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Histoire littéraire d'Italie (4/9)

Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)

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On ne cessa point, pendant tout le seizième siècle, de retourner de cent manières les aventures fabuleuses de Charlemagne et de ses pairs. Il serait aussi ennuyeux qu'inutile de s'arrêter sur tous les romans épiques plus ou moins volumineux, et presque tous aussi mauvais les uns que les autres, dont ils furent l'inépuisable sujet. Que nous importe qu'un Anthée le Géant, roi de Lybie, descendant de ce fils de la terre qu'étouffa jadis Hercule, soit venu attaquer la France et Charlemagne, lorsque cet empereur était encore dans la fleur de l'âge; que Charles, après l'avoir vaincu, le poursuive jusqu'en Lybie, lui livre une grande bataille, le fasse prisonnier, lui et tous ses géants, les ramène enchaînés en France, et rentre à Paris en triomphe en les traînant après son char 872? Que nous importe que Roland et Renaud, jaloux l'un de l'autre, soient tous deux sortis de France, soient allés commander, le premier une armée de Scythes, le second une armée de Persans qui étaient en guerre l'une contre l'autre, que le géant Oronte profite de ce moment pour attaquer la France, et qu'à la fin il soit vaincu et tué de la main du comte d'Angers 873; qu'un Falconet des batailles, fils du roi de Dardanie, vienne en Italie venger un roi de Perse qui s'y était fait tuer, et dont il avait épousé la fille; qu'il y vienne avec deux innombrables armées, dont l'une est commandée par sa femme; que ce Falconet soit encore tué par l'invincible Roland, et que sa femme Duseline en meure de douleur 874; qu'un Antifior ou Antifor de Barosie fasse d'aussi folles entreprises, et qu'elles aient le même succès 875; qu'une madame Rovence, reine et géante africaine, armée d'une massue de fer, sème l'effroi parmi les paladins de Charlemagne, et tombe enfin sous les coups de Renaud 876; que le sarrazin Scapigliato, l'Echevelé, pour plaire à une princesse russe, se vante de venir en France faire prisonniers Roland et Renaud, et de les conduire enchaînés aux pieds de sa princesse et qu'il reçoive de Renaud le prix ordinaire de toutes ces belles expéditions 877? Qu'importe même que parmi de grands faits d'armes, et de Roland, et de Renaud, et de tous les paladins de France, une belle princesse, Leandra, fille du soudan de Babylone, amoureuse de Renaud, et ne pouvant s'en faire aimer, se précipite du haut d'une tour 878, puisqu'on ne peut s'intéresser même à une princesse qui se rompt le cou par amour, dans un long roman, qu'on ne peut lire? Qu'importe enfin que le terrible sarrazin Rodomont ait laissé après lui un fils et un neveu; qu'un poëte ait chanté les prouesses de ce fils 879, un autre les folies amoureuses de ce neveu 880; et que gagnerions-nous à savoir quelles folies un Rodomont II, fils d'une sœur de Rodomont Ier., peut faire pour une belle Lucefiamma, fille de Meandro, riche seigneur d'un beau château situé sur la rivière de Gênes, les exploits et les prodiges de valeur qu'il fait pour elle, et qui lui réussissent si mal qu'il est tué par Fedelcaro, l'un de ses rivaux? Cela ne pouvait intéresser qu'Octave Farnèse, prince de Parme et de Plaisance, à qui ce poëme est dédié, et dont la gloire est encadrée, avec celle de toute sa race, dans une vision ou dans une prophétie, selon le noble et uniforme usage de tous ces romans.

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