esprit que ses tragédies 88, et lui a donné toutes les vertus; mais les historiens le représentent autrement 89. Lorenzino de Médicis descendait en ligne directe de Laurent, frère de Cosme l'ancien. Tandis que la branche de Cosme s'éteignait dans les honneurs, et n'avait plus aucun rejeton légitime, cette seconde branche, héritière d'une grande fortune, mais écartée des dignités par la première, avait transmis au jeune Lorenzino une haine héréditaire qui redoubla depuis l'empoisonnement du cardinal Hippolyte 90. Ce fut surtout par cette haine qu'il fut inspiré. Il la revêtit d'une dissimulation profonde. S'il n'eut pas dans le cœur les mêmes vices qu'Alexandre, il les feignit pour s'approcher de lui et pour lui plaire; il les encouragea, les aida, comme il est toujours vil et déshonorant de le faire; et ce fut là le piége où il attira sa victime. Sa maison touchait au palais des Médicis. Il feignit d'avoir enfin obtenu d'une jeune et belle dame ou veuve de Florence, que les uns disent sa tante, les autres sa sœur 91, qu'elle s'y laissât conduire à un rendez-vous avec Alexandre, et tandis que le duc, déjà fatigué des excès de la journée, s'était jeté sur un lit et dormait profondément en attendant d'autres excès, il revint, non avec ce qu'il lui avait promis, mais avec un assassin à gages, et le tua. Il n'avait rien prévu pour l'instant d'après, et n'en recueillit aucun fruit. Tandis que de Venise, où il s'était enfui, il exhortait les Florentins à redevenir libres, ils remettaient la même autorité dont avait joui Alexandre entre les mains d'un jeune homme de dix-huit ans.