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Histoire littéraire d'Italie (4/9)

Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)

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Entre le mont Immaüs et la mer, les deux amants trouvent un homme tout défiguré, difforme, sale et dégoûtant. Sa conversation avec eux est curieuse. Jusqu'alors il a mené, leur dit-il, une vie errante et vagabonde: il veut faire une fin et se fixer. Le lieu qui lui paraît le plus propre à son but, c'est Rome; et il va s'y rendre, dans le dessein de n'en plus sortir. Il est sûr de réussir si bien auprès des habitants de ce pays, qu'il y portera toujours la couronne 900. Le poëte s'adresse alors à cette Rome si sainte, si inviolable dans sa foi et dans l'exercice de toutes les vertus. «Prends garde, lui dit-il, d'admettre jamais cet être hideux dans ton sein. S'il y pénètre une fois, il te rendra, de glorieuse que tu es, infâme, sale et infecte comme lui; le monde te nommera source de maux et de colère, mère des Erreurs et de la Fraude. On ne verra plus en toi cette Rome chaste, humble et pieuse; mais une courtisane effrontée. Tu ne seras plus Rome enfin, mais la coupable Babylone, et les hommes appelleront sur ta tête le feu du ciel.» Renaud est indigné de ce projet, et promet à celui qui l'annonce qu'il n'y réussira pas. «Je connais le monde mieux que toi, reprend le monstre, et je te réponds que je vais à Rome, que j'y serai bien accueilli, que tant qu'elle existera, j'y existerai aussi très-agréablement. Plus je vieillis, plus j'acquiers de forces. On m'y traitera bien, te dis-je, et je suis certain de mon fait puisque l'on m'appelle le Vice. On ne m'y nourrira point comme la Vertu, d'eau et de gland, mais de mets succulents, que les Dieux mêmes préféreraient à l'ambroisie. On ne vêtira point mon corps de bure ou d'étoffes grossières, mais de pourpre, de soie et d'or. J'y logerai dans des appartements vastes et magnifiques, dans les palais des plus grands seigneurs; et plus ils seront grands, plus ils s'empresseront de me loger; et j'habiterai, si je ne me trompe, dans le plus grand de tous les palais, avec ceux qui seront les premiers.» Renaud est outré de tant d'impudence; il repousse le monstre et le chasse en le couvrant de malédictions. Mais quel malheur que ces malédictions aient été vaines! Car enfin le Vice a tenu parole: avec le temps, il est parvenu jusqu'à Rome. Il s'y est fixé: il y habite avec les plus grands personnages. Alors le poëte se donne carrière; et il invoque les puissances de la terre et du ciel pour qu'elles viennent mettre fin à tant de désordres et de scandales 901.

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