Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Ici se trouve encore une belle imitation de Virgile, si belle que je ne crains pas de prononcer un blasphême littéraire, en mettant, à certains égards, la copie au-dessus de l'original. L'épisode divin de Nisus et d'Euryale au neuvième livre de l'Énéide est transporté presque tout entier dans le dix-huitième chant de l'Orlando furioso. Cloridan et le beau Médor veillent sur les remparts du camp d'Agramant, comme les deux célèbres amis à la porte du camp des Troyens. Ils conçoivent et exécutent également le dessein d'une expédition hasardeuse. Mais Nisus et Euryale ont pour objet de traverser le camp des Rutules pour aller avertir Énée du danger que courent ses compagnons et son fils; Cloridan et Médor, attachés au jeune et brave Dardinel, qui a été tué dans le combat, ne peuvent supporter l'idée de le laisser sans sépulture 662; c'est pour remplir ce devoir pieux qu'ils se dévouent; c'est pour aller chercher sur le champ de bataille, au milieu des morts, le corps de leur malheureux roi qu'ils traversent le camp des chrétiens. Ils périssent aussi tous deux; mais quelle différence entre Euryale, qui n'est retardé dans sa fuite que par le butin qu'il a fait et qu'il ne veut pas perdre, et le sensible Médor, resté seul chargé du corps inanimé de son maître après la fuite de Cloridan, succombant sous ce fardeau sacré, le déposant enfin sur la terre, mais ne pouvant se résoudre à l'abandonner, et tombant percé de coups auprès de lui 663!