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Histoire littéraire d'Italie (3/9)

Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,

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Eugène IV, quoique fort occupé de son double concile, et des autres affaires qu'il eut à débrouiller, aima les sciences, appela auprès de lui les hommes les plus célèbres par leur érudition, les fixa dans sa cour par des emplois, et ce fut lui enfin qui acheva l'entreprise inutilement tentée par Innocent VII, de rétablir l'Université romaine. Il était naturel que la science théologique obtînt de lui des préférences et des encouragements particuliers; on dit pourtant que ses libéralités s'étendaient à tous les savants en général; il avait coutume de dire qu'il faut non seulement aimer leur savoir, mais craindre leur colère (ce qui était vrai des savants de ce temps-là), et qu'il n'est pas aisé de les offenser impunément 296. Mais aucun de ces papes ne fit autant pour eux que Nicolas V. Fils d'un pauvre médecin de Sarzane, son amour pour l'étude et sa réputation littéraire l'élevèrent aux plus hautes dignités. Il s'appelait Thomas, et l'on n'y joignit point d'autre nom que celui de Sarzane sa patrie. Il montra, dès sa jeunesse, une ardeur infatigable pour la recherche des anciens manuscrits, une grande application à expliquer les plus difficiles, et un talent extraordinaire pour en faire des copies aussi belles que régulières. Ce talent et son érudition le firent employer, comme nous le verrons dans la suite, par un illustre protecteur des lettres, à un travail qui le mit en relation avec les littérateurs les plus distingués. Il eut grand soin de les attirer à sa cour lorsqu'il fut devenu pape; il y réunit à la fois Poggio, Georges de Trébizonde, Léonardi Bruni d'Arezzo, Giannozzo Manetti, Fr. Philelphe, Laurent Valla, Théodore Gaza, Jean Aurispa et plusieurs autres. Il les accueillait avec distinction, leur donnait des emplois honorables et lucratifs, et récompensait libéralement leurs travaux. Ce fut par ses ordres que tant d'auteurs grecs furent alors traduits en latin, Diodore de Sicile, la Cyropédie de Xénophon, les histoires d'Hérodote, de Thucydide, de Polybe, d'Appien d'Alexandrie, l'Iliade d'Homère, la Géographie de Strabon, les Œuvres d'Aristote, de Ptolémée, de Platon, de Théophraste, sans compter les Pères grecs traduits ou pour la première fois, ou mieux qu'ils ne l'avaient été. Poggio dit, dans la préface de sa traduction de Diodore, qu'il a été engagé à ce travail par les libéralités du pontife; il dit ailleurs que Nicolas V l'a en quelque sorte réconcilié avec la fortune 297. Laurent Valla raconte que lui ayant offert sa traduction de Thucydide, Nicolas lui donna, de sa main, cinq cents écus d'or 298. Pour engager Philelphe à traduire en vers latins l'Iliade et l'Odyssée, il lui promit une belle maison à Rome, une bonne terre et dix mille écus d'or qu'il aurait déposés chez un banquier pour lui être comptés à la fin de ce travail; mais il mourut peu de temps après avoir fait ces propositions magnifiques, qui restèrent sans exécution et sans suite 299. Ce même pape assigna à Giannozzo Manetti, outre ses appointements ordinaires de secrétaire apostolique, cinq cents écus par an pour composer quelques ouvrages sur des matières ecclésiastiques; il donna, à Guarino de Vérone, quinze cents écus d'or pour la traduction de Strabon, et cinq cents ducats à Perotti, pour celle de Polybe, en lui faisant encore des espèces d'excuses de ne le pas récompenser dignement 300.

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