Note (retour) — PAR P. L. GINGUENÉ,
Reading edition
Les Nouvelles de Franco Sacchetti sont en général plus courtes que celles de Boccace: le dialogue et la pantomime y sont moins détaillés, moins soignés, et l'on y trouve point de ces histoires touchantes qui forment dans le Décaméron une admirable variété. Elles sont presque toutes plaisantes, racontées avec légèreté, et du ton d'un homme qui, pour amuser les autres, commence par s'amuser lui-même. Il faut s'en prendre au temps où vivait l'auteur, de la grossièreté de quelques expressions; mais il a, comme je l'ai dit, moins souvent besoin de cette excuse que Boccace. Il fait aussi plus fréquemment agir des personnages contemporains, rois, magistrats, poëtes, artistes, marchands, ouvriers, bouffons de ville et de cour. Il y a parmi ces derniers un maître Gonelle, auquel il revient souvent, et qui est le plus drôle et le plus original de tous. Ce maître Gonelle attrape et fait rire tout le monde, depuis les plus petits particuliers jusqu'aux rois. Le tour qu'il joue à Naples à un abbé riche et avare, pour amuser le roi Robert, n'est ni aussi spirituel ni d'aussi bon goût que l'on croirait qu'il l'eût fallu pour plaire à un souverain, ami des lettres et aussi avide que nous l'avons vu ailleurs de la société et des entretiens des sages 245. Ce que d'autres Nouvelles racontent du roi d'Angleterre, Édouard 246 et de Philippe de Valois, roi de France 247, prouve, il est vrai, combien les rois étaient alors populaires et accessibles, mais donne une assez pauvre idée de leurs plaisirs. Barnabé Visconti, seigneur de Milan, et d'autres souverains d'Italie se donnent aussi des plaisirs de cette espèce. On voit même un évêque inquisiteur qui s'amuse à effrayer un pauvre imbécille, nommé Albert 248, le menace de le faire brûler comme Patarin ou Vaudois, et rit avec un de ses amis des sottises qu'il lui fait dire sur le Pater noster. Fort bien, dit Franco Sacchetti, mais si ce pauvre Albert eût été un homme riche, l'inquisiteur lui en aurait peut-être donné tant à entendre qu'il se fût racheté de ses deniers, pour n'être pas torturé ou brûlé 249.