Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ, (continued 2)
Reading edition
C'est dans cette disposition d'esprit qu'il arrive à une hôtellerie, dont l'hôte jovial et bon homme raconte devant lui l'histoire graveleuse de Joconde 699, que l'Arioste conseille si plaisamment aux dames et à ceux qui les aiment de ne pas lire, parce qu'elle contient des exemples de la fragilité des femmes trop honteux et trop injurieux pour elles, mais qu'il a si agréablement narrée, qu'il en est peu qui suivent rigoureusement ce conseil. On sait que notre La Fontaine a tiré de cet épisode un de ses plus jolis contes, et que le sévère Boileau, dans sa jeunesse, lorsqu'il n'était pas encore le législateur de notre Parnasse, écrivit pour défendre le Joconde 700 de La Fontaine, contre celui de M. de Bouillon, que de sots juges ne manquaient pas de lui préférer, et aussi profondément ignoré aujourd'hui qu'ils le sont eux-mêmes. Boileau, non content de prouver que La Fontaine vaut mieux que Bouillon, veut aussi qu'il vaille mieux que l'Arioste. Cette question n'est pas de nature à pouvoir être discutée ici. Je dirai seulement, avec tout le respect dont je fais profession pour Boileau, qu'il paraît n'avoir pas assez connu la langue de l'Arioste ni le genre dans lequel il a écrit, pour le juger sainement. Il parle du Roland comme d'un poëme héroïque et sérieux, dans lequel il le blâme d'avoir mêlé une fable et un conte de vieille. D'abord ce n'est point là un conte de vieille, au contraire. Ensuite ce genre de poëme n'est héroïque et sérieux que quand il plaît au poëte. Le roman épique admet tous les tons, et surtout ce ton de demi-plaisanterie que l'Arioste possède si bien, mais que l'on ne peut véritablement sentir que quand on connaît toutes les finesses et les délicatesses de la langue italienne. La preuve que Boileau ne poussait pas loin cette connaissance, c'est qu'il trouve le ton de l'Arioste sérieux, même dans cette nouvelle de Joconde 701.