Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
L'action, comme on voit, en est triple, ou plutôt divisée en trois parties qui se succèdent, et qui embrassent au moins l'espace de vingt-cinq ans. Mais un des priviléges du roman épique est de n'être soumis à aucune limite, ni de temps, ni de lieu; et ici le poëte en a usé librement. Du reste, le bonheur de cette fable de Charlemagne et de Roland ne s'est point démenti entre ses mains. Sa narration est claire et assez vive, son style médiocre mais naturel, ses caractères passablement soutenus. Les formes sont à peu près les mêmes que dans les autres romans épiques. A la fin de tous les chants, le poëte renvoie le lecteur au chant suivant pour la suite de l'aventure; il les commence tous par une maxime, qu'il tire le mieux qu'il peut de son sujet; mais on voit qu'il manque d'essor et d'haleine pour se livrer à des digressions aimables, il est pressé de reprendre son récit, et une demi-octave, ou tout au plus une octave entière lui suffit pour y revenir. De temps en temps, selon la coutume constante de ses devanciers, il invoque l'autorité plus que suspecte du bon archevêque Turpin, qui est à la fois un de ses personnages et le prétendu auteur de son histoire 850; mais tout cela comme pour obéir à un usage établi, et d'un ton si peu plaisant qu'il vaudrait peut-être mieux qu'il y eût été moins docile. Quelques épisodes répandus dans l'action du poëme ne manquent pas d'intérêt et y mettent de la variété; il y en a dans les événements; et la lecture de cet ouvrage, nécessaire pour compléter les aventures et la vie du fameux comte d'Angers, n'est pas dépourvue d'agrément. Peut-être le Dolce l'écrivit-il moins précipitamment que ses autres poëmes et le soigna-t-il davantage. Ce fut l'occupation de ses dernières années, peut-être la consolation de ses souffrances; et les Prime imprese d'Orlando ne furent publiées que quelques années après sa mort 851.