Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
Si j'ai réussi à donner une idée claire de cette triple et immense action du Roland furieux, il me semble qu'on en doit également admirer l'étendue, la hardiesse et les ressorts; qu'on doit reconnaître un art prodigieux dans la manière dont toutes les parties en sont entrelacées et conduites, dont les oppositions y sont ménagées et les événements préparés. Peu d'imaginations auraient suffi à mener ensemble et presque de front ces trois parties importantes de l'ouvrage; mais l'imagination de l'Arioste était en quelque sorte insatiable d'inventions. A peine semble-t-il l'avoir satisfaite par le nombre presque infini d'épisodes répandus dans l'économie générale de son poëme, les uns qu'on pourrait nommer principaux, les autres secondaires, selon qu'ils sont plus ou moins inhérents aux grands fils de sa triple intrigue. A peine ai-je pu indiquer un petit nombre des plus remarquables, tels que les histoires intéressantes d'Ariodant et de la belle Genèvre, de la tendre Olimpie et de l'ingrat Birène, du beau Médor et d'Angélique, si long-temps fière et dédaigneuse, devenue sensible pour lui, et de cette constante Isabelle, fidèle jusqu'à la mort et au martyre à la mémoire de son cher Zerbin. J'aurais dû (mais pouvais-je tout dire, pouvais-je même tout indiquer dans une analyse aussi rapide?) j'aurais dû surtout y ajouter celle de l'aimable et tendre Fleur-de-Lys, dont Brandimart ne peut achever en mourant le nom chéri 777, qu'il laisse désolée, inconsolable, qui s'enferme dans le tombeau de son amant, et s'obstine à y finir tristement sa vie.