Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
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En voici une très-courte, qui donne à la fois une idée de ce qu'était alors l'éloquence de la chaire, et de l'influence que des prédicateurs grossiers exerçaient sur le peuple 253. L'auteur raconte que, se trouvant à Gênes dans le temps de la guerre entre les Génois et les Vénitiens, et lorsque les Vénitiens venaient de battre les Génois, il entendit un frère de l'ordre des ermites, prêcher ainsi dans l'église de St.-Laurent, devant une grande affluence de peuple. «Je suis Génois, et si je ne vous disais ma pensée, je me croirais très-coupable. Ne vous fâchez donc pas, si je vous dis la vérité. Vous ressemblez proprement aux ânes. La nature des ânes est telle que, lorsqu'ils sont ensemble, si vous donnez un coup de bâton à l'un de la troupe, tous se séparent et se mettent à fuir, l'un ici, l'autre là, tant ils sont lâches et poltrons. Vous faites précisément comme eux. Les Vénitiens, au contraire, sont proprement de la nature des cochons. On dit communément un cochon de vénitien, et l'on a raison: quand les cochons sont en troupe et serrés les uns contre les autres, frappez-en, bâtonnez-en un, tous se serrent encore davantage, et courent ensemble sur celui qui les a frappés, parce que telle est leur nature. Si jamais ces deux figures m'ont paru ressemblantes, c'est surtout en ce moment. L'autre jour, vous frappâtes les Vénitiens; ils se sont serrés, défendus et vous ont attaqués à leur tour. Pour vous, vous ne vous entendez point les uns les autres; vous n'avez que tant de galères armées; ils en ont presque deux fois autant. Eh bien! ne dormez plus: veillez sans cesse: armez-en deux fois autant qu'eux, et soyez en état, s'il le faut, non pas de tenir la mer, mais d'entrer à Venise.» Avec cette éloquence grossière, c'était là certainement un bon citoyen et un brave moine.