Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
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Cependant Rodomont y continue ses ravages. Il ose attaquer le palais même de l'empereur 659. Charlemagne et ses paladins accourent pour le défendre. Une foule de guerriers suit leurs pas. Ils entourent l'indomptable Africain, et l'attaquent tous à la fois 660. Après avoir fait un grand carnage des chevaliers et des soldats, il est contraint de céder et de se retirer vers les remparts. Trois fois il se retourne contre la foule qui le suit, et trois fois sa redoutable épée se baigne dans le sang français. Enfin parvenu au pied des murs, il y monte, se précipite tout armé dans le fleuve, le passe à la nage, et rendu sur l'autre bord, il gémit profondément, et ne quitte qu'à regret sa proie 661. Toute cette scène héroïque, animée de l'esprit des anciens, est remplie de leurs imitations les plus heureuses. C'est Pyrrhus au palais de Priam, c'est Turnus au camp retranché des Troyens, c'est, si l'on ose le dire, le génie même et le style admirable de Virgile. Le genre seul du poëme, et non le talent du poëte, peut nuire à l'effet de ce tableau, et en refroidir la chaleur. Le roman épique permet, ou plutôt commande des suspensions et des interruptions qui amènent plus d'une fois au milieu du siége de Paris des aventures, non-seulement étrangères, mais lointaines. Elles transportent le lecteur tantôt en Egypte et tantôt à Damas, et l'occupent d'Astolphe et de Marfise, de Griffon, d'Aquilant et d'Origille quand son attention était fixée sur Paris, Rodomont et Charlemagne. J'écarte à dessein toutes ces actions incidentes, et je tâche de suivre entre les mains de l'Arioste, celle des trois actions principales où il ressemble le plus aux épiques anciens; elle va le conduire par un fil presque imperceptible à une autre de ces actions, celle que son titre annonce, et pour laquelle il n'a point eu de modèle.